LES EXPOSITIONS DE L’ÉTÉ (10)
Beaubourg exalte l’architecture italienne avec «La Tendenza»
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Construit par le tandem Richard Rodgers-Reno Piano et ouvert en 1977, le Centre Pompidou se devait de s’intéresser à l’architecture du XXe siècle. Il le fait irrégulièrement, comme pour montrer qu’il ne s’agit pas là d’une priorité. En ce moment, au quatrième étage, il propose ainsi «La Tendenza» dans ses cabinets de dessins. Conçue par Frédéric Migayrou, l’exposition se veut un hommage à l’Italie des années 1965-1985.
Tout commence en réalité bien plus tôt. En 1945, l’Italie se réveille avec une formidable gueule de bois. Elle est libérée, certes, mais à quel prix! Des quartiers entiers de certaines villes ont disparu sous des bombardements qu’on n’a longtemps pas osé dire alliés. D’innombrables gens se retrouvent dans la rue, alors que l’économie est, elle aussi, en ruine.
Méthodes artisanales
Que faire? Lancer de grands programmes de reconstructions. Pour une fois, même si Mussolini avait beaucoup taillé dans le gras, ils concernent des centres urbains. Historiques. Si Venise ou Rome ont bien tenu le choc, il n’en va pas de même pour Turin, Padoue et surtout Milan. En 1949, le ministre du Travail et des Affaires sociales Amintore Fanfani lance ainsi un programme de 350?000 unités de logement. Il s’agit également «d’offrir des chances à tous les architectes qualifiés, sans distinction d’appartenance régionale.»
Beaucoup de bâtisseurs débuteront ainsi, tandis que de vieux routiers (comme Gio Ponti, Carlo Mollino ou Pier Luigi Nervi) termineront les chantiers laissés interrompus par la guerre ou se lanceront dans des constructions de prestige. C’est aussi l’occasion d’une réflexion. Fanfani veut encourager les méthodes artisanales, qui ont le double mérite de maintenir des savoir-faire et de diminuer le chômage. Pour ce qui est de l’esthétique, la question devient celle de l’intégration harmonieuse d’édifices nouveaux dans un tissu ancien. On sait que les Anglais ou les Allemands s’en soucient comme d’une guigne. Cautionnés par les avant-gardes des débuts du XXe siècle, ils sont «brutalistes». Les villes tentent souvent aujourd’hui le moyen de réparer les dégâts.
La «ville analogue»
Vers 1965, on en est ainsi arrivé, en Italie, à l’idée d’une «ville analogue». Il faut maintenir d’idée d’une cité édifiée en un très long temps. Pas de table rase. La mémoire collective doit être maintenue, tout en innovant. Conçue par le bureau BBPR, la fameuse Tour Velasca de Milan fait référence aux clochers, ou aux fortifications du Castello Sforzesco. Idem pour les fameux immeubles de Mestre, près de Venise. Tout de béton, ils semblent sortis d’un tableau de Carpaccio.
Il y aura alors beaucoup d’ouvrages théoriques et quelques figures marquantes dans les années 70 et 80. La plus importante reste celle d’Aldo Rossi (1931-1997), dont l’architecture restera surtout de dessins et de textes. Citons aussi Carlo Aymonimo (1926-2010). Ce sont eux les vedettes de «La Tendenza», qui regroupe des œuvres sur papier appartenant au Centre Pompidou. Il y a là des achats, certes, mais aussi beaucoup de dons. Les volumineuses archives de certains bureaux cherchent volontiers un débouché. Le public verra en revanche peu de maquettes…
Le «Théâtre des mondes»
Passionnante, mais un peu ardue, l’exposition se termine avec le «Théâtre du Monde». Tour de bois éphémère et flottante, elle a été conçue par Aldo Rossi en 1979. Ce bâtiment, devenu mythique, s’est baladé de Venise à Dubrovnik. Le théâtre éphémère devait réconcilier l’ancien et le moderne. Notons que son édification précédait de peu le première Biennale d’architecture de Venise, ouverte en 1980. Une Biennale dont la 13e?édition commence cette année le 29 août sous la direction de David Chipperfield, le pavillon suisse se voyant confié à Miroslav Sik.
L’architecture postmoderne de «La Tendenza», qui a beaucoup fait école aux Etats-Unis (citons Michael Graves), n’a aujourd’hui plus trop la cote. Nous n’en sommes pas revenus pour autant au rationalisme des avant-gardes, pour qui l’usage devait dicter la forme. Nous voici dans l’ère de l’architecture bling-bling. C’est à qui aura le gratte-ciel le plus haut et le plus baroque.
Pratique
«La Tendenza», Centre Pompidou, Niveau 4, Paris, jusqu’au 10 septembre. Té. 00331 44?78?12?33, site www.centrepompidou.fu Ouvert du mercredi au lundi de 11h à 21h.
(TDG)Créé: 10.08.2012, 10h16
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