Daniel Pennac remet Benjamin Malaussène en piste

LittératureDix-huit ans après, l'écrivain parisien fait revivre la tribu de Belleville. Rencontre à Paris.

Daniel Pennac à Paris. Octobre 2016.

Daniel Pennac à Paris. Octobre 2016. Image: Francesca Mantovani

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Un nouveau Malaussène est sorti. Dans les librairies parisiennes, c'est l'événement de la rentrée. Le Cas Malaussène, I. Ils m'ont menti fait de l'œil aux passants depuis toutes les vitrines. 18 ans après Aux fruits de la passion, dernier roman de la série consacrée à la tribu de Belleville, Daniel Pennac remet en piste ses personnages fétiches, qui ont bien grandi - ou vieilli, selon les générations - pendant ce temps. Drôle, rythmée, poétique et espiègle, la plume de l'auteur français vous intègre dare-dare à l'univers complètement barré de la famille Malaussène. Un petit lexique détaillant tous les personnages récurrents de la saga se charge d'instruire efficacement les lecteurs qui n'auraient pas lu Au bonheur des ogres, La fée carabine ou les romans suivants. Côté suspense, l'enlèvement d'un homme d'affaires, l'arrestation d'un agent sportif, l'investigation rigoureuse d'une juge à moustache et de policiers au grand cœur vous fait regretter que le prochain tome ne soit pas encore publié. Chemise jaune à carreaux, lunettes rondes et écharpe marron autour du cou, Daniel Pennac rappelle plus l'enseignant de français qu'il a été à l'auteur vedette qu'il est devenu. Il parle de la même façon que lorsqu'il lit à haute voix: à savoir lentement, distinctement, et en changeant de voix lorsqu'il imite quelqu'un. En conteur d'histoire.

Reprendre la saga Malaussène, 18 ans après. Que vous est-il donc arrivé?

Bon, j'ai écrit autre chose entre temps. Des essais pédagogiques, du théâtre, des scénarios de cinéma, de la littérature enfantine. Il y a quelques années dans une librairie, je signais un exemplaire du Journal d'un corps à une lectrice nonagénaire. Elle me demande: «On n'aura plus de nouvelles des Malaussène? C'est ma petite fille qui me les a fait découvrir». La petite fille en question était présente, et achetait des Malaussène pour son copain. «Moi, c'est ma mère qui me les a passé, elle les connaissait par son copain», a-t-elle dit. Toute cette circulation des Malaussène par les liens affectifs et amoureux m'a enchanté. Je suis parti en déclarant, «Ben je vais vous en faire un autre»! Je blaguais, je n'avais pas la queue d'une idée. Peu après, j'ai eu comme un appétit, une envie de retrouver cette écriture particulière que j'avais concoctée pour les Malaussène en 83. J'ai beaucoup douté: est-ce que je serai encore capable d'écrire dans ce style de jeunesse? Ou suis-je décidément un vieux schnoque? Et je me suis demandé comment avaient grandi les gosses.

Êtes-vous surpris de ce qu'ils sont devenus en votre absence?

Verdun a 29 ans, C'Est Un Ange en a 26, Monsieur Malaussène 22, et Maracuja 17. Je leur ai inventé un comportement qui me va tout à fait. Ils sont encore plus cinglés que les aînés, je suis assez content d'eux. Je les aime beaucoup, c'est ma tribu.

Et dans la vie, votre tribu, c'est qui?

J'ai une fille, Alice. Mais avec ma compagne, nous avons autour de nous une dizaine d'«enfants adoptants». Ce sont des amis qui nous ont voulu comme parents. Souvent parce qu'ils n'en avaient plus ou que la relation avec leurs propres parents s'avérait trop compliquée. On se réunit, on se téléphone, ils se voient entre eux... Cette année, deux d'entre eux sont venus fêter Noël avec nous. Certains ont l'âge qu'auraient pu avoir nos véritables enfants, mais le plus âgé a trois ans de plus que moi! Tout cela est un jeu, naturellement.

Quel personnage vous ressemble le plus?

Benjamin, qui a à peu près le même âge que moi et est une sorte d'alter-ego. Il veille très attentivement sur les autres mais leur fiche la paix. Je suis comme ça avec les miens.

Avez-vous, comme lui, servi de bouc-émissaire? Non, je suis très peu bouc-émissaire de tempérament. En revanche, ayant été prof pendant 30 ans, j'en connais très bien les mécanismes. J'ai toujours veillé à empêcher ce phénomène. Notamment par un jeu, qui consistait à distribuer le rôle du bouc-émissaire en alternance. «Si Joseph ne sait pas ses leçons demain, si j'arrive en retard, s'il pleut, s'il n'y a pas de craies au tableau, ce sera la faute de Marianne!» Et après-demain ce sera quelqu'un d'autre. Ça permettait de déjouer cette menace. Évidemment ce qui les ravissait c'était lorsque c'était mon tour. Le prof coupable de tout, c'est l'idéal.

