La nouvelle Comédie est lancée sur de bons rails

ConstructionLa première pierre du chantier à la gare des Eaux-Vives a été posée hier. Le projet Skyline doit s’achever à la fin de 2019, afin d’accueillir les spectateurs dès octobre 2020.

La pose de la première pierre hier, avait vocation de double symbole: le lancement du chantier de la nouvelle Comédie et de celui du quartier O’Vives, projeté par les CFF aux abords de la gare du CEVA (voir plan de situation à droite). Le projet Skyline des architectes Sara Martin Camara et Laurent Gravier (à gauche): l’accès aux deux salles de spectacle se fera par l’esplanade. Le restaurant du théâtre et sa terrasse donneront également sur cette place. Le bâtiment lui-même est composé de quatre blocs d’inégales hauteurs. Chaque module a une fonction différente. La façade, entièrement vitrée et emballée dans une sorte de peau en treillis métallique, confère à l’immeuble une belle transparence.

La pose de la première pierre hier, avait vocation de double symbole: le lancement du chantier de la nouvelle Comédie et de celui du quartier O’Vives, projeté par les CFF aux abords de la gare du CEVA (voir plan de situation à droite). Le projet Skyline des architectes Sara Martin Camara et Laurent Gravier (à gauche): l’accès aux deux salles de spectacle se fera par l’esplanade. Le restaurant du théâtre et sa terrasse donneront également sur cette place. Le bâtiment lui-même est composé de quatre blocs d’inégales hauteurs. Chaque module a une fonction différente. La façade, entièrement vitrée et emballée dans une sorte de peau en treillis métallique, confère à l’immeuble une belle transparence. Image: STEVE IUNCKER GOMEZ/DR

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«L’oiseau vert» s’offre une nouvelle forêt. En coulant dans le béton la version signée Benno Besson de cette comédie fabuleuse, Natacha Koutchoumov a permis hier l’envol de la nouvelle Comédie. La pièce, montée en 1982 au boulevard des Philosophes par la bande à Besson (adaptation du texte et mise en scène), Stehlé (décor et costumes) et Strub (masques), a marqué le théâtre genevois comme aucune autre peut-être. C’est donc une liane que tresse, dans l’espace et le temps, le geste délicat de la directrice fraîchement nommée pour bâtir, aux côtés de son compère Denis Maillefer, l’institution théâtrale à la gare des Eaux-Vives (lire ci-dessous).

Pour l’heure, celle-ci se résume à une dalle de béton brut prête à soutenir 16 000 m2 et 100 000 m3 d’espaces dévolus aux arts de la scène. Dans le sol, un coffrage attend son symbole: une pierre, la première, que l’on dirait vernissée. Les huiles se pressent autour de l’objet pour la photo avant que, lentement, le grutier l’agrippe puis le dépose dans la cavité. Charge aux architectes du projet Skyline, Laurent Gravier et Sara Martin Camara, d’enfouir dans les tréfonds du bâtiment les deux tubes d’aluminium scellés contenant différents documents destinés aux archéologues du futur. Et un petit livre couleur prairie: «L’oiseau vert» d’après Carlo Gozzi, version Benno Besson…

«Nous avons bien conscience de la solennité du moment et de l’importance de ce chantier», commentent Sara Martin Camara et Laurent Gravier. «Il s’agit d’élargir un quartier comme le théâtre ouvre les esprits. Nous avons un faible pour les projets culturels: architecte, c’est un métier artistique. Bâtir un théâtre est passionnant, surtout avec un tel cahier des charges.»

Quatre bâtiments accolés

Sous terre, 320 mètres de gare pour le CEVA, avec trois sorties aménagées par Jean Nouvel. En surface, une grande esplanade reflétée et irriguée par la nouvelle Comédie. «Ouverture, c’est la caractéristique du projet Skyline. Ce théâtre sera un lieu de rencontre et de partage qui va améliorer la qualité de vie de tout un quartier», commente Rémy Pagani. Au titre de conseiller administratif chargé des travaux en Ville, il est le pilote politique du chantier. «Nous démontrerons qu’un autre monde est possible, en dehors de la marchandisation de nos rapports sociaux.»

Quatre bâtiments de hauteurs inégales abriteront deux salles de spectacle pour les arts vivants. La signature de Skyline? Beaucoup de verre, une façade complètement vitrée et un profil métallique comme une vague qui caresse la surface des toits. «Notre but est de rester le plus fidèle possible à notre projet, souligne Sara Martin Camara. A part quelques adaptations mineures, essentiellement techniques, nous y parvenons pour l’instant.»

