On pourra bientôt vivre sans argent liquide

Paiements mobilesLes smartphones et les montres sont en train de s’imposer plus rapidement que prévu en Suisse comme porte-monnaies électroniques dans les commerces et entre particuliers.

La balise Twint se répand à grande vitesse dans les magasins Coop, et bientôt chez l’autre géant orange de la distribution. <credit>VANESSA CARDOSO</credit>

La balise Twint se répand à grande vitesse dans les magasins Coop, et bientôt chez l’autre géant orange de la distribution. VANESSA CARDOSO Image: V. Cardoso

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Les pièces sonnantes et trébuchantes ainsi que les billets de banque helvétiques sont-ils déjà en voie de disparition? Les cartes bancaires et de crédit – plus de 6 millions en Suisse – servent de plus en plus à payer des petits montants. Mais ce sont les smartphones et les montres de nouvelle technologie qui pourraient sonner le glas, plus vite qu’on ne le pensait, de la monnaie physique. Aujourd’hui déjà, on peut payer aisément et rapidement ses achats dans nombre de commerces sans sortir le porte-monnaie de sa poche ou s’échanger des montants de particulier à particulier au moyen du téléphone mobile. Techniquement, on pourrait donc déjà payer sa salade au marché sans le sou!

Aux Etats-Unis, dans les pays scandinaves ou en Chine, le porte-monnaie électronique inclus dans le smartphone, la tablette ou tout autre périphérique mobile, est entré dans les mœurs comme moyen de paiement des achats ou des prestations de service, tel un fast-food ou une course en taxi. En Suisse, les commerces s’équipent en ce moment à grande vitesse pour offrir cette prestation. Tellement vite que des caissières l’utilisent facilement, sans aucune formation sur le système!

L’onde verte Twint

Dans cette course au paiement mobile sans contact, l’application Twint, lancée l’année dernière par une filiale de PostFinance, est en passe de gagner la première manche puisque, après la chaîne de magasins Coop, les CFF, les bureaux de Poste ou les restaurants collectifs de SV Group, la société s’est rallié le groupe Migros, avec ses différentes enseignes, qui intégrera cette solution dans sa propre application d’ici au début 2017 au plus tard.

Plus de 10 000 appareils en forme de balise verte, reliée à la caisse, sont déjà installés dans des commerces du pays. N’importe quel consommateur peut utiliser l’application Twint, selon des modalités propres à ses relations bancaires et financières. Au moment de payer son achat, il suffit d’approcher son mobile de la balise et d’accepter le ticket affiché sur l’écran. Les petits commerçants qui optent pour cette solution privilégient le transfert de mobile à mobile, tablette ou autre appareil informatique. Mais c’est l’utilisateur qui définit jusqu’à quel montant il veut payer avec ce porte-monnaie virtuel sans utiliser un code (PIN). Un mode de paiement utilisable dès l’âge de 12 ans!

Mais d’autres acteurs importants vont arriver ces prochains mois dans les commerces avec leur solution. La principale est l’application de paiement Paymit, développée par Swisscom et la société SIX, qui gère l’infrastructure de la place financière suisse. Leurs premiers partenaires sont UBS, plusieurs banques cantonales – dont la BCV et la BCGE – ainsi que Raiffeisen.

UBS permet déjà le transfert d’argent par smartphone entre utilisateurs – pour un montant limité – ainsi que d’autres services, tel que le partage d’une facture au restaurant. Pour les clients BCV, l’application Paymit, intégrée dans l’application BCV mobile, sera disponible début mars et d’ici à la fin de l’année à la BCGE. Mais il n’est pas nécessaire d’être client de ces établissements pour utiliser Paymit, gratuite comme Twint. On relèvera que plusieurs banques ont choisi de s’associer à ce dernier système, dont la BCGE, qui «joue» ainsi sur les deux tableaux.

Une autre alliance, derrière laquelle on trouve Credit Suisse, American Express et le groupe Aduno – soit Viseca Card Services, une des principales émettrices de cartes de crédit MasterCard et Visa – prévoit de lancer au second semestre son porte-monnaie numérique, Swiss- Wallet, pour des terminaux tels que montres ou appareils portables.

L’alternative Bellamy

Mais une autre alternative aux cartes de crédit, qui permettent déjà le paiement sans contact, promet d’éveiller bientôt notre attention. Non pas les montres connectées, qui sont des «outils» de paiement similaires aux smartphones, mais les montres Swatch de dernière génération. Le modèle Bellamy a été récemment lancé en Chine et il va débarquer aux Etats-Unis, au Brésil et dans notre pays. Le groupe biennois, associé à Visa, ne donne pas de date, se contentant d’affirmer que dans l’Empire du Milieu, le «lancement est un succès». La Swatch Bellamy, qui fonctionne comme une carte prépayée, permet aussi de faire des paiements sans contact. Elle utilise la technologie NFC, de communication à courte distance, intégrée à nombre d’appareils de paiement par carte.

