La Une | Mercredi 23 mai 2012 | Dernière mise à jour 15:21
Entretien

Comment le Musée d’ethnographie prépare-t-il sa réouverture?

Interview: Etienne Dumont. Mis à jour le 31.01.2012

Boris Wastiau, directeur du MEG parle des tâches multiples accomplies dans l’ombre. Il faut choisir, classer, restaurer et préparer des expositions. Toute une équipe s’y attelle.

Boris Wastiau, directeur du musée d'ethnographie de Genève.

Boris Wastiau, directeur du musée d'ethnographie de Genève.
Image: Magali Girardin

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Comme au théâtre, l’essentiel du travail muséal se passe en coulisses. Ainsi en va-t-il à Genève pour le Musée d’ethnographie (ou MEG), d’autant plus que ce dernier est fermé à l’exception du bâtiment de Conches. On sait que son agrandissement reste aujourd’hui au niveau du trou, creusé boulevard Carl-Vogt. La réouverture est planifiée pour juin 2014.

Personne ne peut mieux parler de l’état des lieux que Boris Wastiau, qui en est le directeur. On sait que, venu de Belgique, l’homme a pris la place provisoirement occupée par Jacques Hainard après quelques aventures malheureuses.

Où l’équipe travaille-t-elle actuellement?

Le chantier s’est ouvert le 27 septembre 2010, au lendemain même de la votation sur le maintien, ou non, des arbres empêchant le projet de se réaliser. Quelques heures après le résultat, ils étaient coupés. Nous occupions encore l’ancien bâtiment, que nous avons dû abandonner au bout de trois mois. Nous avons alors loué des locaux aux Ports Francs, où l’équipe a rejoint les collections, qui y sont conservées depuis aujourd’hui neuf ans.

Combien de personnes l’équipe comprend-elle et que font-elles?

Trente-neuf, avec des temps partiels. Pour certaines missions, nous donnons des mandats fixes, et donc limités, à des extérieurs. Alors que nous expositions circulent encore, comme celles sur le vaudou ou celle sur la musique, qui s’appelle «L’air du temps», il faut assurer une quantité de tâches. Tout doit être prêt pour quand le musée rouvrira à Carl-Vogt. Cela va du classement des 35 000 livres, dont 5000 devront être en livre accès, à celui des archives. Ces dernières traînaient un peu partout, quand je suis arrivé. Nous avons pu en déposer 140 mètres linéaires aux Archives de la Ville. Leur analyse permet de connaître infiniment mieux l’histoire du musée et de ses collections. Un livre est prévu à ce sujet. Il ira de la création par Eugène Pittard jusqu’en 1950.

Votre staff est-il maintenant au complet?

Nous avons des conservateurs pour quatre des cinq continents. Federica Tamarozzi vient d’être engagée pour s’occuper de l’Europe, qui comprend donc la Suisse. Il nous faudra quelqu’un pour l’Afrique. C’était mon domaine, mais je ne peux pas tout assumer en même temps. Laurent Aubert, qui s’occupait d’ethnomusicologie, devra être remplacé. Le seul domaine à développer ensuite restera la médiation. Nous n’avons pas de raison d’enfler le reste.

Où en êtes-vous avec le choix des objets présentés dans les salles permanentes, à la réouverture?

Je préférerais parler d’espaces semi-permanents. Rien ne sera jamais figé. Les choix collectifs se sont terminés en novembre.

Le Museum der Kulturen de Bâle n’a gardé que trente-huit pièces sur les dizaines de milliers qu’il possède…

Cela ne sera en aucun cas la même chose ici! La première sélection tourne autour de 2000 œuvres. Il en subsistera plus de la moitié. Si nous procédons aussi tôt, c’est parce que les objets nécessitent souvent un travail de conservation, voire de restauration. Notre photographe Jonathan Watts devait aussi en réaliser de bonnes images. Quand je suis arrivé, nous n’avions pas de restaurateur spécialisé. C’est essentiel. Si le nettoyage d’une pierre peut se faire en quelques minutes avec de l’eau, imaginez ce qu’implique remise en état d’un fétiche africain à clous!

Quelles sont les autres tâches importantes?

Il faut créer de quoi nourrir les audioguides, les tablettes et le site du musée. L’idée est de laisser le visiteur libre de son parcours. Il faut lui donner les moyens d’aller plus loin, sur place ou ensuite chez lui. Aux textes plus longs seront ajoutés une infinité de liens. Ils renverront aux autres œuvres, comme aux ouvrages conservés dans la bibliothèque du musée. Il y aura environ 25 000 liens. Il suffira de cliquer.

Quelle est l’exposition de réouverture?

«Les rois Mochica», sur le Pérou précolombien. Faite pour nous, la manifestation sera la première d’un cycle de six ou de sept, produites par le MEG en se basant sur les recherches scientifiques les plus récentes. Il ne s’agit pas de montre de beaux objets, reçus clés en main, mais de proposer quelque chose de plus pointu. La seconde exposition sera consacrée aux «Trésors du Daigogi», et donc au Japon. Viendront ensuite, dans un ordre qui reste à préciser, des accrochages sur les masques alpins, Madagascar, les îles Fidji, ou l’art islamique et juif du Maroc. Dans ces domaines, nous avons souvent de belles collections, même si elles manquent de chefs-d’œuvre. Mais nous ne sommes après tout pas un musée d’art.

Comment le contact se fait-il avec les amis du musée?

Après nettoyage des fichiers, nous en comptons environ 800. Ils sont dirigés par un comité, que préside Jean-Pierre Gonthard. Son but premier demeure la recherche de fonds. Il se fait hélas que les arts premiers ont atteint leur zénith dans les ventes publiques. Mais il y a d’autres tâches. Nous devons ainsi nous montrer reconnaissants à nos amis qui ont financé en 2010 la campagne contre le référendum en faveur des arbres. Quatre-vingt mille francs ont alors été trouvés par eux.

Quels contacts entretenez-vous avec les autres institutions s’occupant à Genève d’arts extra-européens?

Bons. J’ai écrit dans une publication du Musée Barbier-Mueller. Jérôme Ducor, en charge de l’Asie, garde le contact avec la Fondation Baur.

Recevez-vous encore des dons pendant les travaux?

Quelques-unes, ponctuels, comme une collection de céramiques d’Algérie ou un masque congolais Salam Paso. Mais il faut garder l’œil. Certains ensembles sont à la recherche d’un toit lorsque leur propriétaire devient âgé ou meurt. Il faut pouvoir l’offrir. Sur le plan des acquisitions, pour lesquelles il faudrait à Genève un fonds, je pense qu’il faut s’en tenir aux cultures matérielles. Je suis à la recherche d’argent pour acquérir quelques très belles pièces. Il faut juste savoir ce que l’on veut. Nous élaborons ce que j’ose appeler une «shopping list». (TDG)

Créé: 31.01.2012, 23h24

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