Voix de Fête met la chanson au cœur de la cité

FestivalPour sa 17e édition du 9 au 15 mars, le rendez-vous «franco responsable» vise haut avec Christophe, Miossec, Yael Naim ainsi qu’une foule de découvertes

Nach, petite sœur de Mathieu Chedid alias -M- chantera à Voix de Fête, au Chat Noir vendredi 13 mars à 22h.

Nach, petite sœur de Mathieu Chedid alias -M- chantera à Voix de Fête, au Chat Noir vendredi 13 mars à 22h. Image: Margaux Shore

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La chanson d’aujourd’hui? Dans le kaléidoscope de Voix de Fête, dont la 17e édition débute lundi avec Christophe et ses Mots Bleus en solitaire au Victoria Hall, ce sont, encore et toujours, les amoureux de la langue de Brel, Brassens et Barbara, des poètes maudits ce qu’il faut, des faiseurs de rimes en vracs, roucouleurs à guitare ou charmeurs de piano. Masculins beaucoup, féminins aussi.

Les grandes tendances du chansonnier actuel telles que représentées à Genève la semaine prochaine? C’est l’inébranlable Breton Christophe Miossec, 50 ans d’âge, et son timbre de roc évoquant la fièvre du désir comme les rêves évanouis (jeudi 12 mars, salle communale de Plainpalais). C’est également la faconde festive d’un genre nourri à l’aune des chants de marins, flopée d’artistes renouant avec ce qu’on appelait il y a quinze ans la «nouvelle scène francophone». En voilà qui refont l’histoire sans vergogne, soutenus par l’adhésion d’un public de jeunes adultes. Ici, Nach (vendredi 13 au Chat Noir), petite sœur avisée de l’archivedette -M-. Lequel avait débuté pour ainsi dire à Voix de Fête lors de la seconde édition en 2000… Là, Capitaine Etc, figure montante d’une nouvelle génération de chanteurs genevois cultivant l’esprit de la marinière et du béret (samedi 14 au Chat Noir, lire ci-contre). Mais c’est aussi du hip-hop, matière plus si neuve certes, pourtant longtemps délaissée par les festivals de chanson «sérieuse». Le très jeune public aime. Voix de Fête sacrifie à la mode: ce sera donc, en fin de semaine, le collectif parisien L’Entourage et son rap post-ado en prise avec la vie des jeunes (samedi 14, salle communale de Plainpalais) suivi des deux drôles Big Flo & Oli.

Une «guinguette» pour la fête
Tout ce beau monde – musiciens, festivaliers – se retrouvera pour la troisième édition consécutive dans la salle communale de Plainpalais, rue de Carouge, à deux pas du centre historique du festival, le baroque et feutré Casino Théâtre, toujours occupé par Voix de Fête. Un lieu central, un vrai? Avec raclette à jouer aux dés, tireuse à bière et «guinguette» au rez-de-chaussée pour finir les soirées en musique, la salle communale et ses dépendances – dont le théâtre Pitoëff – compose une cour des miracles des plus conviviales. Bien avisés, les organisateurs ont gardé l’entrée gratuite pour la partie festive, bar et guinguette. Manière d’inciter les noctambules, et pas que les festivaliers, à venir consommer danse et boissons. Pareille formule entend ranimer l’aspect chaleureux des débuts, lorsque Voix de Fête finissait chaque soir en beauté dans le foyer au sous-sol du Casino-Théâtre.

On consulte encore l’affiche, on scrute les découvertes… Il y a foison de nouveautés à se mettre sous la dent, du Canada, de France, de Belgique, d’Afrique aussi, et de Suisse. Kosh, Dimoné, Mazarin, LiA, Nevché et Ahamada Smis. Afro-rap, rock, soul, showman solitaire ou formation de poche, Roland Le Blévennec et l’association ASMV, en charge de la direction, brassent large dans l’actualité musicale. On ira pour cela dans les salles traditionnellement investies par le festival, Chat Noir, Box et Théâtre de Carouge, tous dans la Cité Sarde. Egalement dans les Bars en fête.

L’insolence des braves
Le «off» a démarré mercredi passé déjà, à raison d’un à cinq concerts par soirées. Quinze adresses au total, de la Taverne de la République au café du Cinéma, de la Barje des Volontaires à La Suite 115. Volet plus intimiste du festival, les Bars en fête dureront en tout dix jours, jusqu’à la fin du «in» dont le gros du programme démarre ce lundi 9 pour se terminer dimanche 15 mars. L’entrée est libre. Le chapeau à la fin des concerts permet de payer les musiciens, précisent les organisateurs.

