Fusion de géants
Glencore et Xstrata: 200 milliards en toute discrétion
Par Marc-Henri Jobin. Mis à jour le 07.02.2012 2 Commentaires
ONG circonspecte
Observée. Vu la nature de leurs activités, Glencore et Xstrata figurent parmi les sociétés que les ONGs passent volontiers au crible. Parmi elles, la Déclaration de Berne (DB) évalue depuis plusieurs années leur degré d’observation des droits de l’homme et des règles de bonne gouvernance.
Fusion. Lorsqu'on lui demande ce qu'il pense de la fusion des deux groupes, Olivier Longchamp, en charge du dossier auprès de la DB, se dit «circonspect».
Normes minimales. Xstrata est depuis longtemps cotée en bourse. Et parmi les sociétés minières, elle est l'une de celles qui se sont attachées à suivre plus ou moins les règles de bonne gouvernance et de respect des droits humains. «Celles-ci ne sont pas partout élevées, mais au moins a-t-elle essayé de suivre les normes minimales de la branche», explique le responsable de l'ONG lausannoise.
Degré zéro. Glencore, qui n'a fait son entrée en bourse que l'an dernier, part en revanche «du degré zéro en termes de compliance», ajoute Olivier Longchamp. Selon la DB, la société détenait l’an dernier près de 70% de ses actifs dans des pays en conflit ou corrompus.
Mines. Glencore est certes active principalement dans le négoce. Mais elle s’est aussi développée dans l’extraction minière, où il réalise 9 milliards de dollars de chiffre d’affaires.
Questions.Il est difficile, selon Olivier Longchamp, de prévoir si la fusion, qui vise l’intégration verticale et l’amélioration des marges, conduira l’ensemble vers une politique plutôt proche de celle suivie jusqu’ici par Xstrada ou au contraire vers une pratique moins exemplaire.
Conduite. Certes, le nouveau groupe restera coté et les responsables de Xstrata en assumeront la conduite opérationnelle. Mais les gens de Glencore resteront très présents avec une participation de près de 20% au capital, selon la DB.
Impact. L’ONG s’inquiète aussi de l'impact du nouvel ensemble sur les prix de certaines matières premières. La nouvelle entité va contrôler par exemple plus de 50% du marché du cuivre et plus de 30% du charbon à usage thermique. Elle figurera aussi parmi les grands du négoce du pétrole, aux côtés notamment du groupe genevois Vitol, dont le chiffre d’affaires a atteint 195 milliards de dollars en 2010.
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SwissquoteGraphique boursier
Glencore et Xstrata donnent naissance au No 3 mondial du secteur des matières premières. Leur chiffre d'affaires cumulé atteint, pour l'année 2011, la somme vertigineuse de 220,1 milliards de dollars, soit 202,5 milliards de francs. On pourrait arrondir, mais à ce niveau, chaque décimale derrière la virgule pèse 100 millions.
En bourse, la nouvelle entité devrait afficher une capitalisation de quelque 90 milliards de dollars, soit près de 83 milliards de francs suisses. Glencore (GLEN 4.04 -1.03%) et Xstrata (XTAN 13.95 -2.79%) sont deux géants mais méconnus des Helvètes. Pourtant, les deux sociétés ont leur siège en Suisse, l'une à Baar, l'autre à Zoug.
A moins de deux kilomètres
A vol d'oiseau, les deux groupes sont à moins de 2 kilomètres de distance. Il faut compter un peu plus de 20 minutes à pied pour aller de l'un à l'autre, selon Googlemaps.
Même s'ils résident en Suisse, les deux groupes tiennent leurs comptes en dollars. En détail, cela donne 188,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour Glencore, qui est ainsi 5,5 fois plus gros que Xstrata, avec ses 33,9 milliards de dollars pour 2011.
Pour capter l'importance d'un seul milliard, il suffit de savoir qu'en recevant un franc par seconde, jour et nuit et chaque jour de l'année, on ne devient milliardaire qu'après 31 ans, 8 mois et un peu moins de 16 jours.
Créée par Marc Rich
Glencore est née des activités de négoce lancées dès 1974 par Marc Rich. La société ne prend le nom de Glencore qu'en 1994, dès le moment où Marc Rich, de son vrai nom Marc David Reich, en cède la majorité à plusieurs investisseurs proches de lui.
Marc Rich est alors soupçonné par les Etats-Unis d'avoir fait sa fortune en contournant l'embargo décrété dans les années 80 contre l'Iran. En 1983, un grand jury fédéral américain retient contre lui plus de 50 chefs d'inculpation. Menacé de 325 ans de prison, il choisit de rester en Suisse. Finalement Bill Clinton l’amnistie début 2001, juste avant de quitter la présidence des Etats-Unis.
Au moment de sa création, Glencore est encore une société commerciale relativement modeste, active principalement dans les métaux ferreux et non ferreux. La société zougoise a ensuite fortement développé ses activités dans le commerce du pétrole.
Aujourd'hui, elle est considérée comme le No 1 mondial du négoce de matières première. Elle est aussi la plus grande société suisse en terme de chiffre d'affaires, loin devant Nestlé (109,7 milliards de francs pour 2010).
Des dizaines de milliers d'emplois
Glencore s'est un peu plus profilée dans le public depuis son entrée en bourse en mai 2011. En plus de ses avoirs dans le domaine des métaux ferreux et non ferreux (zinc, cuivre, plomb, aluminium et autres), la société possède des actifs dans les secteurs agricole (coton, tournesol, blé, sucre notamment) et énergétique (charbon, pétrole).
Glencore fournit aussi de l'ingénierie financière, des prestations logistiques et d'autres services aux producteurs et consommateurs des produits qu'elle commercialise. La société emploie 2700 personnes dans le trading et de marketing. Mais compte tenu des activités industrielles, ce sont 54'800 personnes qui, dans le monde, dépendent directement ou indirectement du groupe, dans plus de 30 pays.
Xstrata a franchi l'an dernier le cap des 30 milliards de francs de chiffre d'affaires. Plus petite par les ventes, elle dépasse en revanche largement Glencore en terme de rentabilité.
La forte rentabilité de Xstrata
Pour 2010, Xstrata a annoncé un bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciations et amortissements (EBITDA) de 10,39 milliards de dollars, soit une marge de 34%. Mesurée à la même aune, la rentabilité de Glencore pour la même année atteint 6,2 milliards, soit une marge nettement plus modeste de 4,3%.
Xstrata est aujourd'hui l'une des plus grandes compagnies minières et métallurgiques mondiales. Elle figure à ce titre parmi les principaux producteurs de cuivre, charbon, ferrochrome, nickel, zinc, vanadium et platine de la planète.
La société s'est diversifiée en outre dans la construction de buildings, la distribution d'électricité, le développement de moteurs et la téléphonie mobile. Elle est active dans plus de 20 pays et emploie directement et indirectement plus de 70'000 personnes.
Xstrata est née à Zoug en 1999 sur les bases de l'ancienne Südelektra SA, créée en 1926 dans le domaine du financement des infrastructures. Sous la conduite de son actuel CEO Mick Davis, qui a rejoint la société en 2001, Xstrata a multiplié son chiffre d'affaires par 20, grâce aussi à l'appui financier de Glencore, qui était alors déjà son principal actionnaire. (Newsnet)
Créé: 07.02.2012, 17h45
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lorsqu'on sait sur quoi est bâti l'empire de glencore, on a plutôt honte d'être suisse (du moins les gens qui ont une conscience et une éthique...) Répondre






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