Réfugiées du pouvoir mâle

La Bâtie - Festival de GenèveLa Genevoise poursuit sa fresque visuelle et sonore, «Tragedy Reloaded», dans le cadre de La Bâtie.

Jeanne de Mont interprète un texte d'Elfriede Jelinek, entre victime de la domination masculine et prostituée toute-puissante.

Jeanne de Mont interprète un texte d'Elfriede Jelinek, entre victime de la domination masculine et prostituée toute-puissante. Image: LAURA SPOZIO

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Si l’artiste genevoise Maya Bösch avait choisi de s’en tenir à la seule tragédie d’Eschyle – Les Suppliantes –, la deuxième station de sa fresque entamée début 2015, Tragedy Reloaded, se percevrait surtout comme un contrepoint saisissant à l’actualité dite des «migrants». Six performeuses au visage camouflé y narrent, chantent et ondulent en chœur le drame de cinquante sœurs (les Danaïdes, descendantes de la génisse Io) exilées d’Egypte pour échapper à leurs cinquante cousins violeurs, et qui viennent demander l’asile au roi d’Argos.

Mais en plus d’images vidéo et d’un espace sonore tour à tour vrombissant ou crépitant (Vincent Hänni), la lauréate d’un Prix suisse du théâtre 2015 amalgame au texte antique des pages contemporaines de l’Allemande Elfriede Jelinek. Le public s’étant d’abord dispersé dans une salle du Flux Laboratory plongée dans l’obscurité, il est alors entraîné vers le foyer, plus lumineux, puis à l’étage du bâtiment, où une Jeanne de Mont en corsage noir l’attend derrière une paroi vitrée, micro à la main. L’actrice va confronter le spectateur à une autre forme de persécution: celle que subissent les femmes dès lors qu’elles se livrent corps et âme au mâle. Pour éviter l’aliénation, la protagoniste va donc prôner la fuite de l’amour et la victoire par le sexe. Apologie d’une prostitution vengeresse, le monologue emprunté à Jelinek (Animaux) achève de brosser un portrait de la féminité comme d’un essaim d’amazones exclues et révoltées. Maîtrisée de bout en bout, la «tragédie réactivée» que poursuit Maya Bösch exige un certain effort de la part de son public. En échange, celui-ci ressort nourri, mais aussi aiguillonné d’avoir pu assister à la dilatation d’un univers artistique.

Tragedy Reloaded Flux Laboratory, jusqu’au 6 sept., www.batie.ch (TDG)

Créé: 03.09.2015, 18h04

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