INÉDIT
Le «Journal de mon séjour à Paris» du Genevois Vaucher sort après 230 ans
Par Etienne Dumont. Mis à jour le 08.05.2012
Pratique
«Journal de mon séjour à Paris, 1782», de Jean-Pierre-Etienne Vaucher, publié par Patrick Burgener, Nathalie Vuillemin avec la collaboration de marc Ratcliff aux Editions Slatkine, 152 pages.
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A 18 ans, en février mars 1782, Jean-Pierre-Etienne Vaucher (1763-1841) quitte une Genève en pleine ébullition révolutionnaire pour un long séjour à Paris. Il doit s’y perfectionner en théologie. Le pastorat subit alors une crise dans la République. Le jeune homme part ainsi se former auprès de l’illustre prédicateur Fauchet, qui parle devant Louis XVI à Versailles. L’homme de Cour passe pour avoir la chaleureuse éloquence manquant aux hommes d’Eglise protestants. Curieux échange de procédés! Les intellectuels français se détournent au même moment du catholicisme.
En deux mois, Vaucher va tout voir dans la capitale, et y rencontrer les gens qu’il faut. Il vit en suivant les idées de son temps. Et ce temps, c’est celui de Jean-Jacques Rousseau, mort quatre ans auparavant. L’adolescent, qui a beaucoup lu, voit le monde urbain et sa dépravation à travers les yeux du philosophe. Il faut lire ses commentaires sur l’indécence des hommes (et surtout des femmes) à la Foire de Saint-Germain!
Connu par une copie manuscrite
Conçu, comme on l’aimait à la fin du XVIIIe siècle sous forme de lettres, adressées ici à son ami Jean-Louis Duby (1764-1849), le récit procède par journées. Un bon moyen de mélanger les genres. Une occasion aussi de brosser de brefs portraits, parfois comiques et souvent édifiants. Madame Delessert, Suissesse émigrée avec qui Rousseau parlait botanique, se voit ainsi parée de toutes les vertus de femme, de mère et d’éducatrice…
Ce journal restait inédit. Il figure dans les papiers Vaucher, dont une partie est parvenue à la Bibliothèque de Genève, tandis qu’une autre restait aux mains des descendants. Pour tout dire, on n’en connaît pas le manuscrit original. L’ouvrage n’a survécu que grâce à une copie, faite par son fils Louis en 1844. Un homme qui fut notamment directeur de la Bibliothèque de Genève.
Mise en contexte et appareil de notes
L’idée d’une publication revient à Patrick Bungener. Il devait à l’origine s’agir d’un mini Zoé. L’éditrice Marlyse Pietri n’ayant jamais daigné répondre à cette proposition, le chercheur a décidé de s’associer à Nathalie Vuillemin pour une publication plus étoffée, avec mise en contexte et appareil de notes. C’est finalement Slatkine qui s’est chargé de la fabrication, histoire de saluer un tel travail de recherches. Les subventionneurs ne s’étant pas bousculé au portillon, le livre est hélas un peu cher pour un volume aussi mince.
(TDG)
Créé: 08.05.2012, 18h24
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