En attendant l’arrivée des géants Apple Pay et autre Google Wallet, et face à des acteurs suisses très pressés, la montre payante devra se battre pour percer.


Vive concurrence dans les modes de paiement

Le marché qui s’ouvre des paiements mobiles, avec des enjeux financiers considérables, ressemble d’ores et déjà à un vaste bazar aux multiples portes d’entrée. Qu’ils soient émetteurs de cartes de prépaiement ou de crédits, fabricants de terminaux, instituts bancaires et financiers ou encore développeurs de technologies et de logiciels, comme par exemple Apple ou Swatch, ils bataillent tous pour imposer leur solution.

Au risque parfois de se cannibaliser. Ainsi, des banques sont partenaires de plusieurs applications. Tandis que PostFinance, dont la solution mobile permet déjà le transfert d’argent entre deux clients, a confirmé qu’il lancerait aussi son propre moyen de paiement mobile fonctionnant avec une carte de crédit et basée sur la technologie NFC contenue dans les terminaux existants. Au risque de concurrencer le système Twint développé par sa filiale. Mais, chez l’un et l’autre, on affirme que ce n’est pas un problème, c’est au client de choisir.

En vérité, PostFinance multiplie par deux ses chances de monter dans le bon wagon. Car, c’est sûr, les cartes sont en train d’être redistribuées dans ce domaine. Hormis les questions de sécurité, il y a bien sûr l’enjeu capital de l’utilisation des données personnelles. Mais ce phénomène est aussi une chance pour le consommateur comme pour le secteur du commerce. Car, face aux multiples modes de paiement proposés – grâce aux nouvelles technologies réseaux – la pression est élevée sur les coûts. Elles l’est en particulier pour les sociétés et les émetteurs de cartes de crédit. Le montant des commissions demandées aux commerçants est un sujet tabou, personne ne voulant avancer de chiffre, notamment chez les grands distributeurs. Mais, aujourd’hui, les marchands n’hésitent plus à négocier les frais, autre fois très élevés. D’un 4% il y a dix ans, on est passé à 2,5% il y a trois ans, et désormais 2% en moyenne. Beaucoup moins encore pour les géants comme Migros, ou pour Coop qui ne dévoile pas cette information. Par contre, au siège de Bâle, on confirme que Twint est un moyen de paiement bon marché. Pour le client commercial, le tarif de base de la balise verte, avec l’application pour la caisse, est de 95 francs pièce. Mais, surtout, les frais de transaction sont d’un tout autre rapport comparé aux taux cités plus haut: ils s’échelonnent de 2 centimes pour un achat de moins de 5 francs, à 6 centimes entre 5,01 et 10 francs, 10 centimes jusqu’à 100 francs et 20 centimes au-delà.

Rappelons que depuis 2006, les commerçants sont autorisés à répercuter les coûts liés à l’utilisation de cartes de crédit. Armé de son smartphone, le consommateur a donc une certaine influence sur les prix de ses achats! J.-M. C.


Mode d’emploi

La balise verte de Twint déferle en Suisse

Formule: on peut utiliser l’application Twint de paiement mobile en le connectant, ou non, à un compte Postfinance ou à l’une des banques adhérentes au système. Mais on peut aussi charger ce portemonnaie digital avec une carte pré-payée, un bulletin de versement ou au Postomat. Echange: le système va permettre un transfert d’argent de smartphone à smartphone, pour payer une marchandise ou un service sans autre équipement, par exemple au marché.

Montants: le portemonnaie électronique peut contenir un crédit jusqu’à 250 fr. si on enregistre seulement son numéro de téléphone mobile. En enregistrant ses données personnelles, on peut charger 3000 fr. au maximum par jour et 5000 fr. par an. Un chargement jusqu’à 60 000 fr. est possible, moyennant identification par scan d’une pièce d’identité.

Technologie: une fois tous les achats enregistrés, à la caisse d’un magasin, la connexion du téléphone portable avec la balise verte se fait par Bluetooth. Le ticket s’affiche sur l’écran et le client l’accepte par simple touche du doigt. Si le commerce est privé de réseau, l’opération se fait hors réseau. Le débit a lieu lorsque le client sort de l’immeuble. J.-M. C. (TDG)

(Créé: 25.02.2016, 22h14)

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