Theranos, start-up santé miracle ou mirage?

BiotechLes doutes s'accumulent sur une start-up de tests sanguins très prometteuse et très courtisée de la Silicon Valley.

Elizabeth Holmes, fondatrice de Theranos, lors de la conférence Techcrunch Disrupt, le 8 septembre 2014 à San Francisco (Image - TechCrunch - Flickr Creative Commons)

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Vraie visionnaire ou vendeuse de rêve ? L'Américaine Elizabeth Holmes, couronnée plus jeune «self-made woman» milliardaire du monde grâce aux promesses de sa startup de tests sanguins Theranos, est sur la sellette alors que s'accumulent les doutes sur son entreprise.

Une branche du département de la Santé américain a dénoncé cette semaine des «pratiques déficientes» qui «présentent des dangers immédiats pour la santé et la sécurité des patients» dans l'un des deux laboratoires de Theranos, à Newark en Californie.

Le plus gros partenaire de cette biotech, la chaîne de pharmacies Walgreens, a annoncé dans la foulée la suspension des services d'analyses de Theranos dans la succursale où elle les proposait jusqu'ici en Californie.

Visionnaire dans le viseur

Une quarantaine d'autres centres Theranos hébergés par Walgreens restent ouverts dans l'Etat voisin d'Arizona, mais cela fragilise un peu plus la position de la patronne-fondatrice Elizabeth Holmes, déjà sur la défensive depuis plusieurs mois après des articles de presse affirmant que ses technologies soi-disant révolutionnaires de tests sanguins ne sont en réalité pas au point.

Jusqu'à peu, beaucoup de médias décrivaient encore la jeune femme de 31 ans comme une visionnaire et peut-être un nouveau Steve Jobs, une comparaison encouragée par le col roulé noir que, comme le défunt patron-fondateur d'Apple, cette blonde aux grands yeux bleu porte presque invariablement.

Le succès précoce d'Elizabeth Holmes a été mis sur le compte d'une personnalité brillante et tenace. Certains médias ont par exemple raconté qu'à force de harceler le département des admissions, elle avait obtenu le droit de suivre pendant trois ans des cours de mandarin à l'université de Stanford quand elle n'était pourtant encore qu'au lycée. Elle parle cette langue couramment.

Un combat

Surtout, elle n'a que 19 ans quand elle fonde Theranos en 2003. Elle finance le démarrage de la startup, basée à Palo Alto dans la Silicon Valley, avec l'argent que ses parents avaient mis de côté pour payer ses études, qu'elle abandonne définitivement autour de la même époque.

Végétarienne, célibataire et sans enfant, elle semble n'avoir aucune vie privée et être uniquement et entièrement dévouée à son entreprise. Elle dit aussi avoir des motivations personnelles: elle aurait été très marquée par la mort subite d'un oncle chez lequel aucune maladie n'avait auparavant été diagnostiquée.

«Pour moi, rien n'a plus d'importance que ce que les gens traversent quand quelqu'un qu'ils aiment devient vraiment très malade», affirme-t-elle dans une vidéo sur le site de Theranos. «Le sentiment d'être impuissant est déchirant et si je peux construire quelque chose qui peut changer cela, c'est ce que je veux faire de ma vie».

Theranos promet justement des diagnostics plus rapides et moins chers que ceux des laboratoires traditionnels aux Etats-Unis, grâce à des méthodes présentées comme révolutionnaires, permettant des tests multiples avec une toute petite quantité de sang.

Feu vert pour la fortune

La FDA a donné son feu vert l'été dernier à un tout premier test, pour l'herpès, avec un prélèvement de sang au bout du doigt et l'usage d'un tout petit tube («nanotainer») d'à peine plus d'un centimètre.

Les investisseurs, séduits, ont évalué Theranos lors du dernier tour de table en 2014 à 9 milliards de dollars. Cela met Elizabeth Holmes, actionnaire majoritaire, à la tête d'une fortune de 3,6 milliards, selon le magazine Forbes, qui la décrit comme la plus jeune femme milliardaire n'ayant pas hérité de sa fortune.

Elle figurait aussi l'an dernier sur la liste des 100 personnalités les plus influentes de la planète du magazine Time. Le portrait était signé par l'ex-secrétaire d'Etat Henry Kissinger, qui siège avec d'autres personnalités politiques au conseil d'administration de la startup.

Attaques et contre-attaques

Mais l'histoire était peut-être trop belle. Le 15 octobre 2015, le Wall Street Journal publie le premier d'une série d'articles à charge, affirmant notamment que la fiabilité des technologies de Theranos n'est pas avérée, et qu'elles ne servent que pour une petite partie des plus de 200 tests proposés.

L'entreprise et sa patronne multiplient depuis les démentis. Theranos a publié une série de communiqués pour démonter les accusations selon elle «factuellement et scientifiquement erronées» du Wall Street Journal.

Et elle a encore assuré cette semaine que les manquements pointés par le CMS remontaient à l'automne dernier et que beaucoup avaient été réglés.

Doutes

Elizabeth Holmes martèle pour sa part depuis octobre sa confiance dans son projet dont elle jure de «l'intégrité». «C'est ce qui arrive quand vous travaillez pour changer les choses. D'abord on pense que vous êtes fou et on vous combat, et soudain vous changez le monde», avait-elle notamment déclaré sur CBNC (Minute 1'40 sur cette vidéo)

Les arguments semblent toutefois convaincre de moins en moins, beaucoup se demandant désormais si plus qu'une success story, Theranos n'est pas une nouvelle preuve de la bulle qui s'est créée autour des startups non cotées. (afp/nxp)

(Créé: 31.01.2016, 04h48)

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