La bibliothèque Bodmer est classée par l’Unesco

PatrimoineLa Fondation basée à Cologny est la troisième en Suisse à connaître cette prestigieuse distinction.

Nicolas Ducimetière, vice-directeur de la Fondation Bodmer, où la conservation des livres a été jugée optimale

Nicolas Ducimetière, vice-directeur de la Fondation Bodmer, où la conservation des livres a été jugée optimale Image: OLIVIER VOGELSANG

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Le grand public genevois n’en est pas forcément conscient, mais les hauteurs colognotes recèlent un véritable joyau de bibliophilie. Une regrettable méconnaissance, à laquelle va sans doute remédier cette nouvelle: la bibliothèque de la Fondation Bodmer, à Cologny, a été classée en octobre au patrimoine mondial de l’Unesco, au registre «Mémoire du monde». C’est seulement la troisième institution à connaître cet honneur en Suisse, après les archives des manuscrits de Jean-Jacques Rousseau et les archives sonores du Montreux Jazz Festival.

Autant dire que la Fondation Bodmer n’est pas peu fière de cet hommage, qu’elle n’a pas volé. Car la collection exceptionnelle qu’elle abrite retrace toute l’histoire de l’écriture, depuis son invention en Mésopotamie, près de 3 000 ans avant Jésus-Christ, jusqu’à l’époque contemporaine. Une somme de quelque 150 000 pièces – manuscrits, incunables, autographes, éditions originales, parchemins et papyrus?–qui comprend les plus grands textes de l’humanité, du Livre des Morts égyptien aux Beatniks, en passant par Homère, Galilée et Goethe.

De Nabuchodonosor à Kerouac

On y trouve aussi bien un cylindre de terre cuite gravé d’un discours en écriture cunéiforme de Nabuchodonosor, qu’un rarissime exemplaire de la Bible de Gutenberg, une lettre autographe de Calvin à Farel, un manuscrit (radioactif!...) de Marie Curie ou une édition originale de Sur la Route, de Jack Kerouac. Le musée projeté par l’architecte tessinois Mario Botta présente les pièces maîtresses de la collection au public et organise des expositions temporaires. Il reçoit plus de 20 000 visiteurs par an. «Cette distinction est une reconnaissance de l’excellence de la Bibliotheca Bodmeriana», se félicite le vice-directeur de la Fondation Bodmer, Nicolas Ducimetière. Pour lui, c’est aussi une façon de rendre hommage à l’homme qui en est à l’origine, le collectionneur Martin Bodmer (lire ci-contre).

La bibliothèque était déjà inscrite à l’inventaire suisse des biens culturels d’importance nationale. «Nous espérons que son entrée au patrimoine de l’Unesco nous permettra de toucher un plus large public et de susciter encore plus d’intérêt des mécènes.» Car, bien qu’elle soit subventionnée, l’institution a aussi besoin de donateurs afin de poursuivre l’oeuvre de Martin Bodmer et d’agrandir la collection. Même si les acquisitions récentes, comme le Jack Kerouac, ne sont pas inscrites à l’Unesco. «Seuls les livres achetés par Martin Bodmer lui-même sont classés, explique Nicolas Ducimetière. Mais ils représentent plus de 90% de la collection.»

Des livres choyés

Les conditions optimales de conservation des livres ont aussi contribué à la décision de l’Unesco. Les locaux sont maintenus à une température de 18 à 20 degrés et un taux d’humidité de 50%. Les vitrines du musée sont à l’épreuve des balles et de l’eau, et leur éclairage ne s’enclanche qu’au passage des visiteurs, afin de limiter l’impact de la lumière sur les livres. Pour cette même raison, les pages de la Bible de Gutenberg, l’une des trois seules au monde à être exposées en permanence, sont tournées régulièrement.

La Fondation Bodmer s’est par ailleurs spécialisée dans la restauration et la numérisation d’ouvrages anciens. C’est ici que l’Evangile de Judas, un texte apocryphe du IIe siècle, a été restauré. Et les bibliothèques et universités de toute la Suisse romande viennent y faire numériser des manuscrits. L’Unesco n’a pas seulement distingué une collection, mais aussi un savoir-faire. (TDG)

Créé: 20.11.2015, 16h22

La grande et la petite histoire

Martin Bodmer est né en 1899 dans une famille fortunée de marchands de soie zurichois. Il a consacré sa vie, jusqu’à sa mort en 1971, à collectionner les livres rares. C’est à 16?ans qu’il fait son premier achat, une édition originale de Shakespeare. Certaines de ses acquisitions ont une histoire romanesque. «Sa Bible de Gutenberg, qui avait appartenu aux tsars de Russie, est rachetée à Staline dans les années 20, alors que l’URSS, ruinée par sa politique économique, vendait ses biens», raconte Nicolas Ducimetière, intarissable d’anecdotes sur la collection de la Fondation Bodmer, dont il est le vice-directeur. Dans les années 50, Martin Bodmer envoie une collaboratrice en mission secrète au Caire: «Tout en prétendant être venue faire du cheval, elle devait mettre la main sur des papyrus bibliques retrouvés dans une tombe, que des concurrents d’autres pays convoitaient aussi.» AN.G.

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