Le BBL réenchante la «Flûte» de Maurice Béjart

Danse Evénement phare de cette année anniversaire, le chef-d’œuvre de Mozart est aussi un de ceux du maître. Gil Roman en recrée la magie.

La troupe en pleine répétition de la Flûte enchantée, une œuvre longue et complexe.

La troupe en pleine répétition de la Flûte enchantée, une œuvre longue et complexe. Image: Gregory Batardon

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Le BBL vit un double anniversaire cette année (30 ans de la compagnie et 10 ans de la mort de Béjart). Il enchaîne les spectacles avec abnégation. Ce qui ne l’a pas empêché de monter une des œuvres les plus grandioses de Maurice Béjart, cette Flûte enchantée créée en 1981 à Bruxelles avec Jorge Donn. Gil Roman, qui la remonte aujourd’hui, y était déjà, il jouait un des trois enfants. Depuis, il y a joué Papageno ou le Sprecher, jusqu’à l’ultime représentation à l’Odyssée de Malley en 2003. Entretien avec un homme pressé à l’heure des derniers réglages.

– La «Flûte» est un défi pour les danseurs, par sa longueur, non?
– C’est vrai que c’est long à apprendre, que c’est difficile, le travail musical est extrême, il faut un travail spécifique pour danser sur la voix. Et il y a du travail pour le Sprecher qui doit prendre plusieurs voix pour plusieurs personnages. Le chorégraphe doit vraiment se mettre au service de la partition sans y glisser son imagerie personnelle. C’est comme ce que Maurice avait fait pour la IXe de Beethoven. Juste mettre la musique en pas et en images.

– On a souvent réduit l’œuvre de Mozart à un côté maçonnique?
– Ce serait bien dommage de la réduire à cette vision seulement. Bien sûr, il y a le côté maçonnique, mais il y a aussi les Mystères de l’Egypte ancienne, le côté populaire à la mode à l’époque, le comique, le côté rituel. C’est sans doute pour cela que la Flûte est unique: elle à la fois populaire et mystique, sans que l’un n’exclue l’autre.

– Pourquoi avoir choisi de monter la Flûte à Beaulieu plutôt que dans un espace plus grand, vu le succès? Les 11'500 places sont toutes vendues.
– Au départ, on avait prévu de la rejouer en décembre à Lausanne, avant que la collaboration avec Marc Hollogne prenne forme, spectacle qui colle parfaitement à nos anniversaires. D’autre part, remonter une pièce dans un théâtre, forcément plus petit, rend le spectacle plus proche des spectateurs. On aura à Beaulieu une ambiance beaucoup plus intime, une distance plus facile pour entrer dans les personnages et l’histoire. J’adore ça. Ça renforce la vérité humaine du ballet.

– La chorégraphie de Béjart est très sobre.
– C’est vraiment au service de la musique, il y a une volonté de dépouillement, de ne pas ajouter du baroque. Maurice a réussi son coup: c’est un mélange de théâtre populaire généreux et de théâtre d’intériorité. Il le ressentait profondément, il se voyait proche de Papageno ou de Tamino.

– Est-ce son œuvre majeure?
– Il y en a tellement. Mais toute sa carrière est là: cette pièce propose des pas et des enchaînements d’une grande rigueur. Et la Flûte, c’est ce mélange de scènes populaires et de musique profonde, sans arrêt. C’est épuisant à jouer, mais le résultat est vibrant. Maurice voulait y reproduire la fragilité des choses, et c’est ce qu’apporte la danse sur l’opéra, cette vibration des corps qui enrichissent encore la musique et le livret de Shikaneder. C’est tout l’équilibre de cette pièce, une mise en scène si réussie.

– Le «Ring» de Wagner, la «IXe Symphonie» de Beethoven, le «Sacre du printemps» de Stravinski, la «Flûte» et d’autres, Maurice s’attaquait à d’immenses pièces du répertoire…
– Quand une œuvre le dépassait, il s’y attaquait. C’est ce qui a fait sans doute le parcours phénoménal qu’il a suivi. Il faut bien distinguer les créations de Maurice où il suivait sa propre volonté et ce genre d’œuvres où il ne faisait que se mettre au service pour que la partition l’emporte. C’est l’humilité qui s’exprime ici, devant un amour pour la musique, un amour profond, ressenti. Et comme c’est en plus le dernier opéra de Mozart. Le génie a fini sa vie sur cette notion de complémentarité du masculin et du féminin, c’est beau comme sortie, non? Remonter ça en si peu de temps, c’était un sacré défi.

– La prochaine création de GIl Roman?
– La dernière m’a beaucoup apporté, mais je manque terriblement de temps avec notre programme. Là, avec Hollogne, je serai à son service. Ensuite, on verra. Je suis à la fois dans un enfer et un paradis. L’enfer du temps qui passe et le paradis d’une troupe qui me fait confiance. J’aimerais m’arrêter trois mois pour créer tranquillement, mais la création vient parce que l’urgence nous force et c’est bien!

– Avec la «Flûte enchantée», vous reprenez le dernier gros morceau légué par Maurice. Ça aide à vendre les tournées ensuite?
– Bien sûr, plein de gens voudraient l’avoir. Mais on tourne également bien avec t’m et Variations et Béjart fête Maurice. Comme quoi... (TDG)

Créé: 13.06.2017, 18h56

Informations pratiques

Lausanne, Beaulieu
Du mercredi 14 au mercredi 21 juin (complet)
www.bejart.ch


Une œuvre majeure

Le musicologue français installé à Lausanne Eric Chaillier a passé dix ans à étudier l’opéra de Mozart, dont il vient de sortir un livre, «La Flûte enchantée, testament opératique de Mozart» (Ed. Fayard). Pour lui, l’opéra «fait partie de ces grandes œuvres qui nous accompagnent et nous éclairent tout au long de notre vie», comme la «Divine Comédie» de Dante, le «Faust» de Goethe, la «IXe» de Beethoven ou le «Ring» de Wagner, toutes œuvres (ou presque) montées par Béjart.
Rencontré au sortir d’une répétition au Presbytère, il raconte comment Mozart chérissait son ultime opéra et entretenait avec lui un lien particulier: son épouse racontait que le dernier chant du compositeur, la nuit de sa mort, était le premier air de Papageno, «Der Vogelfänger bin Ich, ja». Un air joyeux, virevoltant et tendre.

Mais Eric Chaillier insiste aussi sur le sérieux avec lequel Mozart prenait le livret, comme le prouvent les dernières lettres du compositeur. Dans l’héritage du Zäuberspiel viennois, la Flûte doit au talent d’Emanuel Schikaneder, complice de Mozart, cette intrigue riche qui accompagne la progression intellectuelle et spirituelle de Tamino d’intrigues parallèles. Papageno cherchant l’amour, la Reine de la Nuit et Sarastro luttant pour le pouvoir. La palette est large, rappelle Eric Chaillier, passant de la verve populaire à la féerie, à l’amour, à l’humour et à l’esprit enfantin. Maçonnique? Pas que…

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