Quand les corps disparaissent du cliché

ExpositionAu Centre de la photographie Genève, Jacques Berthet et Martin Widmer proposent des séries inédites, marquées par l’absence humaine.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Place Bel-Air, extérieur jour. Le bitume, les passages piétons, les rails de tram et la banque. Pas une âme à l’horizon mais des palissades jaunes qui murent le pied de l’édifice noir. Ceux qui étaient à Genève en 2003 associent immédiatement l’image aux événements qui ont secoué la ville au mois de juin de cette année-là: les émeutes liées au sommet du G8.

Dans la série de photos réalisée en une journée par Jacques Berthet il y a treize ans, les palanques ne portent pas encore les stigmates de la révolte. Car les clichés de Rumeur sur la ville ont été pris avant les manifestations de rage des casseurs, dans un but purement documentaire sur mandat du Département des constructions du Canton. Le Centre de photographie a choisi d’exposer la première phase d’un travail qui en comporte trois: avant, pendant et après le passage des déprédateurs.

Paysages urbains sans âmes

Pour ce premier corpus, le photographe genevois a pris le parti d’écarter du champ toute figure ou activité humaine. Quitte à patienter, derrière le boîtier de son Hasselblade, que les passants se soient évanouis du cadre. Il en résulte un sentiment de pénétrante étrangeté. Devant ces paysages urbains qui ont perdu leurs âmes et ces rez-de-chaussée aveugles, le spectateur se sent saisi du vertige de l’attente et du vide. Le jaune pourtant joyeux des barricades se fait mauvais présage: de quel malheur cette ville manifestement nantie cherche-t-elle à se protéger?

Quoique fort différente, l’exposition consacrée à Martin Widmer, L’Ambiguïté où la Morte Inoubliée, déroule également la thématique de l’absence humaine. Articulée autour d’instantanés du même miroir et d’un texte rédigé sous hypnose, la réflexion du plasticien né à Neuchâtel prend à rebours l’idée selon laquelle la photographie s’apparente au reflet.

Ni l’œil de l’artiste ni celui de son objectif n’apparaissent en effet sur la pellicule. Seule la glace se donne à voir, objet monochrome ou profondément texturé selon les éclairages, tendant plus ou moins vers l’abstraction. Martin Widmer fera lecture de son texte, pensé comme un dispositif narratif «permettant de traiter en mouvements la question de l’image et de l’objet» le mardi 3 mai à 18 h.

«Un art de la disparition», Centre de la photographie Genève, 28, rue des Bains, jusqu’au 8 mai. (TDG)

(Créé: 10.03.2016, 16h39)

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La police française poursuit un trafiquant en Suisse
Plus...