Adieu Gary Cooper, le rock du supermarché

Le groupe genevois livre son deuxième album, «Outisders», point de vue inquiet sur un monde morose, et bien réel.

Adieu Gary Cooper, trio de rock installé à Genève. De g. à d.: Nicolas Scaringella, Perrine Berger et Paul Becquelin.

Adieu Gary Cooper, trio de rock installé à Genève. De g. à d.: Nicolas Scaringella, Perrine Berger et Paul Becquelin. Image: Magalie Dougados

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Des synthés, des guitares. Et la voix qui penche, qui luit de loin, comme si, au carrefour d’une banlieue grise, le passant lisait, sans joie, sans emphase, un panneau publicitaire en guise de poésie. On reconnaîtra Bashung dans le style, Vertige de l’amour dans la couleur, Adieu Gary Cooper revendique plus volontiers encore du Springsteen dans l’âme. Entendez par-là que le trio franco-suisse, installé à Genève, où il participe de près au développement du label Cheptel (Le Roi Angus, Régis, Pandour…), aime du «Boss» ses accents lyriques, sa musique de stadium avec paroles sociales. Façon Born in The USA. Ou Suicide encore et ses machines froides pour dire la violence du monde moderne.

Outsiders, deuxième album d’un combo qui, hier, se nommait Perrine et les Garçons, ouvre grande la boîte à échos, larguant son lot de riffs excités, mêlant boîte à rythmes et batterie acoustique. Tandis que le chant trace une route droite, tel un road movie bon marché, jantes rutilantes (il a fallu économiser) et pause café à l’autogrill.

S’il y a des années 1980 dans l’allure générale, de la cold wave dans les claviers, du vieux rock’n’roll pour la énième fois revisité dans les grilles d’accords, le subtil trio que voilà, parfaitement efficace musicalement, vaut également pour les thèmes qu’il aborde.

Si l’emploi des boîtes à rythmes relève d’un pur hasard – comment alléger le matériel pour une tournée asiatique (en témoigne Souvenirs de Chine, en 2016), Adieu Gary Cooper a trouvé ainsi une matière «répétitive et monolithique» pour illustrer le propos du nouvel album: «Les textes évoquent le monde industriel, le travail mécanisé, le quotidien urbain.» D’une explication donnée par le chanteur, on dérive sur son parcours. Nicolas Scaringella a grandi dans une maison en préfabriqué, aux abords d’un supermarché de France: «Ma mère était caissière, mon père peignait les lignes blanches sur les routes. Moi, je suis parti faire des études à l’EPFL.» Revanche? «C’était la perspective de trouver du travail.» Revenons au disque: en endossant sa condition réelle d’enfant issu d’un milieu populaire, Nicolas Scaringella entend ainsi parler du concret, de la réalité laide et triste. Où «Michel-Ange fait la queue à la caisse comme tout le monde» et le chanteur rêve «de supermarché, de boulettes de viande». «Nous voulions éviter les chansons d’amour, pour parler de la vraie vie et capter l’air du temps. Et l’air du temps est morose, et nos vies sont précaires. L’air du temps, c’est ce qui justifie de faire des chansons.»

«Outsiders» Adieu Gary Cooper (Cheptel)

Créé: 19.05.2017, 15h45

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