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Histoire

Une infirmière de l'Armée rouge raconte Stalingrad

Mis à jour le 31.01.2013

Infirmière de l'Armée rouge, elle a coupé des tendons au sécateur, vu des corps éventrés et survécu blottie contre des cadavres encore tièdes: 70 ans après Stalingrad, Maria, 89 ans, n'a rien oublié. Témoignage.

Photo du film russe «Stalingrad»

Photo du film russe «Stalingrad»
Image: AFP

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"Les horreurs que j'ai vues, je ne les pardonnerai jamais aux Allemands", raconte la vieille dame dans les locaux d'un Comité d'anciens combattants au centre de Moscou.

Soixante-dix ans après, Maria Rokhlina se voit toujours "tenir entre les mains les entrailles palpitantes d'un soldat qui ne comprenait même pas ce qui lui était arrivé".

"Et aussi des enfants écrabouillés par les chars...Je ne peux pas pardonner cela", ajoute-t-elle, alors que la Russie célèbre samedi la victoire de 1943 dans cette bataille décisive contre l'Allemagne nazie.

Née dans une famille de militaires en Ukraine, Maria voulait partir au front, comme ses camarades de classe, dès le 22 juin 1941, le jour de l'invasion allemande de l'Union Soviétique. A 17 ans ils savaient tous tirer et faire les premiers soins.

"On nous a dit que notre tour viendrait plus tard", se souvient-elle.

Son tour arrive quelques mois plus tard, lors qu'une unité de blindés l'engage comme infirmière.

Placée dans un hôpital près de Stalingrad

En juillet 1942, blessée au visage par un éclat d'obus, Maria est placée dans un hôpital près de Stalingrad, ville des bords de la Volga contre laquelle l'armée allemande a lancé une offensive.

Le matin du 23 août, quelques heures avant le début de bombardements massifs qui préparent l'entrée des Allemands dans Stalingrad, Maria, avec deux autres infirmières, visite pour la première fois la ville.

"J'ai trouvé Stalingrad plutôt moche", se souvient-elle.

Les jeunes filles admirent "La Grande Valse" au cinéma, puis vont casser la croute dans un parc.

"Soudain la terre tremble. On saute dans le trou le plus proche, cinq autres personnes y sautent aussi... Leurs corps nous sauveront la vie", raconte-t-elle.

Ce jour-là l'aviation nazie a lâché sur Stalingrad 1000 tonnes de bombes.

Des combats jusque dans les immeubles

Dès septembre, les combats se déroulent dans les rues, jusque dans les immeubles.

"Les Allemands étaient tout près, souvent on se battait dans le même immeuble", se souvient Maria.

"Lors de trêves on les entendait rire, nous crier: 'Russisch, viens manger avec nous". Dix minutes plus tard, le combat reprenait.

"Nous, on avait toujours Staline dans nos têtes", se souvient-elle.

Surtout son célèbre mot d'ordre, "Pas un pas en arrière!", dont l'application était assurée par des forces spéciales chargées de tirer sur quiconque reculerait.

"Quelles forces spéciales ?", s'indigne la vieille dame. "L'une de nos unités de 1500 hommes a tenté de reculer, mais on nous a dit que les Allemands les avaient tous tués", dit-elle.

Bandages et sécateur de jardin

On assurait aux soldats de l'Armée rouge qu'ils étaient mieux équipés et nourris que les Nazis. "Cela nous aidait, même si on partageait souvent la même écuelle et la même cuillère", se souvient Maria Rokhlina.

Pour les premiers soins, Maria n'avait pour l'essentiel dans sa trousse que "bandages, iode et sécateur de jardin". "Il m'a aidée à couper les tendons", dit-elle.

La petite infirmière de 40 kg avec des taches de rousseur qu'elle raconte avoir été à l'époque de ses 18 ans, a dû remplir bien d'autres missions.

Un jour, avec une autre infirmière, elle doit tirer sur l'autre rive de la Volga gelée un officier grièvement blessé, attaché sur des skis.

La glace était instable, il neigeait, les balles fusaient autour d'eux. Tous trois, jeunes femmes et militaire, pleuraient.

"Il était si lourd, je pleurais d'impuissance et de peur de rater ma mission", se souvient-elle.

Moins 30°

Il faisait moins 30° à Stalingrad cet hiver-là.

Fin janvier 1943, dans les ruines d'une usine, le froid est tel qu'épuisée, elle se blottit contre les cadavres d'Allemands encore tièdes pour survivre.

"Il y avait quatre corps, je me suis allongée dessus et je me suis endormie, je me sentais partir", raconte-t-elle.

Tenue pour morte elle-aussi, elle est ramassée avec les autres corps, et ne doit son salut qu'à une convulsion remarquée par un brancardier

Le 2 février 1943, l'armée allemande du général Paulus, encerclée par les Soviétiques, se rend.

"J'ai survécu", dit simplement la femme de 89 ans, "je n'ai tué aucun Allemand, mais je n'en ai soigné aucun non plus". (afp/Newsnet)

Créé: 31.01.2013, 08h51

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