Bande dessinée
Tintin au pays de la parodie
Par Philippe Muri. Mis à jour le 14.02.2012 1 Commentaire
Mille millions de mille sabords! Quatre-vingts ans après avoir conquis l’Amérique, Tintin retourne aux Etats-Unis. Tintin? Voire… Sous le crayon de quatre dessinateurs de presse romands, dont le Genevois Calza, le petit reporter d’Hergé se nomme tour à tour Tintoin, Finfin, Taratatin ou encore T12. Autant dire que le quatuor, réuni sous la bannière de l’Atelier du Radock, évolue clairement au pays de la parodie. Rassemblés dans un élégant coffret, leurs mini-albums revisitent le mythe avec humour. «Notre but est de rendre hommage à une de nos lectures préférées ayant bercé notre jeunesse», expliquent en chœur Sen, Mibé, Roulin et Calza sur leur site Internet (www.siteadr.ch).
Clins d’œil
Troisième tome d’une trilogie entamée en 2004 et poursuivie en 2007, Le Radock en Amérique arrive à point nommé. «2012 correspond aux 80 ans de la publication de Tintin en Amérique. Une année également placée sous le signe de l’élection présidentielle américaine», rappelle Philippe Sen, un des initiateurs de cet ouvrage collectif. «Chacun d’entre nous a apporté sa vision des Etats-Unis et ce qu’on projetait sur Tintin.» Dans Vol 417 pour New York, le dessinateur du Journal de Morges multiplie ainsi les clins d’œil à l’œuvre d’Hergé: plaque d’immatriculation indiquant la date de décès du dessinateur belge, hôtel baptisé Cornasirop, etc.
Biberonné à L’affaire Tournesol, le Genevois Gilles Calza, collaborateur de l’hebdomadaire Terre & Nature, confronte pour sa part Tintin – pardon, T12! – aux superhéros américains type Batman, Hulk ou Spider-Man dans T12 number one aux States. Au dos de leurs petits livres en format A6, les joyeux drilles du Radock vont jusqu’à singer les mythiques dos de couverture des Tintin de la belle époque avec des titres aussi improbables que L’idylle noire, L’affaire Rastacrados ou On a zappé sur Saturne…
Comme des petits pains
Le sens de l’humour de la bande des quatre a vite plu à un public d’aficionados. Volontairement tirés à un nombre restreint d’exemplaires (500 pour le coffret du Radock en Amérique), leurs albums se vendent comme des petits pains. «On ne s’attendait pas à un tel engouement, notamment de pays non francophones», avoue Calza en constatant que des commandes leur parviennent d’Italie, d’Espagne, du Portugal et même de République tchèque.
Si les tintinophiles de tout poil s’arrachent ces versions secouées de Tintin, la plaisanterie n’apparaît toutefois pas du goût de tout le monde. «On nous a reproché de nous faire «des couilles en or» en profitant de la notoriété de Tintin», relève Sen. Une accusation sans fondement, selon Calza: «C’est avant tout la passion qui nous anime. Une fois les frais d’impression, de reliure et les remises aux libraires déduits, on gagne très peu par rapport à l’investissement que cela nous demande.»
«Le Radock en Amérique», par Calza, Mibé, Roulin et Sen. Le coffret se commande sur www.siteadr.ch. En librairie: L’Oreille Cassée, rue Rousseau 14, à Genève et Le Sphinx d’Or, à Saint-Julien-en-Genevois. (TDG)
Créé: 14.02.2012, 10h13
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