Du Salon de l’auto à la Haute-Savoie, l’électronique supplante la mécanique

AutomobileA Palexpo, la voiture sera «intelligente». Visite d’une usine produisant en série ces équipements à quelques kilomètres des stands du Salon.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Lorsque le visiteur du Salon de l’auto parviendra à s’isoler de la foule – oh, quoi, dix secondes – dans une Renault Espace ou BMW série 3 tournant sur son podium, le rythme de production n’aura pas varié d’un iota sur les lignes de production de Valeo située à vingt kilomètres de là. Ses 300 employés continueront de concevoir l’écran plat multifonctions qu’il effleurera de ses doigts ou la molette de chauffage qu’il fera cliqueter pour mieux «sentir» la qualité.

Vétraz-Monthoux, Haute-Savoie. Une impasse oubliée derrière l’aérodrome. Le gros du trafic passe sans s’arrêter, en direction de l’hyper Géant. Dans un bâtiment fatigué des années 60, l’équipementier Valeo a inauguré au printemps dernier une nouvelle ligne qui a alors été présentée comme capable d’assembler 600 000 écrans tactiles par an pour les Renault Espace, Talisman, Kadjar ou Mégane. Ainsi que 300 000 écrans pour les 3008 et autres Cactus de Peugeot Citroën.

Lève-vitres à la savoyarde

L’évolution de ce site industriel reflète celle du secteur automobile. La mécanique est morte, vive l’électronique! Quand le groupe de 83 000 employés auquel il appartient annonce une nouveauté – son système de conduite autonome Cruise 4U – il choisit le salon CES de Las Vegas.

Il y a quinze ans, personne n’aurait donné cher de cette fabrique d’interrupteurs, par exemple pour lève-vitres. Une spécialité de la région, ces pièces mécaniques. Le «décolletage», c’est d’ailleurs l’activité d’Alexandre Vuarchex lorsqu’il déplace, à la fin des années 60, sa société DAV de la vallée de l’Arve à ce faubourg d’Annemasse. Elle deviendra une filiale de Jaeger, de Magneti Marelli, de Labinal. Avant Valeo, en 2000. Son savoir-faire initial est toujours requis: assembler des ensembles mécaniques au dixième de millimètre. Sauf qu’aujourd’hui, il s’agit d’écrans plats venant d’Asie.

Cette activité non-stop tranche avec la morosité économique de l’Hexagone. Responsable du site depuis dix ans, Xavier Defay dit même avoir traversé la crise de 2009 «sans licenciements secs». Et lorsque ce dernier parle du «plan de compétitivité», accepté par l’ensemble des salariés afin d’augmenter leur temps de travail, on croit à une usine Potemkine. Des salariés fidèles, avec l’attrait d’un salaire en francs forts à vingt minutes? «L’appel de la Suisse a ses limites», ose Xavier Defay. Une remarque qui souligne l’attachement, volontaire ou contraint, à un employeur pour mille raisons – possibilités d’évolution, conjoint travaillant à Genève, crainte de n’être qu’une variable d’ajustement de l’autre côté de la frontière…

Obsolescence accélérée

Ces tablettes qui commencent à dévorer les tableaux de bord font écho, avec des années de décalage, à l’engouement du consommateur pour le smartphone. «En apparence, on suit la technologie du téléphone, mais cela n’a rien à voir; il reste très difficile de dupliquer en instrument embarqué un produit de grande consommation ne résistant pas une journée derrière un pare-brise en été», sourit Xavier Defaye. Chaque constructeur «définit ses exigences lors d’un appel d’offres». Peugeot est celui qui va le plus loin dans la centralisation des commandes sur un écran tactile. Les clients allemands haut de gamme gardent une partie des commutateurs. Le site n’a ainsi pas abandonné son savoir-faire d’ébéniste de tableaux de bord.

Mangés par une tablette

Le siège de la ligne de produits «interrupteurs et tableaux de commandes» dont il fait partie chapeaute les sept usines et centres de R&D de Valeo dédiées aux «interfaces homme/machine». «Des écrans, il y en aura de plus en plus dans l’habitacle», annonce Xavier Defay. Sans que l’on sache si tout cela ne finira pas comme un téléviseur en plastique orange.

«Le défi principal pour ces produits va être de rester en phase avec le rythme d’innovation galopant des smartphones», admet le responsable. Comment imaginer que dans six ans – lorsque l’Espace sera remplacé – ces tableaux de bord mangés par une tablette géante n’apparaissent pas obsolètes? Le problème se pose moins avec les commutateurs. Ceux des véhicules produits il y a quarante ans sont même de meilleure facture. Cela n’empêchera pas Xavier Defay d’aller au Salon. A titre personnel. Et pour jeter un œil sur ce que fait la concurrence.


Pour les véhicules, l’autonomie prend la forme d’une lente conquête

Il y a dix ans c’était «hybride». La semaine prochaine, le nouveau mantra de la grand-messe de l’automobile sera «autonome». Un concept en général évacué par une image, toujours la même, de cette voiture blanche que Google a imaginée pour Oui-Oui. La conquête progressive de leur autonomie par les automobiles – dans le sillage des avions – n’a en réalité rien de magique. De Valeo à Delphi, tous les équipementiers – ces industriels produisant à la chaîne embrayages et autres démarreurs – planchent sur des capteurs permettant aux véhicules actuels de «voir». Comme il se doit, les plus perfectionnés sont à l’œuvre sur les limousines teutonnes démarrant autour de 100 000 francs, BMW Série 7 ou Mercedes Class S. Un système de caméra «stéréo» derrière le pare-brise permet de «lire» les marquages au sol. Ou de «percevoir» les volumes, afin de détecter les piétons ou d’afficher en 3D ce qui passe autour du véhicule. Une batterie radars balaie l’avant et les côtés afin de localiser le trafic à 360°, en temps réel. Il devient possible de faire sortir l’auto d’une place de stationnement sans être au volant. Certains de ces systèmes de pointe descendent déjà en gamme, par exemple en direction de la nouvelle Mercedes Classe E dévoilée à Genève. Récemment, le groupe Nissan Renault a indiqué que 10 000 collaborateurs travaillaient sur le véhicule «autonome».

Encore une fois, les images de conducteurs tournant le dos à la route en buvant le thé viennent à l’esprit. Autonomie rime en réalité avec assistance étroite du conducteur. Valeo teste ainsi son système «intuitive driving» sur une banale Golf. Voir cette dernière conserver seule sa trajectoire – le volant bouge en fonction des impulsions reçues – à 120 km/h sur les quatre voies descendant la vallée du Rhône est amusant. Mais l’intérêt reste la sécurité. Si le conducteur pique du nez, la voiture ne file pas dans le décor. Et si ces qualités sont réellement conservées sous une pluie battante – souvenez-vous la dernière fois qu’un orage s’est abattu sur l’autoroute, alors que vous étiez au milieu de la meute – le système retient vraiment l’attention. Pour le reste, il sera toujours préférable de croiser des conducteurs gardant l’œil sur les rétros. Et sachant tourner la tête.

P.-A.SA. (TDG)

(Créé: 26.02.2016, 20h44)

Mots-clés

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

le Royaume-Uni quitte l'UE
Plus...