Luz dessine le rock live. Ça déménage!

AlbumL’ex-auteur de «Charlie Hebdo» livre un pavé restituant l’énergie des concerts qu'il a suivis pendant plus de quinze ans.

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Une image valant mille mots, pas facile de régater avec Luz, serial dessinateur, auteur d’une anthologie mastard conjuguant croquis de concerts, portraits de musicos et crobards de festivaliers joyeusement allumés. Le titre de ce pavé bourré d’énergie, regroupant une quinzaine d’années de dessins sur le vif, souvent exécutés dans des conditions rock’n’roll? Alive. Un double sens qui renvoie tout à la fois à l’énergie des shows en direct et à un souvenir infiniment plus douloureux. Reporter gonzo dans les salles ou en plein air, fondu de métal et fan de Bashung, DJ impénitent, Luz est bien vivant. Arrivé en retard à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, il a échappé à la tuerie perpétrée dans les locaux du magazine satirique. Désormais sous escorte policière en permanence, il ne peut plus pogoter au milieu des foules ni observer les artistes en backstage. Trop risqué. Renald Luzier, 45 ans, est un survivant. Mais un survivant toujours animé d’un humour féroce et d’une énergie vitale essentielle qui transparaissent tout au long des quelque 400 pages d’Alive. Regard décalé, Luz raconte et se raconte. C’est lui qui nous appelle, par téléphone, pour évoquer ce livre vibrant de riffs incisifs. Numéro masqué bien sûr, sécurité oblige…

Drôle de vie que celle d’un passionné de concerts contraint d’y renoncer depuis l’attentat contre «Charlie Hebdo»…

C’est triste, c’est dommage. Ça fait partie des choses qui ont changé. Je fais désormais davantage la fête chez moi. J’écoute autrement la musique. Je la vis différemment. Un concert, c’est un espace de liberté. On n’y va pas avec un boys band.

Vous n’avez jamais tenté de vous fondre dans la foule incognito?

Non. Pour aller voir un concert, il faut être entièrement soi, libre de tout. Pas question de se cacher. Je préfère accepter la situation plutôt que de renier une partie de cette liberté. C’est la même chose avec la bande dessinée. Je ne vais plus au Festival d’Angoulême, autre espace de liberté. Je n’ai pas envie de faire semblant.

Entre 1999 et 2015, vous n’avez cessé de dessiner durant plusieurs centaines de concerts. Afin d’en garder un souvenir?

Je me suis toujours rendu aux concerts avec un carnet dans la poche, et c’est devenu une espèce de drogue… qui fait moins mal au crâne que la vraie. En fait, il n’y a pas de volonté de ma part de conserver des souvenirs. Je suis halluciné par ces gens qui filment les concerts avec leur téléphone portable et qui regardent tout le temps leur écran de téléphone durant le show. Moi, quand je dessine, j’ai l’impression de profiter. Cela m’oblige à être en apnée au cœur du cyclone. C’est quelque chose dont j’ai besoin. Peut-être pour conserver quelque part les sensations éprouvées sur le moment. Une forme de mémoire sensorielle en somme.

Vous croquez aussi bien les artistes que leurs fans. Dans un concert, l’ambiance est tout aussi importante que le son?

Je crois que ce qui est le plus important, c’est l’énergie qui circule entre l’artiste et le public. L’énergie que donne l’artiste n’a pas de sens si les spectateurs n’acceptent pas de la recevoir et n’en donnent pas eux-mêmes. C’est cela que j’ai envie de dessiner. Pas forcément des musiciens très ressemblants, avec des poses rock’n’roll. Un peu délicat forcément, car si un concert se révèle très tonique, vous n’arrivez quasiment plus à dessiner. En même temps, même les croquis mal foutus ont du sens, ces dessins où vous vous êtes retrouvé bousculé, avec des éclaboussures de bière dans le carnet, qui est ensuite tombé par terre. J’aime bien raconter des concerts où je ne me suis pas fait chier.

