Les plus belles histoires d’amour de Patrick Bruel

RencontreL’acteur joue au papa poule contrarié dans «Ange & Gabrielle», le musicien sort des reprises de Barbara. Confidences d’un homme pressé qui prend le temps.

Des reprises de Barbara, une comédie romantique: l'artiste est sur tous les fronts.

Des reprises de Barbara, une comédie romantique: l'artiste est sur tous les fronts.

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Depuis le temps qu’il gère le phénomène Patrick Bruel, l’artiste, 56 ans, savoure chaque minute de l’existence. Dans ce discret hôtel de maître, le brouhaha des Champs-Elysées s’efface. La star s’attrape au vol, amincie pour cause de tournage à la dure, inquiet comme n’importe quel cinéphile parisien immergé dans un été indien de novembre. «Avec ce temps, les salles se vident.» Mais par superstition, il repousse les idées noires. Vieillir? Même pas peur, «sauf que mes enfants rendent ça très concret, c’est eux qui ont lancé le compte à rebours». Les pères et les fils, Ange & Gabriel le, sa dernière comédie romantique, ne parle que de ça. Bruel y incarne un célibataire, paternel à reculons face à un rejeton qu’il n’a jamais voulu.

–Dans la frénésie de la «Bruelmania», auriez-vous pu être victime d’un procès en paternité?

–Pourquoi moi plutôt qu’un autre? Au-delà, non, franchement, cela ne m’a jamais, mais jamais, traversé l’esprit. De toute façon, un homme doit prendre ses responsabilités, qu’il soit connu ou pas.

–Vous vivez sereinement en famille recomposée. Quel serait le secret?

–La famille recomposée, ça, c’est un classique de l’époque, nécessaire pour prendre un nouveau départ. Le secret… Nous avons magnifiquement réussi notre séparation, la mère de mes fils (ndlr. Amanda Sthers, écrivain, dramaturge) et moi. Il y a une condition sine qua non pour que la gestion fonctionne. Le nouveau conjoint doit aimer vos enfants, et vice versa. Sinon, ce n’est même plus la guerre, tout vole en éclats.

–Quels paramètres décident de votre agenda très rempli?

–L’envie de faire. Là, j’arrive de Prague, où je tourne Un sac de billes, le roman de Roland Joffo. Je le voulais, un film populaire, une histoire fondatrice, une affaire de transmission, pour mes enfants. Pour tous les enfants. Montrer la Shoah à travers le prisme de ces gosses, ça me semblait incontestable, un devoir de mémoire. Après, libre aux critiques de parler. Cela m’en dira plus sur eux que sur le film.

–Toutes ces expériences artistiques à vif laissent-elles des traces?

–Je ne m’en cache pas. Je ne sors pas indemne de ces chocs émotionnels. Mais j’avance au gré de mes passions, je prends ces aventures comme des cadeaux que la vie propose, des audaces à saisir. Et puisque le public suit…

–Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous, disait Barbara. Et vous?

–Je la chante, cette chanson. C’est même la seule que je n’ai pas pu enregistrer en une seule prise. Trop gros. J’avais l’impression viscérale qu’elle arrivait à mettre en mots ce que je peux vivre parfois.

–La longue dame brune a tout sacrifié à son art, ses amants, ses désirs d’enfant. Vous semblez plus nuancé.

–Elle, c’était sa seule survie possible. A travers ses mémoires posthumes, son parcours se comprend. Moi, je parle parfois de mes blessures d’enfance, de mon père trop absent, mais chez elle, c’était une déchirure tragique.

–Vous dites même vous être construit sur le manque. Une figure de style?

–Sans psychologie de bazar, qui, entre nous, contient toujours un fond de vérité, quoi qu’il vous arrive, il faut se construire. Et les fondations sont là. Personne n’échappe à son enfance. Enfin peut-être… et à la réflexion, non. Personne n’y échappe.

–Sur ce point, vos enfants ne sont-ils jamais jaloux de vos fans?

