LES LIVRES DE L’HIVER (11)
Pascale Kramer réussit un «Gloria» en demi teinte
Par Etienne Dumont. Mis à jour le 18.01.2013
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Il n’aurait pas dû. Mais vous savez comment sont les gens. Ils se laissent aller à leurs sentiments. Ils font «quand même». Heureusement, d’un certain côté! Autrement, il n’existerait pas de romans. La plupart des fictions partent d’un acte déraisonnable. D’un acte consciemment déraisonnable même, s’il s’agit d’un texte un tant soit peu ambitieux. La suite apparaîtra d’autant plus inexorable.
Dans «Gloria», le nouveau livre de Pascale Kramer, Michel sait ainsi qu’il ne devrait pas rejoindre chez elle cette jeune femme, dont il s’est naguère occupé. Dans ce qui est devenu une autre vie, l’homme aidait des femmes en difficulté et leurs enfants. Des bruits ont couru. Il aurait eu des gestes. Des attouchements. L’éducateur s’est fait renvoyer, sans que nul ne prenne sa défense. Il est redevenu orthophoniste. Sa véritable profession.
Voix discordantes
Seulement voilà! Gloria lui faisait confiance. Elle l’écoutait. Il était même parvenu à lui faire garder le bébé que les parents adoptifs de la jeune femme voulaient faire avorter. Naïs constitue donc un peu sa fille. Elle l’est d’autant plus qu’en dépit de nombreux traitements il n’est jamais parvenu à avoir un enfant de Judith. Leur couple a fini par éclater. A l’amiable, certes. N’empêche qu’il s’est retrouvé seul, jusqu’à cet appel de Gloria.
Michel va bien sûr s’engluer dans des situations fausses, et potentiellement dangereuses. Il n’y a pas que Lucie, dite Gloria. Une fausse simple qui joue les manipulatrices. Il y a le compagnon de cette dernière, un homme illettré d’environ 60 ans, dont le lecteur apprendra qu’il est Arabe à la page 86. La mère adoptive. Une amie intrusive de Gloria, Marie. Et une camarade à lui. Eva, qu’il découvre victime de violence conjugale. Impossible de s’entendre avec toutes ces voix discordantes…
Un récit très abouti
Pascale Kramer raconte son histoire, qui se déroule sur de nombreux mois, de manière directe. La Genevoise, qui publie pour la première fois chez Flammarion après avoir été longtemps au Mercure de France, concentre, comme toujours, l’attention sur ce qu’elle dit, et non la manière dont elle le fait. Les auteurs français tendent en effet trop à vendre de la belle écriture. Ici, le récit progresse avec l’action, parfois surprenante. Comme dans la vie, il n’arrive pas toujours ce qu’on croit. Les détails sonnent vrai. Sans doute parce que nous sommes parmi les gens réels, qui vivent en banlieue, et non chez les fantoches des Saint-Germain-des-Prés.
On l’aura compris. «Gloria» se révèle l’un des livres les plus aboutis de l’auteure de «Les vivants» ou d’«Un homme ébranlé». Il s’agit là d’un roman discret. Sans esbroufe. Sans folie. D’un roman non romanesque, en quelque sorte. La fin reste d’ailleurs largement ouverte. Le lecteur peut néanmoins supposer que le dernier chapitre conclut l’affaire. Pas trop mal. Michel en a sans doute fini avec Gloria, cette femme «totalement incapable d’être ailleurs qu’en elle-même.»
Pratique
«Gloria», de Pascale Kramer, aux Editions Flammarion, 154 pages. Sortie le 9 janvier.
(TDG)Créé: 18.01.2013, 19h03
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