C’est une gageure de restituer graphiquement l’énergie qui émane d’un concert?

Le postulat de départ est déjà complètement zinzin. Mais justement, peut-être que je me suis acharné à continuer parce qu’il y avait une part d’impossible.

Comment parvenez-vous à dessiner au milieu de la marée humaine?

J’ai été à bonne école, celle du reportage à Charlie Hebdo. Cabu m’avait appris à dessiner dans ma poche, pour éviter de me faire repérer quand on faisait des reportages risqués, par exemple en côtoyant l’extrême droite. Du coup, je sais dessiner dans le noir. De toute façon, dans un concert, il y a toujours un peu de lumière qui passe à un moment donné. Et finalement on devient nyctalope, on devient des loups-garous de concert!

Cela ne vous dérange pas d’être bousculé?

Pas du tout. Si on veut écouter de la musique de façon confortable, on reste chez soi. Mon dessin est là pour raconter cet inconfort.

Jamais de lassitude par rapport au live?

Etonnamment, non. J’aurais pu me dire ça à un moment donné, mais je me suis toujours surpris à glaner quelque chose durant un concert: la posture du chanteur, celle du batteur, voire du roadie ou du public. La matière n’a jamais manqué.

On vous voit courir les concerts à Tours, dans votre jeunesse, avec vos parents. Ce sont eux qui vous ont donné le goût de la musique?

Tout à fait. Au grand désespoir de mon père, j’ai découvert mon goût pour la musique en déchirant toutes ses pochettes de disques et en rayant tous ses vinyles une fois que j’étais seul à la maison. Il a été obligé d’en racheter d’autres. Il a acquis une pile de Bowie, d’Iggy Pop et de Lou Reed, et j’ai commencé à les écouter avec lui. Ma mère, elle, me faisait entendre Ike et Tina Turner dans son ventre, avec des écouteurs. A la base, il y avait donc un bon background à la maison, même si mes parents n’étaient pas du tout musiciens. Ils sont rock’n’roll dans leurs oreilles, pas forcément dans leur vie, mais ça suffit.

«Alive» Textes et dessins de Luz. 384 p. Ed. Futuropolis. (TDG)

Créé: 21.04.2017, 16h58

Un lien privilégié avec le Pully for Noise

Vous éprouvez une affection particulière pour le Pully for Noise, auquel vous consacrez de nombreuses pages. Quel est votre lien avec ce festival vaudois dont l’ultime édition s’est déroulée l’an dernier?


Il a fait partie de ma vie pendant à peu près dix ans. J’étais amoureux d’une Lausannoise à l’époque et je connaissais très bien les organisateurs. J’ai eu beaucoup d’affinités avec le Pully for Noise. Evoluer au cœur d’un festival m’a permis de raconter ce que c’était au jour le jour.

Vous citez Eddie Argos, membre du groupe anglais Art brut: «Si vous avez une mauvaise collection de disques, vous ne devriez pas avoir le droit de vote!» Une affirmation que vous reprenez à votre compte?

C’est assez caricatural, mais pas complètement dénué de sens. Bien sûr, tout le monde a le droit de vote, même ceux qui écoutent de la merde. Cela dit, avec la musique, il faut être ouvert et en même temps accepter d’avoir quelques goûts affirmés qui dérangent son voisin. Je déteste les gens qui disent: «J’écoute de tout.» En général, cela signifie qu’ils n’écoutent rien du tout. Je préfère ceux qui prétendent: «J’écoute beaucoup de choses.»

Votre collection de disques possède-t-elle la diversité que vous prônez?

Déjà, je considère que ce n’est pas une collection. Je suis juste quelqu’un qui écoute beaucoup de musique. Avec une prédominance rock, voire même «prog rock» du côté des années 70 en vinyle. En CD, on trouve pas mal d’electro. J’ai un peu de classique, mais pas assez, c’est une lacune. Une vraie discothèque doit toujours être ouverte.

PH.M.



































































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