La cartographie de la chanson en temps de fête dessine une toile au cœur de la cité, un parcours cabotant de zinc en comptoir, entre les tréteaux des concerts. Voix de Fête aime la boisson? Voix de Fête aime les gens. C’était, l’autre soir encore, au registre du «off», le café Gallay, boulevard Saint-George: l’espace scénique tient à même le plancher du restaurant, le public assis aux tables, ou debout dans les coins de la salle. Guitare électrique bluesy, Mathias Bressan, de Bruxelles, chante la tristesse, la mort, et puis encore l’ivresse. «Est-ce que t’aimes ça mon chou? Est-ce que t’aimes ça, mon chou!» Ça vaudrait bien un tube, pareil refrain. Ça s’en moque, en tout cas! Chanson franco responsable, chanson moqueuse? Dans le jeu de mots Voix de Fête, il y a, l’aurait-on oublié, une certaine idée de l’insolence et de la contestation…



A Genève, les oiseaux rares aiment chanter dans les arbres

Un concert dans un arbre? Une idée folie signée Jerrycan, Christophe Balleys pour l’état civil. Le chanteur genevois avait débuté en jouant au porte à porte, pour le plaisir de la rencontre. Hors des sentiers battus, hors des scènes conventionnelles, affublé parfois d’un bec proéminent lorsqu’il n’endosse pas une paire d’ailes en carton, le musicien arpente désormais les rues de la ville, les ponts routiers, les impasses de béton, posant ci et là ses messages écrits sur de grandes banderoles. Messages d’amour le plus souvent, que Jerrycan, à l’enseigne de Voix de Fête, accrochera aux branches du grand arbre planté au milieu de la cour, devant la salle communale de Plainpalais (ve 13 et sa 14 mars, 19 h).
Des chanteurs du bout du lac, le festival en représente bien d’autres encore, relayant ainsi la belle diversité de cette scène locale hébergée l’année durant entre les petites salles et les bars de la ville.
Sophie Solo joue seule, avec son accordéon baladeur, le répertoire tourné vers l’héritage de la chanson réaliste. Féministe, contestataire, poétesse, cette empêcheuse de tourner en rond soigne le verbe et le ton. A voir au Chat Noir (ve 13 à 15 h 30). Après l’expérience, la jeunesse: tendre galopin élevé au son de La Rue Kétanou, des Ogres de Barback et La Tordue, Kaceo, pas plus haut qu’un pied de micro, explose sur scène en compagnie de ses musiciens, accordéoniste, guitariste, bassiste et batteur chauffant l’ambiance au rythme d’un bastringue rétro contemporain (Chat Noir, sa 14, 20 h). A deux encablures de Kaceo, Capitaine Etc. veille sur l’embrun et les coups de vent. Guillaume Pidancet, le chanteur, a bouffé du théâtre, qu’il met sur scène dans ses gestes et paroles. Manière élégante de refaire la musique des marins, les ballades des claques portuaires. La tenue, musicale aussi bien que vestimentaire, va de pair avec la relecture du passé. Popularité croissante pour ce combo lacustre incarnant actuellement la tête de gondole d’une nouvelle génération de chanteurs genevois (Chat Noir, sa 14, 15 h 30).
Les fins verbeux du cru à l’affiche de Voix de Fête sont particulièrement nombreux cette année. Tâchons d’être un minimum exhaustifs et citons Lilla la douce dont le style navigue entre pop et folk, Ou encore Yoanna, transfuge franco-suisse dont le talent s’exporte dans tout l’hexagone, et que revoici sur ses terres d’origines pour un tour de chant fort en gueule.
La scène de la chanson locale est variée, disait-on? Et c’est vrai! Elle puise dans le rock notamment, à tel point qu’on se demande encore s’il faut parler de «chanson». On s’éloigne de Brel, c’est vrai. Ainsi du groupe Marechal, qui s’inspire largement de Trust. Leur refrain favori? «Si t’as faim, bouffe du riche avec les mains!» Ça cogne, ça rue dans les brancards. C’est également Ardiente Café et son rock slam latino pas si loin du metal.
Voix de Fête du côté de Calvin, ce sera, enfin, une liste tous azimuts de personnalités reconnues. Ainsi de Licia Chery, chanteuse soul en anglais dans le texte (Pitoëff, je 12, 21 h 15), Alenko et son «trip circus urbain» (Barje des Volontaires, sa 7, 23 h), Loraine Félix et Maria Mettral (Casino Théâtre, ve 13, 20 h 30), Zedrus en duo avec Patrick Fellay (Chat Noir, di 15, 19 h 30). Et, enfin, le Gypsy Sound Orchestra, fameux passeurs de disques et meneurs de revue, tout chaud pour faire la fête (salle communale de Plainpalais, ve 13, 20 h).

17e Voix de Fête, du 9 au 15 mars, salle communale de Plainpalais et autres lieux. Infos complètes sur le site de Voix de Fête (TDG)

Créé: 06.03.2015, 21h33

Le lieu central du festival Voix de fête

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