Dans le livre, vous mettez en scène un plateau télévisé où le public est dressé à applaudir ou huer sur signal lumineux. Vous êtes-vous retrouvé dans une telle émission?

Je me moque du genre. Ça m'est arrivé il y a quatre ou cinq ans. Je me suis dis plus jamais. Mais on se fait avoir facilement.

Alceste, l'écrivain de la «vérité vraie» dans votre roman, déclare «Distraire les jeunes faute de leur trouver du travail, les abrutir de basses telluriques pour qu'ils se mobilisent contre les mitraillages en terrasse (..) Et les jeunes générations se précipitent dans les rues, en masse, persuadés qu'il y a de l'héroïsme à danser sur le pont du naufrage. Gouverner, c'est distraire.» C'est votre avis?

On distrait les gens par des fêtes, des spectacles, des défilés, etc. pour que leur attention soit détournée de l'objectif sur lequel elle devrait se concentrer. Dans l'opinion de ce personnage plutôt psychorigide surnommé Alceste, c'est scandaleux. Malaussène serait plutôt du côté d'un Raisonneur comme Philinte, qui dirait: «dédramatisons». Moi je suis plutôt un Philinte.

Dans toute la saga, ce livre compris, il y a une séparation très nette entre bons et méchants. Les salauds le sont absolument.

Les gens absolument sans foi ni loi Existent, j'en croise tous les jours. Certains élaborent des projets de spoliation absolument conscients. La question des méchants est intéressante si l'on se pose la question de leur avidité, d'où ils viennent, de leur parcours, etc.

Combien de tomes viendront après celui-là?

Probablement deux. Trois, peut-être. Contrairement aux autres Malaussène, je n'ai pas imaginé de plan au préalable, je laisse aller l'écriture.

(TDG)

(Créé: 06.01.2017, 17h40)

Top 5 des incontournables de Daniel Pennac

Cabot-caboche (1982)

Devenu un classique de la littérature pour la jeunesse, le roman Cabot-Caboche raconte l'histoire de la relation tumultueuse entre Pomme, une fillette capricieuse, et Le Chien, un chien qui, depuis qu'il a été abandonné à sa naissance, n'a de cesse de chercher un foyer et des maitres aimants. Ses aventures lui font côtoyer ses semblables et le monde, parfois cruel, des êtres humains.

Ce livre illustré aux chapitres très courts s'adresse à un jeune public qui y découvre les valeurs de solidarité et de fidélité, mises en scène avec drôlerie et émotion.

La fée carabine (1987)

«Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du troisième âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits-enfants, et si on prétend que tout ça c'est ma faute, moi, je pose la question : où va-t-on ?»
Ainsi s'interroge Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, payé pour endosser nos erreurs à tous, frère de famille élevant les innombrables enfants de sa mère, cœur extensible abritant chez lui les vieillards les plus drogués de la capitale, amant fidèle, ami infaillible, maître affectueux d'un chien épileptique, Benjamin Malaussène, l'innocence même («l'innocence m'aime») et pourtant... pourtant, le coupable idéal pour tous les flics de la capitale.

Comme un roman (1992)

Cet essai se veut à la fois un hymne et une désacralisation de la lecture, ainsi qu'une invitation à réfléchir à la manière pédagogique de l'appréhender. Il constitue ainsi une critique des techniques, exigences et recommandations de l'éducation nationale.
Daniel Pennac raconte d'abord la détresse et le dégoût face à un livre d'un adolescent et les raisons que trouve sa famille pour se rassurer elle-même et excuser son garçon. Puis il fait un retour en arrière dans la vie de l'enfant pour trouver les raisons de cette aversion présente. Il montre d'abord les parents enchantés de faire la lecture à leur enfant et celui-ci, avec un appétit insatiable de lire. Il nous décrit alors la fatigue des parents au bout d'un moment et l' « amour » de la répétition chez l'enfant. L'entrée à l'école est décrite tout d'abord comme un émerveillement pour la maternelle et comme un soulagement pour les parents qui délaissent la lecture du soir car après tout « il peut lire tout seul ».


Messieurs les enfants (1997)

Vous vous réveillez un matin, et vous constatez que, dans la nuit, vous avez été transformé en adulte. Complètement affolé, vous vous précipitez dans la chambre de vos parents. Ils ont été transformés en enfants. Racontez la suite.


Chagrin d'école (2007)

Chagrin d'école est un roman autobiographique sur le parcours psychologique d'un cancre dans le système scolaire, en plus de plusieurs réflexions et anecdotes sur le propre parcours de l'auteur qui était lui-même un très mauvais élève. Il décrit l'importance du regard du professeur sur l'élève, l'impact sur les domaines qu'un individu va développer ou au contraire abandonner. Les verbatims illustrent fréquemment les effets apparemment inoffensifs du vocabulaire utilisé par les parents, les éducateurs ; les petites phrases de sa mère qui montrent le regard porté sur son fils, notamment lorsqu'elle l'interroge sur sa capacité à réussir dans la vie, alors que Daniel est devenu un personnage important de l'éducation.

Sources: Gallimard, lepetitlittéraire.fr, Wikipédia

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