EXPOSITION
«Trompe-l’œil» joue avec la réalité aux Arts décoratifs de Paris
Comme toujours, les choses auraient commencé avec les Grecs, il y a deux mille cinq cents ans. Le peintre Zeuxis imita si bien des raisins que les oiseaux venaient les becqueter. Son collègue Parrhasios aurait su rendre avec tant de talent l’aspect d’un rideau venant recouvrir son tableau que les spectateurs tentaient de l’écarter. A vrai dire, rien là que de banal. Du moins pour nous. Comme le rappelle une citation d’Ingres dans l’actuelle exposition du Musée des arts décoratifs de Paris, tout art figuratif (et il n’en existait pas d’autre vers 1840!) tient du trompe-l’œil.
Que faut-il pour que ce dernier existe? Il suffit aujourd’hui de parcourir les salles latérales du musée de la rue de Rivoli. Il y a toujours une supercherie à découvrir. Elle peut découler d’une perspective feinte, de l’illusion d’un relief, du jeu d’une matière se faisant passer pour une autre ou encore d’une discrète modification des apparences. La chose ne se voit pas réservée au monde occidental. La Chine de la fin du XVIIIe siècle, au temps de l’empereur Kien-Long, adorait les porcelaines ressemblant à du bambou ou du bois sculpté.
Bois ou plastique?
L’actuelle manifestation met en valeur les immenses collections du musée, semi-privé. Autant dire que celui-ci ne lui donne pas la vedette. Les expositions possédant pour lui le plus de prix sont celles pour lesquelles tous les objets se voient importés. Les Arts décoratifs misent ainsi depuis plusieurs années sur des événements que l’on qualifierait de «blockbusters» s’il s’agissait de films. Jean-Paul Goude en ce moment, les voitures collectionnées (et très restaurées) par Ralph Lauren l’été dernier font courir les foules, alors que les espaces permanents restent déserts.
Mais revenons à «Trompe-l’œil: Imitations, pastiches et autres illusions». Le propos (traité il y a une trentaine d’années par la Genevoise d’adoption Miriam Milman sous l’angle de la seule peinture) brasse large. Mais à juste titre. Tout cherche à égarer notre perception. Regardez cette solide table en bon bois de chez nous! Erreur. Elle est coulée dans du plastique. Admirez cette silhouette féminine! Suivant les modes, elle perd des rondeurs, s’étrangle à la taille ou porte perruque. Encore des chausse-trapes. Plus ou moins évidentes. Les bibis fleuris signés par ces grandes modistes que furent Paulette, Rose Valois ou Caroline Reboux n’ont jamais voulu passer pour des bouquets soudain saisis par la manie du déplacement.
Un faux veut tromper l’œil.
L’exotisme peut être feint. L’authenticité aussi. Toute copie entend tromper l’œil. Un œil pourtant bien exercé. Les Arts décoratifs présentent ainsi une étonnante série de fausses orfèvreries, produites au XIXe siècle d’après des modèles antiques et médiévaux par galvanoplastie. Une sorte de cuivre doré ou argenté. «On ne dirait jamais que tous ces objets sont en plastique». S’étonne à côté de moi une visiteuse.
Qu’est-ce qui échappe finalement au genre? Peu de chose. Dès qu’une civilisation devient un tant soit peu sophistiquée, elle se prend à jouer avec la réalité. Certains y verront une décadence. L’honnête simplicité reste très prisée dans les milieux bien-pensants. Mais il s’agit ici d’étonner, de surprendre, de distraire et souvent d’amuser. Le propos est immense. Douze salles sont loin d’épuiser le sujet. Et le visiteur, du reste. Ce dernier en voudrait volontiers un peu plus. Une preuve parfaite qu’il y en a juste assez.
Pratique
«Trompe-l’œil: Imitations, pastiches et autres illusions», Musée des arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, Paris, jusqu’en novembre 2013 Tél. 00331 44?55?57?50. Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h, le jeudi jusqu’à 21h.
(TDG)Créé: 20.02.2012, 12h57
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