Les mille et une unes

L’histoire et la presseLe journaliste Josep Bosch détient près de 12 000 unes de journaux. Une collection unique.

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Dans le garage d’une villa du Grand-Saconnex se cache une des plus grandes collections connues de unes de journaux. Son propriétaire, Josep Bosch, ancien journaliste et actuel porte-parole à l’OMC, consacre une grande partie de son temps libre à cette passion. En 45 ans, il a réussi à réunir près de 12 000 pièces, dont certaines sont extrêmement rares. Actuellement exposées à la Fondation Bodmer , une soixantaine de unes issues de cette collection plongent le visiteur dans les grands événements du XXe siècle. L’exposition est saisissante. Pourtant, elle ne présente qu’une infime partie de cet incroyable ensemble.

Révélation en mai 1968

Cette anthologie comprend principalement des quotidiens, mais également des hebdomadaires. Si elle compte des exemplaires rarissimes remontant à 1678, parmi lesquels des pièces helvétiques (Journal de Suisse) de 1805 à 1808, elle couvre principalement la période de 1898 à nos jours. «1898, date de la guerre hispano-américaine pour la possession de Cuba, marque pour de nombreux historiens la naissance de la presse moderne, indique le journaliste. Aux États-Unis, une concurrence féroce s’installe entre les grands propriétaires de journaux, Hearst (New York Journal) et Pulitzer (The World). Chacun cherche à vendre de plus en plus d’exemplaires. Cette rivalité entraîne un changement radical de la présentation de l’actualité et de la conception de la presse. Les unes deviennent plus spectaculaires.»

Josep Bosch met un point d’honneur à trouver les exemplaires issus du jour et du lieu même où l’événement s’est produit. Mais d’où lui vient cette passion? Tout a commencé à Barcelone en 1968. Alors jeune étudiant en journalisme, il tombe un jour sur le gros titre d’un journal français aujourd’hui disparu: France-Soir. Le quotidien annonce: «Fin des combats à l’aube dans le camp retranché du Quartier latin.» «C’était la révolution des étudiants de Mai 68. Ce titre a eu un grand impact sur moi. J’en ai acheté deux exemplaires. C’est ainsi que ma collection a débuté.»

Son intérêt pour le journalisme et l’histoire l’amènent à suivre de près tous les événements d’importance qui se passent dans le monde. En 1977, il part à Londres pour travailler comme correspondant de l’agence de presse espagnole EFE. «A Camden Town, j’ai découvert que les antiquaires, les brocanteurs et les puciers vendaient beaucoup de vieux journaux, en particulier de la Seconde Guerre mondiale. C’est là que j’ai commencé à faire ce que j’appelle de l’archéologie historique et journalistique, c’est-à-dire non seulement garder les quotidiens du jour, mais aussi chercher à sauver les journaux du passé.»

Presse britannique en grève

Pendant cette période, le Catalan fait des acquisitions très importantes, principalement en relation avec les deux guerres mondiales, mais aussi avec un épisode marquant de l’histoire de la presse britannique: la Grève Générale de 1926. «Étonnamment, alors qu’aucun journal n’était censé paraître pendant ces jours de grève, les propriétaires des journaux ont fait tout leur possible pour continuer à publier les nouvelles du jour, ne serait-ce qu’une simple feuille de gros titres.»

Avec l’avènement d’Internet, le journaliste se met en contact avec des magasins, des collectionneurs et des maisons d’enchères à travers le monde. «C’est aussi une période où mon travail m’a amené à beaucoup voyager, tout d’abord en tant que correspondant en Asie pendant douze ans, puis en Angleterre. Lors de chaque voyage, je prenais toujours un moment pour rechercher des journaux anciens. C’est plus facile dans certains pays que dans d’autres. On trouve par exemple beaucoup de publications, en France, en Allemagne ou en Argentine. Beaucoup moins au Mexique ou en Italie. Je ne sais pas d’où vient cette différence. C’est peut-être culturel.»

La collection couvre une myriade de thèmes, répartis en fonction des intérêts de Josep Bosch: l’histoire de l’aviation et de la conquête de l’espace, la Première et la Seconde Guerre mondiales, la Guerre civile espagnole, la transition vers la démocratie, la guerre froide, mais également la Révolution cubaine et la Révolution russe. Des exemplaires portant sur d’autres événements, parfois en relation avec des célébrités et des personnalités du monde de la littérature, de la culture, du sport, du cinéma et des sciences sont également conservés. «J’ai quelques pièces qui me touchent particulièrement. C’est le cas de la une du Bosnischen Post de Sarajevo du 28 juin 1914, le jour de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche qui plongera le monde dans la Première Guerre mondiale.»

Sur les traces des bolcheviks

Installé à Genève depuis 1995, d’abord comme correspondant auprès de l’ONU puis au sein de la Division de l’information et des relations extérieures à l’OMC, le passionné continue à enrichir sa collection, gardant le contact avec de nombreux libraires à travers la planète. «Ils m’appellent quand ils dénichent des pièces susceptibles de m’intéresser. Actuellement j’essaye de me procurer un journal sur la Révolution russe. Il s’agit du journal des bolcheviks de Petrograd du 7 novembre 1917, annonçant la prise du pouvoir par les leurs. Je l’ai vu dans un musée et depuis je le cherche partout.» Autre pièce manquante: un journal panaméen daté du 15 août 1914 annonçant l’inauguration du Canal qui vient de fêter ses 100 ans. «Je garde également tous les journaux catalans qui paraissent cet automne au sujet du référendum sur l’indépendance. C’est un moment crucial pour l’Espagne.»

De nombreuses pièces de la collection de Josep Bosch ont déjà été exposées en différents formats dans 19 villes de 12 pays. Deux nouveaux accrochages pourraient avoir lieu l’année prochaine à Panamá et à Barcelone. (TDG)

Créé: 27.10.2014, 19h25

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