–Bien sûr. Je me souviens de les avoir emmenés au concert et me partager avec 6000 personnes, ça n’allait pas du tout. Pourtant, je veille à ne jamais être très loin, pas plus d’une heure de Paris, à de rares exceptions près, Chine ou Japon. Fils de… c’est délicat, ce poids de la médiatisation. Nous essayons de l’intégrer au quotidien, sans l’occulter ni en abuser. Je refuse de nier mon métier, celui de leur mère, ou au contraire, d’en faire un élément déterminant, cela tronquerait trop la situation.

–Rêvez-vous parfois d’incognito?

–Je n’ai jamais eu de problème avec la notoriété, je ne l’ai jamais fuie. Quand c’est trop lourd, je peux toujours prendre un avion, et voilà. Mais parlons d’autre chose, nous nous éloignons de la légèreté d’Ange & Gabrielle.

–Tragicomique, le film montre aussi les terreurs de la paternité, non?

–Pas pour moi! A chaque fois, c’était le plus beau jour de ma vie! J’avais déjà les automatismes puisque dès 12 ans, j’ai élevé mes frères, je me débrouillais déjà. Ma mère bossait, je m’occupais des petits. Aujourd’hui, ils me le rendent bien, puisqu’ils travaillent pour moi! Quant à mes enfants, je m’en suis occupé de la première seconde de leur existence, à ce matin quand je les ai amenés à l’école.

–Même les couches-culottes?

–Il suffit de suivre les codes. Je sais me servir d’un bébé, tenir la tête, ils ne sont pas en porcelaine. Et les couches, j’adore! Pourtant, j’ai appris à l’ancienne, avec les langes en tissu et les épingles de sécurité.

–Le succès ne donne pas raison, dites-vous. Comment y croire alors?

–L’instinct… et surtout, rester peureux. Le jour où vous bloquez le hasard, c’est mort. Il y a beaucoup plus de danger à se replier sur soi qu’à s’ouvrir à la surprise du coin de la rue. Dans notre société qui prône le risque zéro, le tout sécuritaire, l’artiste doit garder la capacité à l’émerveillement. Le plus beau reste à venir.

–N’êtes-vous pas sur un petit nuage, en plein trip, là?

–Oh non. Il me reste si peu de temps sur cette planète. Encore une fois, je n’angoisse pas à l’idée de vieillir mais ne plus voir, physiquement, mes enfants, ça…

–Ils quitteront le nid, eux aussi…

–Pas de problème! Au contraire, j’ai une vraie curiosité de ce qu’ils vont devenir, comment, avec qui. Ah ça! Je veux être là, voir ça! (TDG)

Créé: 15.11.2015, 11h14

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Au vif du sujet

Musique «J’avais 8?ans quand ma maman m’a fait écouter Barbara, la Grande dame… Je vois encore la pochette, Bobino 1967, son premier disque enregistré en public. Depuis, je suis un inconditionnel. Vers 20?ans, j’avais déjà ce culot de reprendre certaines chansons. Cette singulière présence. En concert, j’ai évidemment déjà chanté Ma plus belle histoire, c’est vous… Et sans cesse, des bouts de parole surgissent dans ma tête.

Cinéma «Je sens que cela bouge en moi. Non pas que jadis, quand je jouais La maison assassinée (ndlr. de George Lautner, 1988), je ne m’impliquais pas. Mais désormais, il me semble ressentir une priorité différente, une disponibilité de ma part plus vaste. Ça m’incline à penser qu’une étape autre se dessine, sans doute qui va m’obliger d’aller vers des auteurs plus exigeants.»
Exaspération «Je pourrais dire le Thalis qui met plus de 4?heures pour Bruxelles au lieu d’1 h 23. Mais non, j’ai pu lire mon bouquin. Non, ce qui m’énerve, c’est ce système d’instrumentalisation de n’importe quelle position politique à des fins bassement électorales. Et c’est sans fin.»









































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