La Une | Mercredi 23 mai 2012 | Dernière mise à jour 16:26
PEINTURE

Le Mamco offre quarante de ses salles à Thomas Huber

Par Etienne Dumont . Mis à jour le 21.02.2012 1 Commentaire

L’artiste zurichois propose 347 œuvres. Il s’agit de refléter un univers très architectural, où la main de l’artiste disparaît avec une perfection glacée.

Thomas Huber, mardi matin, devant l’une de ses toiles aux perspectives vertigineuses.

Thomas Huber, mardi matin, devant l’une de ses toiles aux perspectives vertigineuses.
Image: Pascal Frautschi

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Changement de décor. Dans le cadre de «L’éternel détour», le Mamco a offert presque la totalité de ses salles à Thomas Huber, né en 1955 à Zurich. «L’an dernier, Sarkis avait sélectionné les œuvres qu’il voulait voir participer à sa rétrospective», explique Christian Bernard. Selon le directeur du musée, les choses se révèlent ici bien différentes. «Huber a non seulement procédé au choix, mais il a composé un scénario n’ayant rien du parcours chronologique. Chaque salle forme ainsi une séquence.» Et le tout tient de la superproduction, avec 347 œuvres. «Nous n’avions jamais organisé d’exposition aussi vaste.»

Thomas Huber, on le connaît depuis les années 80. L’homme allait à l’encontre de tout ce qui se faisait dans le (petit) monde de l’art. Si produire de la peinture redevenait alors une chose acceptable, après deux décennies d’aventures minimalistes, l’Alémanique ne répondait ni à l’expressionnisme des «Jeunes fauves» allemands, ni aux crépitements de la «transavant-garde» italienne. Le plasticien avait en fait trouvé sa voie. Il produisait des toiles résolument figuratives, où la primauté va à l’architecture, et parfois au texte. Peu de figures humaines dans cet art pourtant annoncé comme un combat entre le fond et la figure.

Un art clair, plat et maigre

A qui ressemblent alors les toiles de Thomas Huber, déjà présentées au Mamco en 1999, et souvent montrées tout près de là, à la galerie Skopia? A des constructions perturbant le réel. Huber se bâtit un monde, finissant par se demander si ce dernier, le vrai, ne constitue pas une vaste peinture concurrente. Il s’agit d’un art coloré. Froid dans la mesure où l’intervention de l’auteur se voit gommée au maximum. Plat, en dépit des perspectives. Maigre aussi. La couche picturale offre en effet le minimum d’épaisseur possible.

«Je vois peu d’évolution dans le travail de Thomas Huber», expliquait Christian Bernard dans la volubile conférence de presse de mardi matin. Impossible par conséquent de dater les 347 tableaux, dessins ou sculptures proposés au Mamco, dans un décor blanc ponctué de d’énormes maquettes reprenant des éléments picturaux. Au fil des ans, Huber prolonge. Rajoute. Rassemble. Se souvient. Certaines pièces se renvoient du coup les unes aux autres. Le tableau dans le tableau devient chez lui un thème récurrent.

Un discours sur le tableau

Et pourquoi cela? Parce que le thème majeur de l’auteur ne consiste pas en un discours abstrait sur l’art, mais dans un propos très concret sur la toile elle-même. «La profondeur du tableau est un avenir dangereux. On doit s’y confronter avec mesure afin de ne pas tomber dedans», est-il écrit quelque part. Un espace se voit ainsi dédié à l’atelier. Un autre aux réserves. Un troisième à l’exposition. «La tâche la plus noble d’un tableau est de susciter une occasion sociale.» Pas d’œuvre par conséquent, sans ce qu’on nomme pompeusement un regardeur.

Avec ses jeux de miroirs, ses contrastes entre «rire» et «larmes», «aujourd’hui» et «demain», cette peinture sans demi-tons, ni dégradés, ni ombres tient-elle la route sur un aussi long parcours? Oui, dans la mesure où elle se voit superbement mise en scène. Si la création du Zurichois constitue en plus bien un monde, il fallait également de la place, beaucoup de place, afin de le prouver. Et puis, osons le dire, même si le mot est depuis longtemps devenu tabou. Il y a, au-delà de la construction mentale, quelque chose de très décoratif chez Thomas Huber. Il a d’ailleurs exécuté de vastes fresques dans un lieu comme le Kunsthaus d’Aarau.

Enorme livre d’accompagnement

Deux choses pour terminer. L’exposition se voit prolongée par des panneaux en ville, suggérant de nouveaux chantiers, comme s’il n’y en avait pas assez à Genève. Un obélisque rue des Bains. Une villa Pictet à côté de la banque privée du même nom (qui sponsorise l’exposition…). L’opulente manifestation se complète par ailleurs, édité par le Mamco, d’un livre non moins dodu. «Mesdames et messieurs», où se voient réunies toutes les conférences prononcées par Huber entre 1982 et 2010, compte en effet 656 pages. Tout est en proportion…

Pratique

«Thomas Huber est au Mamco», Mamco, 10, rue des Vieux.-Grenadiers, Genève, jusqu’au 6 mai. Tél. 022?320?61?22, site www.mamco.ch Ouvert du mardi au vendredi de 12h à 18h, samedis et dimanches de 11h à 18h.

(TDG)

Créé: 21.02.2012, 13h06

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1 Commentaire

Antonio Giovanni

23.02.2012, 13:29 Heures
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Et voilà comment on fabrique un artiste: on expose à prix d'or tout ce qu'il a à vendre et on dit que c'est le meilleur Suisse de son époque; il suffit que les premiers gogos achètent, les autres suivront conseillés par leur marchand habituel qui se fera un grand honneur de leur piquer CHF 50'000.- au passage; et les gens qui vivent avec moins de CHF 900.- mensuels comment voient-ils tout cela ? Répondre



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