PEINTURE
Orsay ouvre son nouvel espace temporaire avec Gallen-Kallela
L’automne dernier, le Musée d’Orsay rouvrait complètement dans la douleur. Une grève du personnel sévissait les premiers jours ouverts au public, après vernissage(s). Revenus timidement, les visiteurs découvraient peu à peu un univers agrandi et coloré. Ce ne sont que rouge pétard, bleu nuit, noir profond et brun chocolat.
Tout en haut, sous les toits, se trouvait une immense salle, peuplée les premières semaines de grandes toiles académiques françaises du XIXe siècle, parfois empruntées à des musées de province. Un panneau indiquait cependant qu’il s’agissait là d’un nouvel espace d’expositions temporaires. Un lieu plus petit que les salles du rez-de-chaussée, vouées aux grandes noubas médiatiques. Le nouvel espace faisait du coup partie du circuit. Pas besoin de billet spécial pour le voir.
Grande épopée nationale
C’est un Finlandais, Akseli Gallen-Kallela, qui a ouvert les feux le 7 février. Complété par diverses joyeusetés consacrées à ce pays scandinave, l’accrochage a de quoi surprendre. Personne, à part quelques spécialistes, ne connaissait ce monsieur, portant spectaculairement représenté à Helsinki. Né en 1865, l’homme reste surtout connu chez lui pour ses grandes images racontant l’épopée du «Kalevala». Leurs aplats de couleurs et leurs cernes très graphiques évoquent la BD pour raconter une histoire comme il se doit pleine de fureur et de sang.
Mais Axel Gallen, qui «finnoisera» son nom en 1908 pour protester contre les rigueurs de l’occupation russe, n’a pas fait que ça. Le Musée d’Orsay rappelle qu’il a fait des études à Paris, où il peignait encore dans un style naturaliste. Puis qu’il est devenu un portraitiste recherché dans la capitale du grand-duché de Finlande, dont le grand-duc n’était autre que le tsar. C’est peu à peu qu’il va s’attaquer aux thèmes nationaux, après s’être intéressé à la vie rurale, puis au symbolisme international. Gallen-Kallela mourra en 1931, après avoir un temps vécu au Kenya.
Ouvrir le champ visuel
Sur les cimaises, bien sûr colorées, de l’exposition, le visiteur a l’impression de voir défiler au moins quatre créateurs différents. Difficile de faire le lien entre des œuvres d’inspirations si diverses. N’en demeure pas moins que certaines toiles se révèlent aussi étranges que fortes. Le but de la direction de l’institution, aujourd’hui pilotée par Guy Cogeval, est cependant surtout de montrer d’autres choses. C’est depuis vingt ans une des grandes ambitions d’Orsay que d’ouvrir large la curiosité du public.
Et pourquoi donc? Parce que les années 1848 à 1914, que couvre l’institution inaugurée en 1986, ont trop longtemps été perçues comme exclusivement françaises. N’existait vers 1980 aux pays des impressionnistes qu’un artiste né dans l’Hexagone ou ayant travaillé à Paris. On sait qu’au XIXe, siècle où l’on a peint des quantités invraisemblables de toiles, il a pourtant existé d’innombrables créateurs de Moscou à Madrid en passant, mais oui, par la Suisse.
Les Suisses aussi
Orsay propose donc des cours de rattrapage. De la Pologne à l’Angleterre, la Terre entière y aura bientôt participé. La Suisse aura aussi bien été représentée par Hodler que par Böcklin. Il demeure cependant beaucoup à faire, en rencontrant des adhésions très diverses du public. Pour Gallen-Kallela, la partie ne semble pas gagnée hors des visites guidées. Mais Hodler lui-même avait moyennement séduit, alors que l’Allemand Lovis Corinth, pourtant inconnu au bataillon, a fait un véritable malheur. Que voulez-vous? Dans le passé comme le présent, chacun opère ses choix.
Pratique
«Akseli Gallen-Kallela, Une passion finlandaise», Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion-d’Honneur, tél. 00331 40 49 48 00, site www.musee-orsay.fr Jusqu’au 6 mai. Ouvert du mardi au dimanche de 9h30 à 18h, le jeudi jusqu’à 21h45.
(TDG)Créé: 22.02.2012, 12h31
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