«Così fan tutte», la trahison en toute légèreté

Opéra La nouvelle production du Grand Théâtre se déploie sur un ton rafraîchissant.

Veronika Dzhieoeva (Fiordiligi) et Alexandra Kadurina (Dorabella) face aux amoureux travestis en amants potetiels.

Veronika Dzhieoeva (Fiordiligi) et Alexandra Kadurina (Dorabella) face aux amoureux travestis en amants potetiels. Image: CAROLE PARODI

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Un opéra-bouffe, Così fan tutte? Vraiment? La question se renouvelle une fois encore, alors qu’on quitte Mozart et son œuvre qui en deux actes et quelques coups de pinceaux bien acérés placent le spectateur face une sorte de lapalissade difficile à digérer. Oui, les sentiments amoureux souffrent d’inconstance; oui, la tentation de la trahison guette les amants et fissure ces liens que l’on croit inébranlables. Alors, que faire? Il faut en rire, nous dit le génie de Salzbourg, et se résigner au goût amer que génère cette conclusion.

Un comique sérieux

Accepter ainsi que ces jeunes filles pures et sûres de leur intégrité morale que sont Fiordiligi et Dorabella puissent succomber aux avances de deux mâles conquérants, venus de loin pour enfreindre les promesses de fidélité faites à des amoureux (Guglielmo et Ferrando) partis à la guerre. Accepter que la douloureuse trahison démarre telle une farce, sur un simple pari: les aguicheurs étant les amoureux officiels travestis, ils doivent démontrer la fidélité de leurs fiancées respectives. De ce double pas, comique et sérieux à la fois – traits si présents dans la partition et dans le livret – la nouvelle production du Grand Théâtre éclaire les lignes dans un spectacle virevoltant, marqué par des rythmes soutenus.

Dimanche soir, à l’heure de la première, la levée du rideau de l’Opéra des Nations a dévoilé un dispositif capital dans la mise en scène de l’Allemand David Bösch: une tournette aussi classique qu’efficace. Côté pile, voilà un bistrot où officient Don Alfonso et sa complice, la serveuse Despina. C’est ici que, sous l’impulsion un brin machiavélique du tenancier des lieux, prend forme l’intrigue, que s’affichent les tentations et que se prépare la chute des couples. A ce laboratoire des sentiments amoureux fait écho, côté face – peu montré à vrai dire – la chambre des deux sœurs Fiordiligi et Dorabella, théâtre suggéré d’ébats inavouables.

Dans ce double biotope, le plateau vocal brille globalement par son homogénéité. Monica Bacelli crève littéralement la scène en Despina aux forts accents comiques. Ses travestissements (en médecin, puis en notaire) dévoilent l’étendue de ses facultés de jeu, son espièglerie et la palette expressive de sa voix. On n’en dira pas autant de Veronika Dzhioeva (Fiordiligi) et d’Alexandra Kadurina (Dorabella), dont on peut relever la belle projection et la maîtrise technique, mais qui ne font pas preuve de beaucoup de nuances, surtout au deuxième acte: là où le vent tourne et où l’on frôle l’opera seria. Ajoutons encore que les deux cantatrices affichent une diction plus que perfectible.

Sur le front masculin, Laurent Naouri est un Alfonso à la voix enveloppante et boisée, et au jeu convaincant. Vittorio Prato (Guglielmo) et Steve Davislim (Ferrando) sont tout aussi vaillants. Le premier ajoute à sa voix claire et puissante une préstance physique qui fait son effet. Le second, bien que souffrant, affiche un bel engagement et une tenue sur la durée tout à fait impressionnante. Au-delà des défis bien relevés que posent les nombreux airs redoutables, cette distribution se fait particulièrement apprécier dans les duos et les quatuors, empoignés avec précision.

Des costumes années 60

Mais il faut revenir à la mise en scène de David Bösch. Pour saluer le vent de légèreté qui la traverse, souligner son dynamisme constant et l’excellente direction du jeu (très beau final du premier acte). A cela s’ajoute encore une science de l’occupation de la scène qui est imparable et fait partout merveille. Le sentiment de fraîcheur qui s’en dégage est renforcé par les costumes signés par Bettina Walter, qui nous projette quelque part dans les années 60. Relevons cependant que l’Allemand tombe parfois dans la tentation du surjeu. Il accentue à l’excès tel trait grivois et souligne ailleurs trop lourdement – sans que cela serve l’intelligibilité de l’intrigue – telle connivence entre Don Alfonso et Despina, ou telle alliance entre Guglielmo et Ferrando.

Dans la fosse enfin, l’art d’Hartmut Haenchen se déploie avec beaucoup de tact. Sous sa direction, on aura tout particulièrement apprécié les lignes délicates des bois et la clarté des phrasés dans les archets. Sans se départir d’un certain classicisme, le chef allemand a trouvé, avec l’Orchestre de la Suisse romande, des tensions cohérentes et un prolongement naturel de la dramaturgie présentée sur scène.

«Così fan tutte» de Mozart, Opéra des Nations, jusqu’au 14 mai. Rens. www.geneveopera.ch

(TDG)

Créé: 01.05.2017, 18h09

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La sécurité n'est plus le souci majeur des Genevois
Plus...