Les banquiers suisses de Téhéran tournent la page

Levée des sanctions contre l’IranAdoubées par Téhéran, Berne et Washington, la BCP et Heritage voient disparaître leur rôle d’intermédiaire financier officiel.

Le secrétaire d’Etat en charge de la diplomatie, John Kerry, en discussion avec son homologue iranien Javad Zarif.

Le secrétaire d’Etat en charge de la diplomatie, John Kerry, en discussion avec son homologue iranien Javad Zarif. Image: KEVIN LAMARQUE/Reuters

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Les deux établissements genevois qui ont eu, plus de deux ans durant, la responsabilité des transferts financiers liés au commerce «humanitaire» d’un Etat banni de la finance mondiale, vont voir ce rôle d’intermédiaires privilégié disparaître, selon des sources au fait de ce système.

L’entrée en vigueur de l’accord diplomatique historique entre l’Iran et les grandes puissances, le 16 janvier dernier, ouvre en effet l’accès des circuits de paiements internationaux à la République islamique.

Et en particulier au réseau de virements bancaires Swift, rouvert lundi. Autorité de tutelle de ces banques, Berne a levé dès le 17 janvier la majeure partie des sanctions contre l’Iran mises en place en 2007 – puis renforcées en 2011.

Entre finance et diplomatie

Contactée, la Banque de Commerce et de Placements (BCP), l’une des deux institutions concernée, confirme cette évolution tout en refusant de s’exprimer sur un rôle qui «continuera d’être tenu jusqu’à ce que nous remplissions les engagements que nous avons pris dans ce cadre vis-à-vis de l’Iran».

Un responsable remarque que, de toute façon, «les services financiers avec ce pays vont rapidement s’ouvrir». En clair, les besoins – autrement plus importants – d’une République islamique réintégrée dans le commerce mondial requerront un grand nombre de banques. Autre établissement impliqué – à moindre échelle – la banque Heritage refuse d’évoquer la suite de ses activités avec l’Iran.

«La transition va être lente, d’un côté les institutions iraniennes ont pris l’habitude de travailler avec ces banques durant les années noires et ne vont pas en changer du jour au lendemain. De l’autre les grands groupes financiers allemands, français ou belges y vont progressivement, afin de savoir où ils mettent les pieds», signale un banquier genevois n’ayant aucun lien avec les deux établissements.

Ce dernier rappelle que l’Iran reste «synonyme de corruption, un peu à la manière de l’ex-URSS dans les années 90».

L’argent resterait en Suisse

Le rôle de ces deux banques genevoises – choisies par Téhéran et soumises au contrôle étroit du SECO helvétique et de l’OFAC américain – a été au cœur des négociations entre l’Iran et l’Occident depuis le sommet de novembre 2013 à l’hôtel Intercontinental de Genève. Depuis, c’est principalement par la BCP qu’est passé le paiement des approvisionnements céréaliers du pays. Ou encore du matériel médical.

Un rôle d’autant plus sensible qu’il touchait également au rapatriement d’une partie de recettes pétrolières iraniennes, longtemps bloquée à l’étranger. Mardi, Valiollah Seif, le responsable de la Banque centrale du pays, a indiqué qu’«avec la levée des sanctions, 32 milliards de dollars bloqués seront libérés».

Selon une autre source bien informée, les sommes totales en jeux – dormant sur des comptes en Corée du Sud, au Japon ou en Chine – auraient représenté «une centaine de milliards de dollars», environ la moitié des chiffres longtemps articulés.

Relevant les besoins importants d’importation du pays, cette source estime que «l’Iran n’a que peu de raisons de rapatrier cet argent». Et qu’il sera plus certainement transféré en grande partie sur des comptes en Europe ou en Suisse. Une des premières annonces de la République islamique cette semaine a ainsi été la commande d’une centaine d’Airbus.

Kerry évoque les fonds iraniens

La levée des sanctions contre l’Iran reflète le rebattage des cartes moyen-orientales déployées par Washington. Téhéran ne devient en rien un allié, simplement un interlocuteur avec lequel on peut marchander.

Les propos du secrétaire d’Etat américain John Kerry sont venus le rappeler, vendredi encore. Interrogé par la chaîne CNBC, en marge du Forum économique de Davos, sur la destination des 55 milliards de dollars que Téhéran doit empocher – selon une estimation du Trésor américain – du fait de l’allégement des mesures de rétorsion contre son économie, John Kerry a répondu: «Je pense qu’une partie finira dans les mains du CGR (ndlr: les Gardiens de la révolution, l’armée d’élite du régime iranien) ou d’autres entités, dont certaines sont classées terroristes.» (TDG)

(Créé: 22.01.2016, 21h15)

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