Polémique
«Mein Kampf» sur les rayons des librairies: la CICAD propose un encadrement
Par Julien de Weck. Mis à jour le 17.04.2012
"Mein Kampf", une production littéraire comme une autre? L'ouvrage d'Adolf Hitler, autrefois cantonné aux stocks chez Payot, se retrouve désormais dans les rayons du commerce. Le directeur de l'entreprise Pascal Vandenberghe estimait, début avril dans les colonnes du quotidien Le Matin, que le lecteur est adulte: «Si le débit de vente est important, j'incite à le faire. Le livre est là en tant qu'objet commercial. Le lecteur l'achète en connaissance de cause, il est libre de ses choix et de réfléchir par lui-même.» Un argumentaire balayé par la Coordination Intercommunautaire Contre l'Antisémitisme et la Diffamation (CICAD): «Le livre n'est pas une simple marchandise ni le libraire un simple marchand!» conclut le communiqué envoyé à une cinquantaine de libraires ce mardi.
«"Mein Kampf", un ouvrage exposant les théories raciales les plus abjectes d'Adolf Hitler, ne peut être vendu sans un réel avertissement», souligne Johanne Gurfinkiel, secrétaire général de la CICAD. Et il en appelle au sens de la responsabilité et de l'éthique des commerçants. A cet effet, l'organisation propose aux libraires qui désirent diffuser cet ouvrage trois mesures d'accompagnement:
–Ajouter une signalétique indiquant que le contenu de l'ouvrage incite à la haine, au crime et à la discrimination raciale.
–Indiquer une limite d'âge sur chaque exemplaire et contrôler l'âge des acquéreurs
–Remettre systématiquement à chaque acheteur un exemplaire de la brochure "Auschwitz", qui décrit succinctement le processus d'extermination mis en oeuvre par le IIIe Reich.
Contrairement à l'imaginaire collectif, il n'existe pas de livre interdit en Suisse, comme c'est le cas chez nos voisins français ou allemand. «Il est illusoire de penser qu'il soit possible d'interdire un livre au XXIe siècle, poursuit Johanne Gurfinkiel. Mais il est de notre devoir de proposer des mises en garde.»
Pascal Vandenberghe refuse qu'une organisation lui dicte la conduite à adopter. «Il serait intéressant que la Suisse mène un débat à ce sujet, qui aboutirait peut-être à un encadrement par la loi», explique le patron de Payot. Lui estime que le combat à mener est sur Internet, où ce livre et d'autres "tout aussi dangereux", sont à portée de clics. Gratuitement et sans aucune mise en garde. (TDG)
Créé: 17.04.2012, 14h19
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