Critique
Lyrique: somptueux «Richard III» au Grand Théâtre
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Il y a des évidences auxquelles on ne peut pas résister. Richard III en fait partie. Pourtant, rien de moins évident qu’un opéra contemporain donné en création. Sauf lorsque l’alchimie qui réunit musique, mise en scène, décors, costumes, orchestre, chef et solistes fonctionne. Cela fait beaucoup de données à réunir. Elles le sont absolument dans le spectacle qui occupe la scène de Neuve jusqu’au 1er février prochain. Un spectacle rare auquel il faut courir, donc.
Pourquoi s’y ruer? Parce que l’ouvrage, dont le succès mérité confirme la justesse, a trouvé l’équilibre parfait entre musique et théâtre. Giorgio Battistelli, en se concentrant sur une orchestration traditionnelle qui fait écho à la convention de traitement d’un chef-d’œuvre classique, tape dans le mille. Shakespeare est respecté.
Mais la discrétion de procédés de sonorisation et d’électronique, l’écriture à la fois organique et illustrative, suggestive et structurée, excessive et monochrome, cette musique de la catastrophe et du cauchemar annoncés s’inscrit dans la modernité et fonctionne comme une musique de film. On pense à la collaboration d’Alfred Hitchcock et Bernard Hermann.
Et on se dit qu’entre Battistelli et Ian Burton qui a réalisé le livret d’après Shakespeare, le rapport d’intimité est le même. Une complicité renforcée par Radu Boruzescu qui a planté le décor et Robert Carsen qui a mis en scène la tragédie. On touche à ce même équilibre, sachant que le cinéaste avait main mise sur tout, à part la partition, et qu’à l’inverse, les quatre acteurs artistiques en jeu dans Richard III ne semblent faire qu’un. On imagine mal une autre relecture de cette version…
La plongée dans la brutalité, la cruauté et la folie d’un homme hanté par le pouvoir saisit dès l’entrée en salle, scène ouverte sur le cadavre d’un monarque découronné, allongé sur le sable rouge d’une arène sanglante. Les gradins inclinés en métal rouillé et tôle ondulée qui entourent la scène, donnent la nausée d’un mouvement immobilisé. Cette carcasse de navire échoué suffit à elle seule à raconter l’effondrement mental du roi sanguinaire, dans son ascension vers le pouvoir, et la chute inévitable qu’elle entraîne. Les trois heures d’un tour de cirque macabre se révèlent haletantes. Car les interprètes sont à la hauteur du défi.
Fabuleux Tom Fox: le baryton tient à bout de voix le rôle écrasant de Richard III. Aussi magnifique acteur que chanteur, il compose un personnage saisissant de sauvagerie et d’inhumanité. La force dramatique de Marion Ammann (Lady Anne), la carrure vocale et théâtrale de Renée Morlac (Duchesse d’ York), les qualités de timbre et de chant de Bruno Balmetti (Hastings) d’Urban Malmberg (Buckingham) et Bruce Rankin (Edouard IV) n’écrasent en rien tout le reste de la nombreuse distribution, très homogène, et du formidable chœur scindé en deux groupes de trente chanteurs (sur scène et en coulisse).
On ne saura enfin que saluer le travail fouillé et la puissance musicale du Basel Sinfonietta, placé sous l’attentive direction de Zoltán Peskó. C’est dire qu’à tous les niveaux, cette production marquante représente une véritable réussite.
Grand Théâtre les 24, 26, 28, 30 janvier et 1er février à 20h. Rens: 022.418.31.30. www.geneve.opera.ge
(TDG)
Créé: 23.01.2012, 12h21
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