«Il faut dire que nous avons préparé le travail en amont pendant deux ans, précise son associé Laurent Gravier, ce qui fait que ce chantier, même d’envergure, n’est pas particulièrement compliqué.» Les deux architectes ont pris le pari, en 2011 déjà (donc avant les deux votes du budget par le Conseil municipal en 2013 et par le Grand Conseil en 2016), d’établir un bureau à Genève, doté de dix collaborateurs. Ils en sont persuadés, «un geste architectural fort suscite le renouveau culturel d’une ville».

«Faire rayonner Genève»

«Une première pierre, c’est un rite. Un repère, dont le caractère sacré ou symbolique ne saurait nous échapper», déclare un Sami Kanaan rendu lyrique par la chaleur de juin sous le cagnard. «Cela fait de nombreuses années que nous attendons une scène théâtrale capable de faire rayonner Genève hors de nos frontières. Trente ans. Il faut parfois se montrer patient, à Genève!» Trente ans depuis le «Rapport Langhoff», qui relevait les imperfections du bâtiment de La Comédie au boulevard des Philosophes. Puis «dix-sept ans de lutte» pour faire éclore l’idée d’un nouveau lieu, comme l’a rappelé Michel Kullmann, président de l’Association pour la Nouvelle Comédie (ANC), avant d’être submergé par l’émotion en évoquant le souvenir de Jean-Michel Broillet, décédé le 13 mai dans des circonstances dramatiques et très actif au sein de l’ANC.

Il fallait à cette cérémonie un hommage au théâtre. C’est Sami Kanaan sous son beau panama blanc qui le tisse, rappelant que «Genève est la ville qui affiche la proportion de spectateurs pour le théâtre la plus élevée de Suisse.» Une aubaine donc que cette nouvelle Comédie, qui va «valoriser toutes les scènes» du cru et sera «une institution à la mesure de l’amour, réel, que Genève porte aux arts de la scène».

Fonctionnement à financer

Quand on aime, on le montre. C’est en substance le message délivré par Thomas Boyer, président de la Fondation d’art dramatique (FAD), qui a la Comédie dans son escarcelle: «La troisième étape à franchir est désormais la validation du budget de fonctionnement.» Un budget qui devrait doubler, pour atteindre 15 millions par an environ. La Ville de Genève devant en assumer 12, on voit mal comment habiller Paul sans déshabiller Pierre. Et continuer de valoriser simultanément les autres scènes genevoises. La conseillère d’Etat Anne Emery-Torracinta a tenu, elle, à souligner la participation du canton à la construction du bâtiment, 45 millions de francs, «sans doute la plus grosse somme jamais investie par l’Etat pour la culture».

Si la nouvelle Comédie en est le cœur, le chantier ne se limite toutefois pas à elle. «C’est une ville miniature au centre-ville que nous construisons, c’est la Genève de demain», résume Jürg Stöckli, responsable de la Division immobilier des CFF. Ceux-ci édifient plusieurs bâtiments dans le périmètre de la future gare du CEVA, qui verra passer, chaque jour, 50 000 voyageurs et pendulaires. Un joli vivier de spectateurs à l’horizon pour la Comédie de Genève. Une belle cage de scène pour «L’oiseau vert».


Natacha Koutchoumov: «Ce lieu déclenchera des envies de théâtre»

Projet artistique et projet urbanistique sont ici aussi inséparables que les doigts de la main – une main résolument ouverte. Entre le dehors et le dedans du palais de verre que sera dès 2020 la Comédie, les vases communicants fonctionneront à plein régime. «Nous entendons dédramatiser le passage de la porte d’un théâtre», résume l’actrice genevoise Natacha Koutchoumov au nom du binôme qu’elle forme aux commandes avec le metteur en scène vaudois Denis Maillefer.

