Epouse et maîtresse sauvées par la photo

Spectacle Claude-Inga Barbey et Doris Ittig font d’une exposition à Saint-Gervais le décor de leur drame. Désopilant!

La profane (D. Ittig) interrompt la spécialiste (C.-I. Barbey).

La profane (D. Ittig) interrompt la spécialiste (C.-I. Barbey). Image: ISABELLE MEISTER

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Bâtiment de Saint-Gervais, 1er étage. Au milieu des photographies signées Jean Mohr qui retracent l’histoire du théâtre, des tabourets épars. Debout dans sa robe noire, badge de médiatrice culturelle autour du cou, Claude-Inga Barbey entame sa visite guidée. Une Doris Ittig affolée, plus friande de télé-réalité que d’art noble, surgit pour multiplier les interventions aussi décalées qu’intempestives. A force d’interpréter les images, chacune à sa façon, les deux femmes se découvriront liées par le destin dans leur existence de chair et d’os.

Ce qu’il y a de formidable, avec ces comédiennes qu’on ne présente plus – coresponsables par le passé de Bergamote, Betty et autres Laverie Paradis –, c’est qu’elles réconcilient, sans les dénaturer, nos parts basses et nos parts hautes. Elles les restituent dans leur organicité même – futilité et profondeur, paresse et rigueur, ignorance et sagacité aussi inséparables que rate et pancréas. Aussi unies que le sont encore les complices sur la scène, amies dans la vie, toutes deux grands-mères d’un petit-enfant commun.

Après sa création en octobre 2016 dans la salle Valloton du Musée d’art et d’histoire, Femme sauvée par un tableau s’adapte ici à un nouvel environnement: les panneaux constellés de clichés noir-blanc du grand photographe genevois. A la fois zélée et gauche, la guide bétonne son exégèse, résumant la biographie de l’artiste nonagénaire, détaillant ses prises de vue, établissant son génie. A la fois ignare et intarissable, l’auditrice n’a de cesse quant à elle de l’interrompre par ses anecdotes et ses références à Koh Lanta ou Top Chef. Peu à peu, le récit de vie s’emmêle à l’exposé savant, le comique télescope la théorie. Si bien que, s’étant racontées à travers les images, les parleuses se révèlent l’une à l’autre épouse et maîtresse du même homme absent. Par le truchement de Mohr, leur connivence l’emporte sur leur rivalité: Doris cède son mari, Claude-Inga son badge.

On pourrait croire à un frivole duo humoristique. Que nenni. C’est un manifeste en bonne et due forme qui nous est proclamé à Saint-Gervais: «dire aux gens que l’art, la culture sont indispensables, écrit Claude-Inga Barbey dans sa note d’intention. Aussi indispensables que manger boire dormir». Et en plus, le résultat passe aussi bien que The Voice!

Femme sauvée par un tableau Théâtre Saint-Gervais, jusqu’au 27 mai, 022 908 20 00, www.saintgervais.ch

(TDG)

Créé: 18.05.2017, 18h53

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