Henri Michaux et Zao Wou-Ki, unis dans l’amour du signe

ColognyLa nouvelle exposition de la Fondation Bodmer met en parallèle les œuvres graphiques des deux artistes

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Il n’y a jamais eu autant d’œuvres d’art à la Fondation Bodmer. Avec L’empire des signes, le musée dédié à l’écrit propose une exposition résolument picturale, en profitant des liens amicaux et artistiques qui unissaient Henri Michaux et Zao Wou-Ki. Car la fondation possède un important fonds d’ouvrages du poète français.

Illustrés par l’écrivain lui-même, ces livres se voient complétés par des tableaux, peintures et dessins prêtés principalement par les veuves d’Henri Michaux et de Zao Wou-Ki. En tout, une centaine de pièces composent cette exposition qui met en parallèle les deux artistes plutôt qu’elle ne les fait dialoguer.

Tous les travaux présentés à la Fondation Bodmer ont en commun un aspect très graphique. On n’y verra donc pas les grandes huiles sur toile qui ont fait la renommée de Zao Wou-Ki. De toute façon, bon nombre d’entre elles se trouvent à la Fondation Gianadda, pour une rétrospective qui a été inaugurée hier.

De la figuration à l’abstraction
Par contre, ce corpus suffit pour suivre le chemin parcouru par Zao Wou-Ki de la figuration à l’abstraction. «Dans ses premières œuvres, il n’y a pas de recherche de profondeur ou de perspective ni de rapport d’échelle, et les couleurs sont en aplat, rapporte Bernard Vouilloux, commissaire de l’exposition. Peu à peu, il va épurer. Les motifs sont signifiés plutôt que représentés, notamment sous l’influence de Paul Klee. Puis il abandonne les signes eux-mêmes; le tableau n’est plus qu’une composition colorée.»

L’exposition donne en outre la possibilité de (re)découvrir le travail à l’encre de l’artiste d’origine asiatique. «Il craignait de se confronter à ce médium, de peur de passer pour un peintre de chinoiseries. Henri Michaux lui a montré comme il pouvait se l’approprier en restant lui-même. Zao Wou-Ki est ainsi revenu aux fondamentaux de sa culture, mais complètement libéré du motif.»

En conseillant l’encre de Chine à son ami, Henri Michaux sait de quoi il parle. Lui-même l’exploite pour travailler sur le signe de façon approfondie. D’abord en petit format, sur des lignes et des colonnes, à la manière d’une écriture. Puis sur de larges feuilles, de manière plus libre. Il joue sur les taches, les traces, les balayures et les projections, tantôt en versant directement l’encre, tantôt avec le pinceau ou la plume. Il ajoute parfois des encres de couleur ou de l’acrylique, qui a l’avantage de sécher rapidement.

«Chez Henri Michaux, la distinction entre figuratif et abstrait est moins évidente que chez Zao Wou-Ki», estime le commissaire. Chacun peut effectivement imaginer ce qu’il veut dans ces formes au flux continu, apaisées ou tourbillonnantes: la silhouette d’un homme ou d’un animal, un pictogramme, une lettre.

«Chez les deux artistes, on retrouve l’importance de la gestualité et le jeu entre les pleins et les vides, explique Bernard Vouilloux. Tous deux exploitent la liberté que leur donne l’encre de Chine, mais chacun en fait un usage propre. Zao Wou-Ki exploite davantage la technique des dégradés et des lavis. C’est un véritable coloriste en noir et blanc.»

Plaisir de la contemplation
Dans ce riche parcours, le visiteur se retrouve quelque peu laissé à lui-même. Seules les citations qui entourent les vitrines viennent compléter le texte de présentation du carton. Pour en savoir plus sur les œuvres, il faudra prendre un audioguide. Et pour explorer plus en détail les liens entre les deux artistes, il faudra acheter le catalogue.

Mais finalement, cette absence d’explications ne se révèle pas si gênante. Car avec des créations comme celles-ci, on est davantage dans le plaisir de la contemplation que dans la réflexion. On peut même s’amuser à trouver les points communs entre deux artistes, et parfois, à distinguer le travail de l’un ou de l’autre. Et surtout profiter de se plonger dans les subtilités de ces œuvres magnifiques.

«L’empire des signes» Jusqu’au 10 avril 2016 à la Fondation Bodmer, 19 rte Martin-Bodmer, ouvert du ma au di de 14 h à 18 h. Infos: www.fondationbodmer.ch (TDG)

Créé: 04.12.2015, 19h11

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