Dieu, le sexe et la plomberie

Scènes Au Théâtre de l’Orangerie, une comédie piquante révèle en passant différentes angoisses existentielles.

Charlie Dupont et Tania Garbarski, tout en humour et en finesse dans

Charlie Dupont et Tania Garbarski, tout en humour et en finesse dans "Tuyauterie". Image: Marianne Grimont

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Qui c’est? C’est le plombier, pour paraphraser un sketch fameux de Fernand Raynaud. Celui qui œuvre en ce moment et jusqu’au 23 juillet au Théâtre de l’Orangerie dans Tuyauterie, une excellente comédie piquante signée par l’auteur belge Philippe Blasband, apparaît paradoxalement légèrement bouché. A moins que l’ingénu ne le fasse exprès. Jugez plutôt: appelé en urgence pour réparer l’évacuation d’une douche, un ouvrier en bleu de travail se voit assailli par une cliente des plus entreprenantes. Vêtue d’une simple nuisette, l’affriolante jeune femme lui propose de payer la facture «en nature»! Notre plombier ne dit pas non… mais il ne dit pas oui non plus.

Inattendue introspection

Entamé dans le registre du film olé-olé, le dialogue entre ces deux personnages que tout sépare va rapidement prendre de la hauteur. Car avant de céder aux avances qu’on lui fait, le flegmatique (et cependant fougueux) spécialiste des canalisations tient à comprendre. Pourquoi lui? Pourquoi maintenant? Pourquoi un plombier? Autant de questions apparemment anodines qui vont obliger la cliente en petite tenue à se livrer à une inattendue introspection. L’ébat envisagé vire au débat, révélant au passage les angoisses existentielles des deux protagonistes.

Tout en se dévoilant progressivement, Monsieur et Madame (on ne saura jamais leurs noms) évoquent leurs échecs, des vies qui partent à vau-lau, la perte de l’estime de soi. Et Dieu dans tout ça? Il est bien présent, glissé tout à trac dans la conversation, entre désir, divorce et solitude.

Sur la scène de l’Orangerie, le plombier de cette Tuyauterie aussi irrésistible qu’empreinte de noirceur possède l’animalité souriante de Charlie Dupont. En poète volubile, le comédien belge offre un magnifique contrepoint à Tania Garbarski, drôle, touchante, énergique jusqu’à l’hystérie. «Philippe Blasband a écrit cette pièce pour nous. C’est une partition fantastique», relèvent les deux acteurs, croisés au terme de la première genevoise, mardi soir. «Ce qui est séduisant dans ce texte, c’est que derrière le ton de la comédie, il y a quelque chose d’autre en jeu. On casse les clichés sur les rencontres impossibles, en frôlant un sujet vulgaire qui ne le devient jamais.»

Ecriture décalée

Tout en humour et en finesse, le couple, uni à la vie comme la scène, donne corps à des personnages auxquels on s’identifie volontiers. C’est là toute la force de l’écriture décalée de Philippe Blasband. Savoureux, crus parfois, jouant sur les doubles sens, les dialogues du Woody Allen belge font mouche. On y retrouve la patte de cet écrivain cinéaste, connu comme scénariste pour les films Une liaison pornographique, avec Nathalie Baye et Irina Palm, avec Marianne Faithfull.

Du sur-mesure pour Tania Garbarski et Charlie Dupont. Apprécié au printemps à la salle communale d’Onex dans Promenade de santé, de Nicolas Bedos, le duo aime évoluer de conserve. «Il y a quatre ans, on n’avait encore jamais joué ensemble. C’est nous qui avons initié cette collaboration.» Au sein de l’écrin intimiste offert par l’Orangerie, les deux complices se renvoient la balle avec bonheur, entre gifle, étreintes, cris et scènes de séduction. «On se redécouvre chaque soir sur scène. Pour la santé d’un couple, c’est formidable…»

Fantasme particulier

Dans la veine de l’ironique Tuyauterie présentée au parc La Grange, les deux comédiens s’apprêtent à remettre le couvert avec l’excellent Blasband. «On prépare un film avec lui, qu’il va réaliser. Il y sera question d’une femme très éprise d’un auteur célèbre, et dont le fantasme consiste… à aller faire les courses avec lui au supermarché!» Une histoire de déplacement de relations amoureuses où le rire pourrait bien une nouvelle fois se teinter de gravité.

«Tuyauterie», jusqu’au 23 juillet, Théâtre de l’Orangerie. Je, sa, ma 20 h. Ve, di, me 19 h. Lu 18 juillet relâche. Rés: 022 700 93 63 www.theatreorangerie.ch

(TDG)

Créé: 13.07.2016, 17h11

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