Dans un joyeux chaos, «Ça dada» cravache la pulsion créatrice. Hue!

Tout publicLa deuxième création Am Stram Gram de la saison ressuscite l’esprit dada sans le galvauder. Et vive l’anarchie – organisée!

L’une des folles danses tribales exécutées dans «Ça dada» par les héritiers de Tristan Tzara, Jean Arp et Francis Picabia que sont Stéphanie Schneider, Christian Scheidt et Barbara Tobola. Pour se laisser contaminer toutes générations confondues, rendez-vous à Am Stram Gram.

L’une des folles danses tribales exécutées dans «Ça dada» par les héritiers de Tristan Tzara, Jean Arp et Francis Picabia que sont Stéphanie Schneider, Christian Scheidt et Barbara Tobola. Pour se laisser contaminer toutes générations confondues, rendez-vous à Am Stram Gram. Image: ELIZABETH CARECCHIO

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Ils l’ont fait! Ces cinglés l’ont fait! Ils ont réussi le pari impossible qui consiste à reproduire un blitz artistique vieux de cent ans! Emmenés par la metteure en scène alsacienne Alice Laloy, nos fleurons du jeu que sont les Genevois Christian Scheidt, Barbara Tobola et Stéphanie Schneider rallument l’étincelle dadaïste sans donner lieu à un pétard mouillé.

Public en transe

Du manifeste de 1916 signé par Hugo Ball dans une Zurich épargnée par la guerre – et auquel se rallient aussitôt des artistes tels que Hans Arp, Sophie Taeuber, Tristan Tzara ou Francis Picabia –, ils resservent sans les trahir les principes révolutionnaires: casser les codes, réinventer la langue, détrôner le beau, renouer avec le primitif, bref semer l’anarchie au son de l’incantation bisyllabique. A voir les réactions d’un public en transe englobant petits (dès 6 ans) et grands, on en déduirait presque que les conditions historiques ayant accouché de dada se voient aujourd’hui recréées! Se pourrait-il que le chaos ambiant ait ceci de bon qu’il libère l’esprit d’insurrection?

Sur le plateau route de Frontenex, le chaos est bien sûr organisé. Millimétré, même. Encadré par la musique rythmée d’Eric Recordier, l’ingénieuse scénographie de Jane Joyet, et par de folles machines qui répondent parfaitement à la mécanique comme à la grâce de l’interprétation. La structure de base ainsi assurée, Ça dada peut se permettre d’ouvrir la porte à un hôte de marque: le petit bonheur la chance.

Une catapulte commence par balancer des morceaux de papier dans les gradins. L’un des billets désignera aléatoirement un spectateur gratifié du privilège d’interrompre la représentation à tout moment en appuyant sur un buzzer. Par magie, sera alors déroulée une banderole portant l’inscription: «le hasard, ça c’est fait!» Plus tard dans le spectacle, le «jeu du grand rien» invitera l’assistance à répondre spontanément à des questions telles que: «La poésie est-elle nécessaire?» ou «comment est né dada?». A la première, chacun devine la réponse, à la seconde, les épisodes précédents auront dicté de rétorquer «dans le caca!»

Effondrement des murs

Une autre rime interne oriente la pièce vers le «ça» inventé par Freud, qui recouvre en gros les pulsions primales prisées par le dadaïsme. Pour ne pas trop choquer quand même, ces dernières prennent sur scène la forme de danses tribales, de jets de peinture ou de chevaux lancés au galop. Le décor évolutif permet en outre la destruction pure et simple des parois successives, chacune symbolisant un pan du phénomène dada. L’imprimerie de tracts cède le terrain au champ de bataille, qui s’ouvre sur une salle de musée ornée de natures mortes, laquelle se recycle en bloc opératoire. Ni frontières ni leçons n’ont quoi que ce soit à faire dans ce joyeux capharnaüm.

L’excitation autant que le rire parcourt les fauteuils. Comme il est d’usage chez Am Stram Gram, les parents reconnaissants profitent pleinement des finesses et autres références culturelles, tandis que les enfants s’esclaffent devant les onomatopées ou la bricole burlesque. Chacun y trouve son compte, chacun désentrave sa créativité, chacun devient le poète de sa propre insoumission. Y compris ce vieux dada statufié lors de sa commémoration en 2016.

Ça dada Am Stram Gram, jusqu’au 12 mars, 022 735 79 24, www.amstramgram.ch.

(TDG)

Créé: 02.03.2017, 19h40

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