EXPOSITION
Paris expose les plans reliefs des villes fortifiées de France
Parfois interminable, une file serpente devant le Grand Palais. Un public plutôt jeune vient regarder des choses pouvant pourtant sembler très vieilles.
Il y a donc foule, sous la Nef vitrée, pour voir seize plans-reliefs conservant l’image d’une France aujourd’hui disparue (Brest a par exemple été détruite à 80 pour-cent par les bombes alliées en 1944). L’illusion se révèle il est vrai parfaite. Partis de relevés d’une incroyable précision, des centaines d’artisans ont donné entre 1668 et 1873 des maquettes de Besançon, Saint-Omer, Montmélian ou Cherbourg, où pas la moindre fenêtre n’a été oubliée.
Une idée très précise
Genève connaît dans le genre le «Relief Magnin», aujourd’hui conservé dans les combles de la Maison Tavel. Si le résultat peut sembler analogue, le but était cependant autre. Notre relief tenait du devoir de mémoire. Présenté à l’Exposition nationale suisse de 1896, il montrait une Genève alors évanouie. Ses fortifications, parmi les plus importantes d’Europe, avaient sauté dès 1850.
Les plans reliefs imaginés pour les rois des France, puis les deux Napoléon, entretenaient, eux, des ambitions militaires. Il s’agissait de représenter des places fortes et leurs environs pour mieux les attaquer ou les défendre. Etalés sur de grandes tables, les reliefs pouvaient ainsi atteindre une dimension incroyable. Près de deux cents mètres carrés pour Cherbourg et sa rade!
L’idée de base, proposée par le ministre Louvois à Louis XIV, était simple. La cartographie, par ailleurs balbutiante à l’époque, ne donnait pas l’idée exacte des lieux. Comment sentir sur le papier le gouffre séparant Luxembourg et deux ou les marais entourant alors Strasbourg? Le relief soulignait, lui, les escarpements, les collines boisées, ou au contraire le plat des prairies. Le roi pouvait suivre de Paris les affrontements qu’il avait suscités au loin. Il lui était aussi permis de discuter l’opportunité d’une fortification en montagne, qui allait fatalement coûter fort cher à un Trésor toujours asséché.
Multiples voyages dévastateurs
Mines de renseignements, les maquettes ont suivi l’évolution militaire et urbaine. Elles sont parfois parties dans les bagages des conquérants. Les Prussiens en emportèrent un certain nombre en 1815. Il en subsiste aujourd’hui une centaine sur les quelque 270 créées au fil du temps, la France ayant cessé de fortifier en 1873. Certaines constructions étaient alors récentes, comme notre Fort l’Ecluse, datant des années 1830.
Initialement conservés dans la Grande Galerie du Louvre, les reliefs sont partis, non sans casse, pour les Invalides en 1777. Certains ont alors été jetés, comme ceux concernant le Canada perdu. A quoi bon s’encombrer d’un mauvais souvenir? Un autre déménagement, tout aussi redoutable, se déroula en 1940. En 1986 enfin, les œuvres partirent pour Lille, où quinze d’entre elles se trouvent encore.
Un test pour le public
Dûment restaurées, les seize pièces aujourd’hui présentées au Grand Palais constituent une première présentation dans le cadre le la future Maison de l’Histoire de France. Très contestée, cette dernière, voulue par Nicolas Sarkozy, devrait prendre place dans le quadrilatère Soubise-Rohan du Marais, en empiétant sur les Archives nationales. Cet Etablissement public s’est officiellement vu créé le 1er janvier. Il s’agit en ce moment de tester l’intérêt. Il semble donc que celui existe, ce qui peut sembler rassurant.
Reste que les Archives ont le droit de vivre, et si possible ailleurs qu’en banlieue…
Pratique
«La France en relief», Grand Palais, Paris, jusqu’au 17 février. Ouvert tous les jours de 10h à 20h, le vendredi jusqu’à 22?heures. Site www.maison-histoire.fr ou www.lafranceenrelief.fr
(TDG)Créé: 30.01.2012, 09h54
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