Quel nouveau capitaine pour le Grand Théâtre?

OpéraLe départ annoncé du directeur, Tobias Richter, au terme de la saison 2018-2019, place la maison face au défi délicat du choix de son successeur. Les critères de sélection sont exigeants.

Le directeur de l’opéra doit «posséder les caractéristiques d’un leader capable d’exercer un ascendant naturel sur toutes les équipes œuvrant dans la maison.»

Le directeur de l’opéra doit «posséder les caractéristiques d’un leader capable d’exercer un ascendant naturel sur toutes les équipes œuvrant dans la maison.» Image: JOSHBLAKE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est un paquebot de taille considérable, qui accueille chaque année des milliers de visiteurs et dont le fonctionnement – de la salle des machines à la cabine de commandement – nécessite la participation de centaines de personnes. Le Grand Théâtre de Genève, c’est cela: une structure imposante animée telle une fourmilière par une multitude de corps de métiers. En la traversant de bout en bout, on croise de fins artisans de la scène et des techniciens spécialisés, des professionnels de la gestion financière, des artistes et d’autres figures encore tout aussi indispensables. Voilà donc trois cents employés, auxquels s’ajoutent des collaborateurs intermittents et des artistes invités. Chaque saison, plus de mille personnes contribuent ainsi à rendre possible et visible à Genève l’art de l’opéra et du ballet.

Une vitrine internationale

Or ce beau navire doit faire face à un défi délicat et de taille, posé par le départ de son capitaine, Tobias Richter. Le directeur de la maison lyrique a signifié, le 1er octobre dernier, l’intention de quitter ses fonctions au terme de la saison 2018-2019. Un règne long de dix ans s’achèvera alors. Comment en ouvre-t-on un nouveau?

Pour éloignée que puisse paraître l’échéance, le choix du successeur doit s’opérer rapidement, «durant le premier semestre de 2017», précise Sami Kanaan, magistrat en charge de la Culture et du Sport à la Ville de Genève. Les annonces ont du reste déjà commencé à paraître vendredi dans la presse.

Cette hâte est déterminée par les temps de programmation, si particuliers au sein des maisons lyriques, chaque saison étant planifiée avec deux, parfois trois ans d’avance. «Le futur directeur devra être en mesure de programmer très vite ses futures saisons, note Lorella Bertani, présidente du conseil de fondation du Grand Théâtre. Pendant cette période de transition, il n’aura bien sûr pas la charge de diriger la maison, et il ne sera pas non plus employé à 100%.»

Le profil de la personne nommée devra présenter des traits définis clairement. Sa mission première sera de conserver la place de choix qu’occupe aujourd’hui le Grand Théâtre dans le paysage lyrique international. «Cette institution est tout à fait fondamentale pour Genève, puisqu’elle contribue à l’attractivité de la ville», explique Sami Kanaan. Pas de doute, la réalisation de cet objectif dépendra grandement du bon choix qu’opérera la commission appelée à se prononcer (lire ci-dessous). Quel est le profil recherché? «La personne désignée devra présenter un programme artistique fort, note Lorella Bertani. Le public attend du Grand Théâtre des propositions variées, intégrant bien sûr les grandes œuvres du répertoire, mais aussi des pièces moins connues, baroques et contemporaines.»

L’importance du carnet d’adresses

A ces compétences artistiques s’ajoutent celles liées à la gestion managériale de la structure. Lorella Bertani ajoute à ce titre que «le directeur devra posséder les caractéristiques d’un leader capable d’exercer un ascendant naturel sur toutes les équipes œuvrant dans la maison. Il devra être en mesure de maîtriser, avec le secrétaire général, les contraintes budgétaires.»

Il y a enfin un trait crucial auquel tant la présidente que Sami Kanaan accordent beaucoup d’importance: le carnet d’adresses. «Des relations larges et un réseau solide permettent de bâtir des coproductions avec d’autres institutions lyriques et d’intégrer dans les distributions des artistes de renom, souligne Lorella Bertani. Ce même carnet doit aussi faciliter la recherche de fonds.» Cet apport financier, qui a trait au sponsoring et au mécénat, constitue une manne précieuse venant s’ajouter aux entrées liées à la billetterie et à celles des subventions publiques (40 millions par an proviennent de la Ville entre subventions directes et indirectes, 2 millions du Canton, 2,5 millions de l’Association des communes genevoises).

