Dan Wechsler, le Genevois qui séduit les festivals

Festival de Cannes Avec sa société, Bord Cadre, il a cette année deux films à Cannes et squatte souvent d’autres gros événements. Portrait.

Le producteur genevois Dan Weschler est associé à deux films présentés dans les sélections cannoises.

Le producteur genevois Dan Weschler est associé à deux films présentés dans les sélections cannoises. Image: Magali Girardin

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Pour la plupart des professionnels du cinéma, distributeurs, producteurs, réalisateurs, agents, Cannes sert quelque part de bureau où ils émigrent dix jours par année. Le producteur genevois Dan Wechsler, 43 ans, fondateur de la société Bord Cadre Films, est de ceux-là. D’autant plus qu’il est associé cette année à deux films, Los perros de Marcela Saïd, et Dopo la guerra d’Annarita Zambrano. Le premier est montré à la Semaine de la critique, le second à Un certain regard, deux des mythiques sections parallèles cannoises.

«Bord Cadre, je l’ai fondée avec Laurent Nègre, nous rappelle Dan Wechsler, qu’on a rencontré la veille de notre départ. C’était en 2004. Au début, je pense qu’on se cherchait et qu’on ne pouvait pas encore se définir comme producteurs. Nous avions démarré sur l’un des courts-métrages d’école de Laurent, Schenglet. C’est après ce film que la société a démarré, mais c’est grâce à Fragile (2006), le premier long de Laurent, qu’on s’est vraiment fait remarquer. Tout le monde y a mis du sien.»

De Berlin à Venise

Mais ce sont ses deux productions suivantes qui ont sans doute mis Bord Cadre sur orbite. «Il y a eu Aurora de Cristi Puiu (ndlr: sélectionné au Certain regard en 2011) et en parallèle Opération Casablanca (2011) de Laurent Nègre. Sur Aurora, nous étions minoritaires, mais le film a eu le mérite d’ouvrir la voie de la nouvelle vague roumaine qui déferle depuis. Pour Opération Casablanca, nous nous sommes en revanche endettés et avons pris pas mal de risques. Au point que le film aurait pu précipiter la chute de Bord Cadre. Il coûtait cinq millions, et il nous en manquait un. Heureusement, on a évité de justesse la mise en faillite. Et même s’il n’a pas marché, le film reste un cas unique dans le contexte du cinéma suisse.» Est-ce à partir de là que Dan Wechsler a changé sa manière d’aborder le cinéma? C’est hautement probable. «Je peux même dire qu’aujourd’hui, les festivals ont pris le dessus. Mon but, c’est que les films que je coproduis ou avec lesquels je suis associé se retrouvent sélectionnés dans des festivals importants.» En d’autres termes, à Cannes, Venise ou Berlin. Voire Locarno ou Saint-Sébastien. Or, c’est justement dans tous ces festivals qu’on retrouve depuis deux ans des films estampillés Bord Cadre. Vergine giurata de Laura Bispuri à la Berlinale en 2015, La región salvaje d’Amat Escalante à la Mostra en 2016, Cœurs cicatrisés de Radu Jude l’été passé à Locarno (il y a même remporté le Léopard d’argent) et La propera pell d’Isa Campo et Isaki Lacusta à Saint-Sébastien en 2016.

Productions indépendantes

Avec les deux sélections cannoises de cette année, la mission est accomplie au-delà de toute attente, a-t-on envie d’ajouter. «A la fin de 2017, cela me fera un catalogue de vingt films produits en tout depuis la création de la société. Mon but, c’est essentiellement de chercher le succès dans les festivals. Mes objectifs ne sont pas du tout commerciaux au sens où certains producteurs visent le box-office. Ce n’est pas notre cas. Pour nous, l’idéal est de se retrouver en sélection dans ces grands festivals. Dans cette optique, nous faisons un gros travail sur les marchés du film. Depuis bientôt quinze ans, je vais chaque année à Berlin, Cannes, Locarno, parfois à Venise. Quitte parfois à prendre des risques.»

Du coup, le financement des films Bord Cadre ne suit pas non plus les circuits usuels. Et contourne par exemple les demandes étatiques. «Je travaille pour cela étroitement avec le producteur indépendant genevois Jamal Zeinal Zade, qui s’est associé à l’essentiel de ma production récente. Dans la besace de Bord Cadres, il y a cinq autres projets en cours pour 2017. Et je me suis fixé une ligne de conduite, je dirais même une ligne éditoriale, avec des auteurs susceptibles de se retrouver dans tous ces festivals. Je prospecte dans ce sens.» Et parmi les projets en cours de Bord Cadre, il y a évidemment le prochain Laurent Nègre, L’ambassadeur, qui se fera cette année.

(TDG)

Créé: 18.05.2017, 16h22

Faire la fête, un dilemme shakespearien

Du vent dans les palmes

La chasse aux cartons d’invitation commence. Mais vu que certains deviennent numériques, par l’intermédiaire des codes-barres lus avec les smartphones, se les refiler de main en main entre deux files d’attente paraît plus rock’n’roll. Il n’empêche que les fêtes cannoises demeurent une activité à plein-temps pour bon nombre de festivaliers. «Oui, ceux qui n’ont rien à faire d’autre», me raconte un producteur croisé à la rue d’Antibes, qui jure ne plus perdre son temps avec ça. Se rappelant être allé à des parties sinistres où certains quémandent des contacts qu’ils n’auront jamais et boivent à l’œil pour éviter de sombrer dans l’ennui avant de s’époumoner sur des playlists qui ne font plaisir qu’à leur DJ. La Welcome Party du festival, instaurée en 2016 et accessible à tous les détenteurs d’un badge, a traditionnellement lieu le soir de l’ouverture. Elle s’appelle en toute modestie «the place to be», soit «le lieu où il faut être». Mais le dilemme n’a rien de shakespearien. «Etre ou ne pas être», se demandait Hamlet au tout début du XVIIe siècle. Ceux qui choisissent la seconde option ont rarement tort. Parce qu’il y a trop de monde, et donc qu’on n’y rencontre plus personne. Parce qu’entamer le capital de sommeil dès le premier soir s’apparente à une opération suicide. Et surtout parce qu’on venait de sortir du film russe en compétition, Faute d’amour d’Andreï Zviaguintsev, premier choc du festival, et qu’on avait sacrément besoin de le digérer avant d’en reparler.
P.G.

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