Les ailes du bouzouki

MarionnettesAu TMG, la compagnie Tête dans le sac – marionnettes joue les oiseaux migrateurs avec «Aman’ Aman’».

La sinueuse Loukoukoum exécute une danse du ventre avec le lapin géant. Le public préado d’«Aman’ Aman’» en redemande!

La sinueuse Loukoukoum exécute une danse du ventre avec le lapin géant. Le public préado d’«Aman’ Aman’» en redemande! Image: CAROLE PARODI

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«Heureusement qu’il y a la musique, autrement on se rappellerait rien», commence une vieille poupée amnésique, tandis que luth, clarinette et piano gémissent une complainte fleurant bon les Balkans. Les écoliers qui bourdonnent sur les gradins du Théâtre des Marionnettes sont fixés. Aman’ Aman’ les embarque dans une odyssée musicale les conduisant aux portes de la Méditerranée, quelque part entre la Grèce et la Turquie, où ils croiseront des migrants chargés d’histoire qui s’exilent en sens inverse. Un voyage à travers le temps et l’espace sur les ailes d’airs populaires, un périple sur le thème de la frontière.

Pour les chroniquer selon les codes de la tradition orale, la compagnie genevoise Tête dans le sac – marionnettes emprunte une route à deux voies parallèles. D’un côté, derrière un castelet transformable, Cécile Chevalier et Franck Fedele manipulent toute une galerie de marionnettes expressives et grotesques – à tiges, à gaine ou mécanisées. De l’autre, Fred Commenchal, Géraldine Schenkel et Pascal Demonsant essorent leurs oud, laouto, bouzouki, zurna, bandonéon et cornemuse de Thrace jusqu’à la dernière goutte de spleen. Par moments, même, les rythmes crétois ou anatoliens extirpent à leurs gosiers un lointain chant d’amour.

Quant au ciment narratif, le spectateur préado qui assistait à la scolaire mardi s’apercevait vite qu’il n’y en a pas. Au métissage instrumental répondrait plutôt un méli-mélo de saynètes. Au gré duquel on voit défiler, dans un désordre assumé, une voluptueuse danseuse du ventre, des souris derviches, des oiseaux migrateurs ou un prof dérivant de la géo vers la philo. Hirsute, leur dégaine vante les vertus de la bricole. Idem, leurs répliques privilégient la mixité des styles comme des propos.

Alors, quoi? A quelle boussole se fier au milieu de ce bric-à-brac? Eh bien, à la mélopée du titre, douce autant que mystérieuse. Car «aman’ aman’» n’est ni la version albanaise d’«amen» ni l’équivalent hellénique du braiment d’âne. Mais «un mot qui aide le musicien à se mettre en train», expliquera Frank Fedele en fin de représentation. Ou l’expression intraduisible d’un blues commun à tout le bassin méditerranéen, qui évoque en chanson un sentiment voisin de la pitié, du regret et de l’impuissance. Quoiqu’aucun des artistes ne plonge ses racines dans les Balkans, ils parviennent, par la grâce d’une migration imaginaire et musicale, à restituer la nostalgie qui plane sur la mer Egée.

Aman’ Aman’ TMG, 8-12 ans, jusqu’au 22 mai, 022 807 31 07, www.marionnettes.ch (TDG)

Créé: 03.05.2016, 17h28

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