Le processus de nomination est aussi l’occasion, pour Sami Kanaan, de rappeler une nécessité: «Plus que jamais, le Grand Théâtre de Genève doit s’ouvrir en renouvelant et diversifiant son public, et en renforçant sa collaboration avec les autres acteurs culturels.» Perçue trop souvent comme une citadelle parlant aux élites de la région, l’institution rencontre là son défi le plus important.


La succession se dessine

Vendredi passé, le Grand Théâtre a publié dans la presse ses premiers appels à candidature pour le poste de directeur général. Le processus de succession débute ainsi dans la foulée de l’annonce de Tobias Richter, qui a signifié le 1er octobre dernier son retrait au terme de la saison 2018-2019. Conformément aux habitudes de la maison, les annonces seront étendues aux sites Internet et à plusieurs organes de presse spécialisés. La première échéance est fixée au 15 novembre, date limite pour le dépôt des dossiers de candidatures. La suite? Elle sera du ressort du Bureau du Grand Théâtre, sorte d’instance exécutive de la maison, qui nommera le successeur de Tobias Richter. A ses quatre membres s’ajoutent deux figures invitées et un représentant de la Ville de Genève. (TDG)

Créé: 16.10.2016, 17h37

Avec l’OSR, une entente cordiale. Enfin!

Contrairement à d’autres institutions lyriques en Europe, qui peuvent compter sur leurs propres formations dans la fosse, le Grand Théâtre doit faire appel aux prestations d’une entité externe à la maison, l’Orchestre de la Suisse romande (OSR). Cette situation accroît la complexité de la planification de ses activités et l’organisation de ses saisons.
L’OSR passe 40% de son temps entre les murs du Grand Théâtre. Une nouvelle convention, signée voilà deux ans, a permis de mieux définir la relation étroite qui lie l’orchestre à la maison lyrique, et d’aplanir ainsi des rapports parfois turbulents entre les deux institutions. Est-ce que tout coule pour autant tel un fleuve tranquille? «Les deux maisons sont alliées, mais chacune présente ses propres fonctionnements et poursuit ses objectifs, note Lorella Bertani, présidente du conseil de fondation du Grand Théâtre. Des marges d’amélioration existent, notamment dans la planification des répétitions, des représentations et des tournées qui occupent l’orchestre.»

De son côté, la présidente du Conseil de fondation de l’OSR, Florence Notter, salue le travail accompli avec le Grand Théâtre, et les relations constructives entre les deux institutions, qui se sont nettement améliorées avec la signature de la nouvelle convention: «Cette grande maison, c’est d’abord un esprit, qui ne cesse d’être dans l’excellence depuis 1879, une scène internationale, un point central en Europe, une étape reconnue et attendue par de nombreux chefs d’orchestres, chanteurs et divas. Chaque directeur et directrice aura imprimé un style, un répertoire, une gestion différente, qui apportent au bel édifice la capacité de s’adapter, d’évoluer, et aussi de surprendre, de choquer, de captiver et bien sûr d’émouvoir un large public. Paris, Berlin, Vienne et Zurich nous envoient régulièrement leurs critiques des grands journaux et magazines. L’OSR bénéficie de leur venue, ils sont très attentifs à ce qui se passe dans la fosse d’orchestre!»

Un souhait pour le futur? «Je crois que nous pourrions nous concerter encore plus lorsqu’il s’agit de désigner les chefs d’orchestre appelés à diriger l’OSR dans la fosse du Grand Théâtre. Ceux-ci, de par leurs qualités et leur envergure, jouent un rôle essentiel dans l’éclat artistique et technique de l’orchestre.» Quant à la nomination du successeur de Tobias Richter, Florence Notter exprime le vœu que son institution soit consultée dans le processus de sélection. Ce droit de regard n’étant pour l’heure pas mentionné dans la convention.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Régularisation des sans-papiers: les employeurs inquiets
Plus...