Le franc fort peut provoquer une saignée de l’emploi

DélocalisationsDes économistes de l’EPFL et de l’Uni de Genève ont analysé l’impact de la fin du taux plancher. De quoi craindre pour les postes de travail.

Évolution de la Bourse suisse et du taux de change.

Évolution de la Bourse suisse et du taux de change. Image: I.CAUDULLO. SOURCE: SWISS FINANCE INSTITUTE

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Vaut-il encore la peine de produire en Suisse pour vendre à l’étranger? Telle est la question qui ressort en filigrane de l’étude publiée hier par des économistes de l’EPFL et de l’Université de Genève sur les conséquences pour les entreprises suisses de l’abandon du taux plancher de l’euro face au franc, le 15 janvier 2015. Posée sous un autre angle, la question est: la Banque nationale suisse (BNS) est-elle allée cette fois trop loin en «jouant» avec le cours de change, au risque de mettre le feu à la place industrielle suisse?

«Le séisme continue»

Les chercheurs des hautes écoles vont assez loin dans leurs conclusions: pour eux, «le séisme continue de déployer ses effets sur l’économie et des signes annonciateurs de délocalisation apparaissent». Pour en arriver là, ils ont conduit ce qu’ils appellent «la première étude scientifique qui analyse l’impact réel de l’événement». Afin de disposer de chiffres tangibles, ils ont ainsi ausculté les données des 200 entreprises suisses cotées en Bourse, car elles sont obligées de publier des résultats financiers dans le détail. Celles-ci sont classées selon le lieu de production et les revenus.

Il faut le noter, l’analyse n’est pas à la portée de tout un chacun car elle fait appel à de savantes formules mathématiques. Mais dans le fond, les conclusions des chercheurs – ils l’admettent – confirment les «idées reçues», en particulier que «les entreprises dites exportatrices sont les plus touchées». Dans les six mois suivants la décision de la BNS, le chiffre d’affaires de ce type d’entreprises a baissé en moyenne de 16,3% et le bénéfice net de 20,4%, remarque Rüdiger Fahlenbrach, chercheur au Swiss Finance Institute de l’EPFL et coauteur de l’étude. «Leurs coûts sont en francs et leurs revenus en euros. Si le franc suisse coûte plus cher, leurs coûts sont plus élevés, leur marge réduite et leur compétitivité internationale entravée.»

Investissements taillés

Les entreprises exportatrices identifiées parmi les 200 cotées en Bourse réalisent en moyenne 63% de leur chiffre d’affaires hors des frontières. Pas étonnant dès lors que celles-ci ont diminué de 30% leurs investissements en Suisse depuis l’abandon du taux plancher alors que dans le même temps «la part de leurs acquisitions à l’étranger – pour l’essentiel des rachats d’infrastructures ou de sites de production – a augmenté de 45 à 63%. Des opérations souvent annonciatrices de délocalisations, qui trahissent également une certaine urgence, commente Rüdiger Fahlenbrach. Plutôt que de construire un site de production, vous achetez une usine existante. Cela va plus vite.»

Le scientifique donne quelques exemples parmi lesquels Bobst en Italie ou Comet Group aux Etats-Unis. Il reconnaît cependant que la place industrielle suisse a fait preuve d’une remarquable résistance, puisqu’un an après la décision de la BNS les restructurations n’ont pas encore frappé massivement l’emploi en Suisse, le taux de chômage ne passant que de 3,5 à 3,8% sur cette période.

D’autant plus que le rebond du franc depuis le 15 janvier n’est rien à côté de ce que les exportateurs suisses ont déjà vécu entre 2009 et 2014, le franc suisse s’envolant, passant globalement de 1 fr. 60 à 1 fr. 20 pour un euro. Mais après avoir pris de multiples mesures sur les coûts, amélioré la productivité, augmenté la flexibilité des employés, innové, un cer tain nombre d’entreprises, selon les économistes de l’EPFL et de l’UNIGE, ne s’en sortent pas. Elles sont probablement en train de préparer le terrain des délocalisations et des licenciements.

(TDG)

(Créé: 12.02.2016, 21h27)

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