L’improvisation, une passion pédagogique

MusiqueLe Conservatoire populaire achève cinq jours dédiés à cette pratique jouissive. Reportage.

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Une journée de détours par les maths et le français, par la physique ou par l’allemand, puis, à la tombée du jour, laisser enfin derrière soi la classe et l’école et courir vers une délivrance particulière, aux traits désarçonnants. Cette parenthèse libératrice est là, accueillie par une quarantaine de jeunes élèves du Conservatoire populaire, enfants et adolescents armés de leurs violons et leurs guitares, de leurs voix et leurs saxophones, venus toucher pour la première fois à une des heureuses facettes qu’offre l’art de l’improvisation. Soit le «soundpainting», langage de signes (on en compte 400 en tout) né il y a une quarantaine d’années, permettant à un chef d’un genre nouveau de diriger musiciens, mais aussi danseurs et comédiens, et de leur dicter l’allure et l’intensité de leur expression scénique. Quelques heures à peine pour s’initier et pourtant, très vite, sous la direction de Marie Monfrais – pianiste, comédienne et experte dans ce langage – la troupe de musiciens en devenir saisit avec aisance les indications et enchaîne des sons cacophoniques mais ordonnés, en modulant avec une pointe de gêne des phrasés qui n’ont rien à voir avec les codes musicaux usuels.

Ce havre de liberté expressive n’est que la pointe d’un iceberg corpulent. Car partout ailleurs dans les divers bâtiments du Conservatoire populaire, les programmes traditionnels ont été mis de côté le temps d’une semaine. L’heure est à l’improvisation, partout et pour tous les 4000 élèves et les centaines de professeurs qui animent l’institution. Alors, une semaine de vacances qui ne dit pas son nom? Pas vraiment. Le coordinateur du projet, le pianiste Alexandre Loeffler, le rappelle: «L’improvisation est un outil pédagogique précieux qui facilite le contact avec l’instrument et fluidifie son apprentissage. Cette semaine thématique concrétise un projet né il y a près de trois ans, qui visait précisément à donner une plus grande assise et visibilité à l’improvisation au sein de nos programmes.»

Electro et bols tibétains

Au milieu des quasi 300 ateliers mis à l’affiche, on devine sans peine la difficulté du choix à laquelle a dû se confronter chaque élève. Comment renoncer en effet aux «Jeux collectifs et tableaux vivants» si on est attiré par la «Pratique de l’improvisation par la musique baroque»? Comme dire oui au cours de «Partitions graphiques» et exclure pour le coup celui portant sur le «Jazz ludique»?

En tout cas, la déambulation d’une salle à l’autre, au cœur du siège de la rue François-D’Ivernois, permet de constater en début de semaine combien cette plage de respiration suscite l’adhésion des élèves. C’est le cas, par exemple, entre les murs de cette petite caverne d’Ali Baba qu’est la Salle Electro, où les machines d’un autre temps côtoient des laptops et des tablettes permettant aux jeunes musiciens de dessiner avec leurs voix et leurs instruments des paysages sonores aux allures minérales. C’est le cas aussi, plus loin, de l’atelier animé par Nicolas Perruchoud, qui fait coexister, dans un espace étriqué, les sonorités suspendues des bols tibétains avec celles de deux pianos à queue. Et on trouve enfin ce même élan en compagnie de Charlotte Hug, qui transmet avec une énergie rare les secrets de l’improvisation vocale tels que les a imaginés le grand maître de cet art, l’Américain Butch Morris. (TDG)

Créé: 21.01.2016, 18h09

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