EXPOSITION
La Pinacothèque de Paris se penche sur les expressionnismes
Tout a commencé très discrètement en 2003. La Pinacothèque de Paris logeait alors rue du Paradis. Elle n’a pas tardé à déménager dans d’anciens magasins du traiteur Fauchon, derrière la Madeleine. C’était en 2007. L’appétit venant en mangeant, l’institution privée a conquis en 2011 un bâtiment situé non loin de là, rue Vignon. Plusieurs expositions peuvent se tenir aujourd’hui en même temps. Le directeur Marc Restellini est même parvenu à créer l’amorce d’un musée permanent avec des œuvres confiées par des privés.
Dire que le lieu reste très contesté par les spécialistes et les amateurs exigeants tient de la litote. Il faut dire que Restellini ne reste pas dans une fausse ombre, comme Léonard Gianadda à Martigny. Il se met en pleine lumière, avançant des arguments plutôt décoiffants pour les historiens de l’art. Dans une de ses actuelles présentations, dédiée à la peinture des Pays-Bas au XVIIe siècle, le Français parle ainsi de l’influence de la Contre-réforme papale sur la Hollande protestante. On croit rêver…
Un pluriel nécessaire
Il n’en reste pas moins que l’homme possède le don de persuasion. Marc Restellini obtient des prêts que certains musées officiels auront difficilement. Sa dernière grande manifestation en date est vouée à l’expressionnisme des années 1905 à 1914. Un choix judicieux. Contrairement à ce qui se passait il y a encore vingt ans, tout ce qui vient d’Allemagne jouit aujourd’hui d’un préavis favorable. Il suffit de voir le triomphe qu’ont réservé les Parisiens à Cranach (au Luxembourg) ou au fort peu connu Lovis Corinth (à Orsay).
Pilotée par Ralph Melcher et Raimund Stecker, l’exposition du moment s’appelle «Expressionismus et expressionismi». Un clin d’œil. Alors placé sous l’égide de Fiat, le Palazzo Grassi avait intitulé en 1986 sa manifestation d’ouverture «Futurismi», afin de bien montrer la pluralité du genre. Une diversité qui se retrouve au même moment en Allemagne. Il y a bien d’une part «Die Brücke», parti de Dresde, et de l’autre «Der blaue Reiter», gravitant autour de Munich. Les panneaux d’explication voient dans ces mouvements, «divergents mais non antagonistes», toutes sortes d’oppositions. Die Brücke serait ainsi libéral et sensible tandis que le Cavalier bleu donnerait dans le cérébral et le dogmatique…
Kandinsky exceptionnel
Tout cela se remarque peu aux murs, qui sont par ailleurs (et c’est le plus important) couverts de pièces admirables. L’exposition se révèle en plus d’une taille considérable. Déclinée par thèmes, elle regroupe près de 300 œuvres. Les plus grandes institutions germaniques ont prêté, de l’Osthaus d’Hagen au Wilhelm Lehmbruck Museum de Duisbourg. Si les toiles forment la majorité des objets présentés, les créations sur papier n’ont pas été oubliées. Or l’aquarelle, et surtout la gravure sur bois forment des éléments majeurs de l’expressionnisme.
Certains artistes se voient plus abondamment représentés que d’autres. Kirchner, Nolde, Schmidt-Rottluff ou Marianne von Werefkin se révèlent ici à leur aise. Franz Marc ou August Macke moins. Il fallait enfin à une telle exposition un scoop. Il vient de Tbilissi, en Géorgie. C’est là qu’a été retrouvée, dans les années 1970, la première peinture «non objective» de Kandinsky, peinte à Munich en 1911. «Tableau avec cercle» avait été montré à Moscou en 1986. Le voici à Paris. Une splendeur, même si on s’éloigne tout de même de l’expressionnisme avec l’abstraction…
Pratique
«Expressionismus et expressionismi», Pinacothèque de Paris, 28, place de la Madeleine, jusqu’au 11 mars. Tél. 00331 42 68 02 01, site www.pinacotheque.com Ouvert tous les jours de 10h30 à 18h30, le mercredi jusqu’à 21h L’institution présente aussi, jusqu’au 10 juin, «Les masques de jade Maya».
Créé: 30.01.2012, 15h25
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