La Genevoise Pascale Kramer Grand prix suisse de littérature

Distinction La distinction, remise l’an dernier au Tessinois Alberto Nessi, sacre l’ensemble d’une carrière.

Pascale Kramer, Parisienne d’adoption: «Je me sens tout de même très Suisse».

Pascale Kramer, Parisienne d’adoption: «Je me sens tout de même très Suisse». Image: OLIVIER VOGELSANG

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Près de quarante ans d’écriture assortie de treize livres, une confrontation sans relâche à des sujets difficiles, pour décrire sans juger des êtres pas toujours reluisants avec leurs malaises, leurs faiblesses. Jeudi soir, c’est cette infaillible volonté de la romancière Pascale Kramer à s’achopper au réel qu’a sacré le Grand prix suisse de littérature.

La distinction, remise l’an dernier au Tessinois Alberto Nessi, sacre l’ensemble d’une carrière. Dans une langue claire qui happe le lecteur, l’auteure née à Genève en 1961 a ainsi fait surgir les errements d’un quinquagénaire atteint d’un cancer dans Un homme ébranlé (Mercure de France), ou la détresse d’une femme face à l’absence de sentiment maternel dans L’Implacable Brutalité du réveil (Mercure de France). Et, dans Autopsie d’un père (Flammarion), sorti au début de 2016, la Parisienne d’adoption ausculte, par le biais d’un intellectuel de gauche médiatique qui vire à l’extrême droite, une France aux prises avec l’islamophobie. Coup de fil.

Que représente ce prix pour vous?

Il signifie beaucoup, car en tant qu’écrivain, on se pose toujours la question de sa légitimité, rien n’est jamais acquis. Or là, tout à coup, c’est une reconnaissance pour le travail accompli. Ça marque une étape, quelque chose qu’on ne pourra pas nous reprendre.

Recevoir cette distinction suisse alors que vous vivez en France depuis très longtemps, n’est-ce pas paradoxal?

Non, car la Suisse romande m’a toujours soutenue. Si j’ai passé plus de la moitié de ma vie en France, je me sens quand même très suisse. Et je pense que ce que j’écris doit parler plus aux lecteurs d’ici. Peut-être parce que j’ai une approche plus austère des sujets. Je me suis découvert une culture protestante en vivant en France, et je pense qu’il y a un peu de ça dans mes livres.

Vous dites vous sentir plus proche de Jim Harrison que des auteurs français…

J’ai une écriture que je travaille beaucoup, pour qu’elle dise très précisément ce que j’ai envie de dire, mais je n’ai pas une approche formelle, comme celle volontiers pratiquée en France. Je suis plus dans le factuel, le descriptif. C’est en cela que j’aime beaucoup la littérature américaine, qui est souvent dans le concret de la vie des gens.

Avec le temps, votre œuvre est moins centrée sur l’intime, et va plus vers l’engagement…

Oui, car je pense qu’on ne peut plus ignorer les problèmes sociaux. Ils se reflètent aussi forcément dans l’écriture. J’ai pris aussi plus d’assurance, ce qui fait que je peux me permettre d’aborder ces thèmes un peu plus amples. Mais ils sont toujours vus de l’intime, pour ne pas tomber dans le livre à thèse. Je préfère faire sentir les choses à travers des gens qui les vivent.

Cette veine plus engagée va-t-elle se poursuivre?

Oui, c’est le cas dans le livre qui est en cours d’écriture, et ça sera de plus en plus présent je pense, car c’est de plus en plus présent dans ma propre vie, et dans ce que j’observe autour de moi.

Vous venez d’ailleurs de publier un récit de témoignages?

Oui, Chroniques d’un lieu en partage raconte l’histoire de ce lieu où vivent sous le même toit des personnes sorties de prison, des artistes, des retraités ou des sans-domiciles fixe. L’histoire de l’endroit est racontée par tous les gens qui y ont vécu ou l’on créé. Ça me touche beaucoup car je pense que c’est urgent et important de ne pas faire des ghettos. Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut renoncer, même s’il faut être conscient que c’est difficile.

(TDG)

Créé: 17.02.2017, 07h38

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Un Grand prix et sept autres

Le Grand prix suisse de littérature était le seul remis hier à récompenser un auteur pour l’ensemble de son œuvre. Doté d’un montant de 40 000 francs, il est aussi l’unique dont le lauréat n’est pas révélé à l’avance. Les autres auteurs couronnés, récipiendaires des Prix suisses de littérature (assortis chacun de 25 000 francs), sont connus depuis janvier. Du côté des Romands figurent le Fribourgeois installé à Lausanne Michel Layaz, pour Louis Soutter probablement (éd. Zoé), la Genevoise Laurence Boissier pour Inventaire des lieux (Art & Fiction), et son compatriote Philippe Rahmy pour Allegra (La Table ronde). Un livre pour lequel Pascale Kramer confie d’ailleurs son admiration. C.R.

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