Comment atteindre ce bel objectif? En profitant d’abord d’une situation au cœur d’un quartier en train de s’inventer, avec l’ambition d’en devenir le poumon. «La carte à jouer est énorme, confirme Natacha Koutchoumov. En exploitant notamment les espaces publics – café et foyer, terrasse extérieure et travée intérieure – nous projetons d’accueillir toutes sortes de manifestations paraculturelles: activités autour des spectacles, animations pour les enfants, brunchs, dégustations de vins, expos, et même un marché de produits locaux! L’été, nous résonnerons jusque sur le parvis en organisant bals populaires, projections sur grand écran ou représentations en plein air!» S’inspirant des exemples du Théâtre du Centquatre-Paris ou du MC93 (Maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny), le théâtre, loin de se borner à exploiter ses deux salles, ressemblera à une fabrique accessible aux habitants. «Trois cent soixante-cinq jours par an, l’ambiance sera celle d’un lieu de vie et de travail où se mêleront artistes et usagers, poursuit la nouvelle codirectrice. S’y ajoutera tout un pan festif, qui permettra de réfléchir et s’amuser en passant naturellement de l’un à l’autre. Les gens viendront pour boire un café, passer du bon temps, voir une pièce, chaque activité entraînant la suivante. Nous synthétiserons les envies de sorties; le lieu, lui, déclenchera des envies de théâtre. Enfin, l’excellence que nous visons tirera le mouvement vers le haut!»

Cette élévation inscrite dans l’architecture même des lieux s’accompagnera bien sûr d’une copieuse offre théâtrale. Grâce à sa profondeur, sa hauteur et sa largeur considérables, le plus grand des deux plateaux saura accueillir sans restriction les spectacles d’envergure internationale. «Quant aux créateurs locaux, ils pourront y rêver plus grand!» s’enthousiasme la programmatrice.

Quant au quintessentiel collectif d’artistes en résidence (7 stagiaires issus des écoles de théâtre et 9 comédiens confirmés), il est d’ores et déjà en voie de composition. La troupe, que compléteront des intermittents à hauteur de 30 à 40%, jouera avec les metteurs en scène invités, qui l’emploieront toute, en partie ou pas du tout, selon. «Les deux salles de répétition très fonctionnelles permettront de prendre de l’avance, et la présence sous le même toit de l’atelier de construction des décors et des costumes impliquera un formidable gain de temps, d’énergie et de communication facilitée. Le public circulant au milieu de cette ruche aura le sentiment de se trouver au cœur d’un acte artistique. La joie qui en résultera sera une nourriture cruciale pour la ville de Genève», conclut une Natacha Koutchoumov les mains déjà dans la pâte. Katia Berger (TDG)

Créé: 14.06.2017, 20h08

Plan de la Nouvelle Comédie et du futur quartier O'Vives

Le projet Skyline

La nouvelle Comédie, c’est…

Deux salles de spectacle: une frontale d’une capacité de 500 places, une modulable de 200. Deux salles de répétition permettant le travail ininterrompu des compagnies. Des ateliers de fabrication pour les décors et les costumes. Des locaux administratifs hébergeant les bureaux du théâtre. Des espaces destinés au public comprenant billetterie, restaurant, librairie, hall d’accueil, esplanade piétonne à l’extérieur.

Le projet, intitulé Skyline, à la fois «théâtre dans la ville et ville dans le théâtre» selon les architectes, coûte 98 millions de francs, 53 millions à la charge du Canton, 45 à la Ville de Genève. Le fonctionnement du théâtre, lui, est budgété à hauteur de 15 millions annuels.

L’historique de l’édifice commence avec le Rapport Langhoff, paru en 1987, qui pointe l’inadéquation de la Comédie érigée en 1913. En 2001, l’Association pour la Nouvelle Comédie (ANC) est fondée. 2005, la future gare des Eaux-Vives CEVA est retenue comme site d’implantation. En 2008, le Conseil municipal vote un crédit d’étude et organise un concours d’architecture. Sur 80 concurrents, l’atelier FRES des architectes Laurent Gravier et Sara Martin Camara, avec le bureau de scénographie Changement à vue, est désigné en novembre 2009. 2015, le Conseil municipal puis le Grand Conseil adoptent le crédit de construction. Nomination, le 6 février 2017, d’un binôme pour diriger la Comédie, actuelle et future: l’actrice genevoise Natacha Koutchoumov et le metteur en scène vaudois Denis Maillefer. 14 juin 2017, premier coup de pioche pour les immeubles jouxtant la gare des Eaux-Vives, dont le théâtre.

La fin du chantier est prévue pour décembre 2019. Six mois seront alors nécessaires pour soumettre le théâtre à des tests techniques, ce qui reporte à octobre 2020 l’inauguration du bâtiment, en même temps que sera lancée la nouvelle saison.

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