Le cabaret érotique fait un tour au Zoo

Reportage à l'UsineDimanche, on s’est plongé dans l’univers moite et glamour de Tout de suite, duo de chansons sans tabous ni complexes.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Elle apparaît en robe à fuseau noire, sa toison blonde irradiant dans la lumière du projecteur. Debout entre les tables du Zoo, elle chante son ennui: «Je suis seule dans mon appartement, les voisins du dessus font du bruit…» Elle ondule, gémit, esquisse un délicat trémolo. Puis se saisit du verre de bière d’un spectateur pour le renverser lentement du haut en bas de son corps moulé de satin.

Il est en pantalon de Skaï noir, sa voix est fluette, qui monte vers d’improbables aigus avant de retomber sur le tapis rouge disposé en croix au milieu de la salle. «Je suis nu, tu es nue, on s’est reconnu…» Ils dansent. Elle lui susurre des «Mmmh…», et décide, enfin, de s’agripper aux bras d’un visiteur. La musique est pop, variété même. Ce pourrait être du Goldman, dont les paroles auraient perdu tout sens de la retenue. Sans tabou ni complexe, le duo Tout de suite, dont c’était à l’Usine la première apparition en trois ans d’existence, fait rimer «Touche ma bite et tu verras que je bande» avec «accepte cette offrande». Une strophe bien innocente en regard de ce «sandwich grec» qu’on nous dit «suant». Entre postures salaces et romantisme affecté, les crudités se confrontent à la douceur de vivre. Beaucoup de «doigts», de «chatte», «bite» et «clitoris», un délicat passage gérontophile, de l’amour, souvent glamour en fait.

De la scatophilie aussi. Mais point d’homosexualité, par exemple. Au centre de ces ébats purement littéraires, le duo se débat sans rien montrer de plus, ou si peu. Un peu de Madame tout de même, ses fesses à lui finalement. Avec crème chantilly en guise de cerise sur le gâteau d’un spectacle pour le moins émoustillant. Le public, nombreux ce dimanche soir, rit de plus belle, quelques rares jeunes gens rougissent. Au terme d’une ultime reptation sur le tapis de scène, Tout de suite lance un timide «Bonsoir Genève».

Presque incongru.

Le duo vient de Paris, elle est issue du théâtre, lui de la chanson à textes. Ensemble, ils procèdent à la vidange de pulsions somme toute très conventionnelles. Et pourtant, le spectacle fascine. Et si nous faisions l’amour ce soir - c’est le nom du spectacle - tourne depuis quelques années déjà. Il est arrivé à Genève après une soirée au festival BD-Fil, où le duo accompagnait les bédéistes des Requins marteaux. Tout de suite tourne dans des cadres parfois antithétiques: castés par l’émission de téléréalité La France a un incroyable talent, qui ressert aujourd’hui encore la séquence dans son best of, Tout de suite s’est même fendu d’un petit film tout ce qu’il y a de mieux fabriqué. Et continue de fréquenter le théâtre de rue, comme au festival de Châlon-sur-Saône, référence majeure en la matière.

De retour des loges après le show, Elle et Il nous expliquent leur travail, accompagné par un troisième larron dont l’importance est capitale pour le duo, l’éclairagiste, lui aussi performeur à ses heures: «Au départ, notre intention n’était pas de provoquer. Ce n’est qu’après coup que nous avons découvert le potentiel subversif de notre duo. Nous y tenons désormais. Car il y a lieu de constater que quarante ans après la révolution sexuelle, le sexe reste un immense tabou. Tout de suite, c’est plus que du cul: c’est une tentative de résumer la complexité de l’amour en partant du postulat qu’aujourd’hui, entre deux personnes consentantes tout est permis, même la scatologie.»

Trash, Tout de suite? «Du trash glamour alors. Il y a un côté naïf, c’est un petit peu romantique. La musique de variété est là pour créer un décalage avec les textes. Surtout, nous tenons à rester sincères. On pourrait vite tomber dans le potache. Dès lors qu’on parle de cul, forcément, tous les gestes, tous les mots deviennent cul. On conseille notre spectacle dès 14 ans. Mais ceux qui apprécient le plus, ce sont les petits vieux.» Et pourquoi parler de sexe, finalement? «Parce que ça nous intéresse.» Tout simplement. (TDG)

Créé: 16.09.2013, 16h53

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Fête de la musique
Plus...