L’analyse
Le fiasco de Merck n'arrêtera pas Genève
Par Pierre Ruetschi / Rédacteur en chef. Mis à jour le 30.04.2012 27 Commentaires
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L'arc lémanique est la région la plus dynamique du pays, quelle vison d'avenir?
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Cet article a été publié en primeur dans le journal dominical alémanique Der Sonntag à l’invitation de sa rédaction qui s’est penchée dans ses éditions du 29 avril sur les suites de la fermeture de Merck Serono à Genève. Lire aussi les déclarations de Pierre Maudet à Der Sonntag.
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Sinistre record. Mardi dernier Genève a vécu le plus important licenciement collectif de son histoire. Merck a fermé les portes de son palais de verre high-tech des bords du lac laissant 1250 employés sur le carreau. La nouvelle a provoqué un tremblement de terre dans la cité internationale dont les répliques ont secoué tout l’arc lémanique. Au-delà des questions qui ont surgi sur le sort délicat des employés licenciés, c’est tout le débat sur l’avenir de l’arc lémanique qui s’est enflammé. Le départ de Merck va-t-il provoquer, par contagion, l’exode d’autres multinationales? Est-ce que Genève et sa région lémanique ont vraiment encore la capacité d’attraction qu’on leur a longtemps prêtée?
Certains, comme Sandrine Salerno, membre du gouvernement de la Ville de Genève, y voient surtout la preuve qu’il faut cesser d’attirer des multinationales qui peuvent fermer du jour au lendemain sans états d’âme, mettant en péril l’économie locale. Plus grave, dans l’esprit de la socialiste, ces firmes «contribuent même à fragiliser l’économie mondiale». A l’instar de son parti, elle prône la croissance zéro ou en tous les cas très retenue, pour assurer une meilleure qualité de vie aux résidents genevois. Ce qui a déclenché une polémique enflammée. (cela au-delà de ses sulfureux propos sur les cols blancs qui on déclenché une autre polémique encore. ndlr) .
C’est que, contre toute attente, l’arc lémanique ne souffre pas aujourd’hui de la récession mais bien d’une surchauffe. Genève se trouve en pleine crise de croissance. Alors qu’elle crée 5000 emplois par an, elle construit à peine 1200 logements. Le taux d’habitations vacantes est proche de zéro. Et les absurdes loyers genevois explosent en mettant la pression sur l’ensemble de l’arc lémanique. Genève concentre 70% des emplois de la région mais seulement la moitié des habitants. Chaque jour quelque 100?000 pendulaires, Suisses et frontaliers de France voisine, convergent vers le bout du lac. La crise de la mobilité, du coup, est aussi aiguë que celle du logement et congestionne l’axe Genève-Lausanne, quasi jour et nuit. Au boom économique répond une infrastructure insuffisante même si le rattrapage en matière de transports publics a commencé. Telle est la douloureuse rançon du succès couplé à une volonté politique assoupie. Le tout est aggravé par un manque cruel de lobbying à Berne en faveur d’une région qui, vue de la capitale, n’est pas prioritaire. Une certaine inexistence politique. Sur le plan économique pourtant, l’arc lémanique a connu au cours des dix dernières années une phénoménale croissance. L’Université de Genève et l’EPFL en furent les catalyseurs. Elles ont amené un nouveau souffle et une rare vitalité favorisant l’émergence d’incubateurs très performants. De l’excellence, beaucoup de compétences et de savoir-faire ont créé un appel d’air pour des sociétés et chercheurs étrangers. Dans les classements, l’EPFL a pris l’avantage sur l’EPFZ, plus généreusement soutenue pourtant. Peu courant dans le rapport de force entre ces deux parties de la Suisse.
A l’actif de la région, ajoutons encore le développement aussi puissant que discret du négoce de matières premières. Basé sur une longue tradition, ce secteur compte aujourd’hui 500 entreprises, dont le siège du géant Cargill, et occupe quelque 8000?personnes à Genève. Des traders qui sont nombreux à réaliser des revenus à sept chiffres. De quoi faire pâlir les banquiers et réjouir le ministre des finances. Enfin, le secteur horloger ne connaît ni la crise, ni le franc fort. Il vient d’annoncer 20% de croissance de ses exportations sur une année. Résultat: une croissance du PIB genevois de 3,1% en 2010 et un PIB romand de 2,2%, au-dessus de la moyenne suisse. J’espère, cher Monsieur Roger Köppel, que vous ne vous étranglerez pas en découvrant ce tableau infiniment plus réaliste que celui que vous avez publié récemment dans la Weltwoche; quelques chiffres grappillés ici et là, tordus à souhait au plus grand bonheur des Welsches qui en rient encore.
Mais ne nous emballons pas. Les perspectives ne sont pas roses partout. Le secteur bancaire en particulier, historiquement locomotive de l’économie genevoise, ploie sous les attaques américaines et la pression du franc fort. Les licenciements et suppressions de postes ne sont pas spectaculaires comme ceux de Merck mais ils n’en sont pas négligeables pour autant. La masse sous gestion diminue, les salaires aussi. Et le budget de l’Etat accuse le coup en replongeant dans le rouge. Si le scénario Wegelin devait se répéter à Genève que l’on sait visée par Washington, l’effet serait dramatique pour l’ensemble de place financière romande.
Vu ces perspectives incertaines, les autorités lémaniques ne peuvent à l’évidence pas se permettre de freiner artificiellement la croissance en renonçant à attirer des multinationales. Oui, ces dernières hésiteront moins à fermer leurs portes qu’une entreprise locale. Mais ne jouons pas le développement endogène contre le développement exogène. Jamais les PME ne remplaceront les quelque 1000 sociétés internationales actives au bout du lac. Elles sont nécessaires; elles représentent le tiers des places de travail du secteur privé. Elles font aussi partie de l’histoire genevoise, de la dimension internationale de ce canton qui, avec ses 40% d’étrangers, vit tourné vers le monde. Le fiasco de Merck, né de doublons et du manque d’innovations de l’entreprise, est douloureux. Mais il n’entame pas l’attractivité de l’arc lémanique. Genève et sa région se portent (encore) bien, merci! (TDG)
Créé: 30.04.2012, 07h05
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27 Commentaires
M. Ruetschi, donc c'est ça le futur de Genève? Soit des HLM, soit des traders payes a 1M CHF, dans une ville ou le salaire médian est autour des 6000CHF/mois? Monaco-sur-Leman? Pourquoi Geneve et pas a Berne ou Soleure?J’espère bien pour vos enfants (si vous en avez) qu'ils seront pas chasses de chez eux par des traders anglo-saxons qui peuvent mettre 3x en loyer le salaire median genevois!! Répondre
On va bien réussir à tout foutre en l'air avec la gauche dogmatique,anti-argent et adepte du blocage ainsi que les extrêmes de droite isolationnistes qui nous gouvernent.Si Genève survit à tout cela nous seront vraiment chanceux.Le danger vient vraiment de l'intérieur du canton plus que de l'extérieur.Nous sommes les investigateurs de notre déclin et de la mise à en bière prochaine de Genève. Répondre
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