En Suisse, la voiture pollue davantage que l’avion et le train

Transport et environnementSur la route et dans les airs, les modèles neufs émettent moins de gaz à effet de serre. Mais ils sont plus nombreux.

Pollution et utilisation des moyens de transport en Suisse.

Pollution et utilisation des moyens de transport en Suisse. Image: I. Caudullo. Données: R. Etienne. Source: EasyJet, CFF, OFS, OFEV

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La semaine dernière, l’Organisation de l’aviation civile internationale a indiqué être sur le point d’édicter une norme visant à réduire les émissions de CO2 des aéronefs. Quelques jours plus tôt, EasyJet a annoncé travailler sur un concept d’avion hybride utilisant du kérosène et de l’hydrogène. Dans l’aviation, les mesures pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre abondent. Et pour cause, les appareils qui consomment peu coûtent moins.

Dans les transports, cet adage vaut partout, même s’il est plus ou moins appliqué selon les véhicules et les groupes qui les opèrent. Comparons EasyJet, le principal client de Genève Aéroport, aux CFF et aux voitures en Suisse.

L’essor d’EasyJet
La compagnie aérienne, qui a accueilli 180 000 passagers par jour sur son dernier exercice, a aussi émis 6,1 millions de tonnes de CO2, un chiffre qui a doublé en une décennie (voir infographies ci-dessus, mais aussi ici et ). Si EasyJet pollue chaque année davantage, c’est parce que le transporteur se développe à un rythme époustouflant. Jugez plutôt: l’avionneur recensait 241 appareils en septembre (à la fin de son année fiscale), deux fois plus qu’en 2006. Le nombre de passagers a explosé (68,6 millions en 2015, contre 29,6 millions dix ans plus tôt) et celui des vols a doublé.

Les CFF, qui utilisent des trains électriques et accueillent six fois plus de passagers, n’évoluent pas dans la même catégorie. En 2014, ils ont rejeté 116 191 tonnes de CO2, des émissions qui n’émanent pas tant des locomotives que des bâtiments qu’occupent la compagnie et des véhicules de manœuvre qu’elle utilise. La société de la Confédération a consommé 2441 GWh d’électricité (l’équivalent de la consommation annuelle de 600 000 foyers), une énergie qui provient de source hydraulique, mais aussi nucléaire. Les CFF ne connaissent pas les mêmes taux de croissance qu’EasyJet. Eux tournent avec bon an mal an un million de passagers par jour depuis quelques années.

Quant aux véhicules routiers, selon l’Office fédéral des routes, ils ont parcouru sur l’ensemble du réseau helvétique 61,692 milliards de kilomètres en 2013. En Suisse, les voitures de tourisme ont en moyenne neuf ans d’âge. Or, en 2006-2007, un modèle ordinaire consommait 7,62 litres de carburant aux cent kilomètres. On arrive vite à des quantités d’émissions de gaz largement supérieures à celles qui prévalent dans l’aviation en Suisse et qui, là aussi, croissent chaque année.

Avions remplis, trains vides
Voilà pour les totaux. Par passager par contre, on arrive à d’autres conclusions. En termes de taux d’occupation, EasyJet et les CFF évoluent à nouveau sur deux planètes différentes. L’avionneur rapporte qu’en 2015, 91,5% de ses places ont trouvé preneur, un taux en forte progression. Les trains suisses, à côté, sont vides: en 2014, seuls 28,1% de leurs sièges étaient occupés (pour les grandes lignes, c’est à peine plus: 30,9%), des pourcentages qui, là, ne progressent guère. C’est confortable, mais moins écologique.

Par passager, les émissions de CO2 de la compagnie aérienne low-cost diminuent chaque année, passant de 116,2 grammes de CO2 par kilomètre au début du millénaire à 81,05 g/km l’an dernier. Autrement dit, pour un vol de 750 km, la consommation par siège d’un Airbus A320 de 180 places, ce que propose EasyJet, se situe autour de trois litres de kérosène sur cent kilomètres. La consommation électrique des adeptes du train se réduit également, mais moins et, vu les faibles taux d’occupation de leurs wagons, les CFF perdent de leur avance sur EasyJet.

Les nouvelles voitures, également, sont moins nocives pour l’environnement. En 2014, un modèle ordinaire immatriculé en Suisse consommait 6,24 litres de carburant aux cent kilomètres, un volume qui baisse chaque année. Le nombre de modèles dit de tourisme croît par contre tout aussi régulièrement: il y en avait 4,45 millions dans le pays l’an dernier, soit 541 pour mille habitants.

Grandes ambitions
Les constructeurs entendent poursuivre sur leur lancée. L’industrie aéronautique promet de voir ses émissions de gaz à effets de serre diminuer dans une ou deux décennies. Mais, d’ici là, elles vont encore beaucoup croître. Dans cette branche, EasyJet passe pour un bon élève: sa flotte est jeune, le fuselage des nouveaux modèles est en fibres de carbone, un matériel plus léger que le titanium utilisé auparavant. Les sièges sont plus légers, la forme des ailes et la peinture plus adéquates.

Les CFF entendent, eux, réduire de 20%, soit 600 GWh, leur consommation électrique annuelle d’ici à 2025 et miser entièrement sur les énergies renouvelables pour le courant de traction (le gros de leur consommation) d’ici à cette même année. Donc, de renoncer au nucléaire d’ici à une décennie. En 2014, ils ont dégagé 37% de CO2 de moins qu’en 1990. La consommation électrique du groupe ferroviaire ne cesse par contre d’augmenter.

Du côté des associations d’automobilistes enfin, on aspire également à d’importantes réductions des émissions des gaz à effet de serre par véhicule. Mais le parc, lui, va encore s’étoffer.

A quelques jours de la votation sur la construction d’un deuxième tube sous le Gothard, on conclura qu’un pendulaire client d’EasyJet pollue proportionnellement davantage qu’un homologue en train ,mais plus de deux fois moins qu’un pendulaire automobiliste, seul dans sa voiture. (TDG)

(Créé: 14.02.2016, 19h05)

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