Dicker, Thévoz, Rueff et Safonoff derrière les barreaux

Ecriture en prisonRépondant à l'invitation de la Fondation Bodmer, quatre auteurs genevois ont animé des ateliers d’écriture dans des prisons genevoises.

Soirée à la Fondation Martin Bodmer, lundi 30 mars 2015 à Cologny. De gauche à droite, Sylvain Thévoz, Martin Rueff, Catherine Safonoff et Joël Dicker.

Soirée à la Fondation Martin Bodmer, lundi 30 mars 2015 à Cologny. De gauche à droite, Sylvain Thévoz, Martin Rueff, Catherine Safonoff et Joël Dicker. Image: Maurane Di Matteo

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Comment écrit-on derrière les barreaux? C’est la question que s’est posée la Fondation Martin Bodmer, en parallèle à son exposition sur Sade, incarcéré pendant 27 ans. L’institution colognote a donc proposé à quatre auteurs genevois – Joël Dicker, Sylvain Thévoz, Martin Rueff et Catherine Safonoff – d’animer bénévolement quelques ateliers d’écriture dans des établissements pénitenciers genevois.

Le débriefing s’est tenu hier soir à la Bodmer, lors d’une conférence publique: «J’ai tout de suite été partant», explique le poète et travailleur social Sylvain Thévoz, qui a animé cinq ateliers au foyer de détention pour mineurs la Clairière, par groupes de trois à six. En guise d’amorce, il a fait découper des mots dans des magazines et les mettre en commun, ou encore respirer des parfums: «Un jeune sentait le musc pour la première fois de sa vie, et n’en revenait pas!» sourit Sylvain Thévoz. «Je crois que ça leur a fait du bien d’avoir un espace de parole libre, de pouvoir briller parfois avec un texte très fort, ou encore de voir «l’éduc» se prêter au jeu et appréhender comme eux la page blanche».

Catherine Safonoff, récente lauréate du Prix Ramuz, a dispensé sept ateliers de deux heures à l’unité féminine de Curabilis. Elle a apporté des extraits du Journal de prison de Grisélidis Réal, de Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée… ou encore de L’étranger de Camus, auxquels les détenues - deux à six jeunes femmes de langue diverses - ont réagi par écrit. «Le thème de la famille, idéalisée ou recomposée, revenait souvent», se souvient l’auteure. Côté hommes, c’est «les images d’enfance, souvent assez tristes», qui ont émergé des ateliers, raconte Martin Rueff, qui a donné trois séances - et en donnera encore six - à un groupe de deux à trois détenus purgeant de longues peines à Curabilis. Le professeur de français à l’université s’est donné pour mission «d’amener les détenus à écrire en cellule, sans moi.» Un pari qui semble fonctionner, puisque les participants apportent des récits, «parfois plusieurs», écrits entre deux séance de littérature.

Quant à Joël Dicker, dont le passage en prison était le plus bref, il a rencontré une après-midi un groupe de huit détenus de Champ-Dollon, lesquels lui ont posé des questions au sujet de La vérité sur l’affaire Harry Québert: «Il y avait un joyeux mélange entre les prisonniers, les gardiens (ndlr: quinze au total) et quelques visiteurs. On en oubliait le contexte carcéral.» Le romancier fait tout de même remarquer que c’est pendant l’apéro qui a suivi que l’on devinait «qui était qui»: «Le Coca et les chips sont des aliments banals pour moi. Mais certains serraient leur Coca contre eux comme un objet de valeur et allaient sûrement le ramener en cellule après la rencontre.»

Premier projet du genre, la venue des écrivains en prison a été saluée par les directeurs des différents établissements pénitentiaires, présents à Cologny hier soir, qui ont tous manifesté leur envie de voir l’expérience se renouveler: «Cela demande bien sûr de l’organisation, notamment dans la sélection des participants, explique Constantin Franziskakis, directeur de Champ-Dollon. Pour la venue de Joël Dicker, on a choisi parmi les gens qui lisaient le français, fréquentaient déjà la bibliothèque, qui seraient là pendant encore un moment, et enfin ceux qui n’étaient pas impliqués dans la même affaire. On est arrivé à 12 personnes et huit ont répondu présent. Mais au final, c’était un mercredi plein de belle lumière.» (TDG)

Créé: 31.03.2015, 16h12

Articles en relation

Joël Dicker et d’autres écrivains entrent en prison

Pénitentiaire Des lieux de détention genevois ouvrent leurs portes à des écrivains. Ce vaste projet lancé par la Fondation Bodmer est inédit. Plus...

Genève élit son nouveau romancier et lui offre 10'000 francs

Littérature Guillaume Rihs, 30 ans, est le nouveau lauréat du Prix des écrivains genevois. Il y a trois ans, Joël Dicker remportait la même récompense pour son premier roman. Rencontre. Plus...

Sylvain Thévoz: «Gabrielle», le roman à lire de ce début d'année

Blogs Ce roman innervé d'un jus et d'une essence vitale décille les yeux dessale la langue. Plus...

Course-poursuite dans les nuages avec la fusée Joël Dicker

Rencontre L’écrivain était au meeting aérien de Payerne. Confidences et tabous, sous le vrombissement des avions militaires. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les cent jours de Trump
Plus...