Avec «Billions», Hollywood s'attaque une nouvelle fois aux traders

Série téléviséeAprès avoir rapporté des millions au cinéma, le filon de la haute finance séduit les chaînes télévisées.

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«Quand vous êtes à un tel niveau, on vous considère plus comme un Etat-nation que comme une simple personne. Ne vous leurrez pas, ces traders sont comme des rois et quelqu’un cherche toujours à les assassiner. Car, dans ce monde, c’est tuer et manger ou se faire tuer!» Cette description de Bobby Axelrod, le trader vedette fictif de la nouvelle série télévisée produite par Showtime, Billions (ndlr: «Milliards» en français), interpelle. Elle remet en perspective les sentiments du commun des mortels pour le monde de la haute finance, divisé entre une haine profonde et une attirance presque maladive.

Du cinéma à la télévision

Cette fascination, Hollywood sait parfaitement en exploiter les ficelles depuis de nombreuses années. En 1987 déjà, Wall Street et son impitoyable Gordon Gekko (campé par Michael Douglas) marquaient les esprits avec la sortie culte du trader devant un parterre d’actionnaires: «Greed is good.» (ndlr: «C’est bien d’être cupide.») La dernière crise financière a d’ailleurs offert une fenêtre de tir parfaite au réalisateur Oliver Stone pour remettre le couvert avec son antihéros dans Wall Street: l’argent ne dort jamais, en 2010.

Trois ans plus tard, Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese racontait l’ascension véridique (puis la chute) du courtier en Bourse Jordan Belfort, joué par Leonardo DiCaprio. Enfin, à la fin de l’année dernière, les quatre traders qui avaient anticipé la crise des subprimes – ces instruments financiers responsables de la dernière crise économique mondiale – étaient en tête d’affiche des salles de cinéma du monde entier avec The Big Short (ndlr: «Le casse du siècle» en français).

Des millions de recettes

Preuve que la sauce prend auprès du public, le succès financier de la plupart de ces films en salle. Le Loup de Wall Street en est l’exemple le plus marquant. Avec quelque 300 millions de dollars de recettes, il représente aujourd’hui le long-métrage le plus lucratif dans la vaste filmographie de Martin Scorsese.

Mais si ces recettes de la spéculation à outrance, de l’argent facile, des paradis fiscaux ou encore de traders aussi insatiables que corrompus ont maintes fois été utilisées au cinéma, elles n’avaient encore jamais été au cœur d’une série télévisée. Billions ouvre donc la voie. Cette série devrait d’ailleurs être rapidement suivie par d’autres. The Buy Side chez Sony TV, Young Money à la Fox ainsi qu’un projet commandé par CBS – mais dont le titre reste incertain – sont en préparation.

Au-delà de la caricature pure, il y a derrière ces projets tant cinématographiques que télévisuels une volonté réelle de vulgariser au mieux des concepts financiers complexes. La problématique du délit d’initié (une faute commise délibérément par un investisseur sur la base d’informations confidentielles et dont ses concurrents ne disposent pas) y est ainsi parfaitement définie et le spectateur comprend la difficulté pour la justice à déterminer à quel moment le bon tuyau se transforme en un tel délit, à quel moment un trader fait preuve d’habilité ou au contraire de malhonnêteté.

Pluie d’informations

«Pour un type comme Bobby Axelrod, l’information tombe de partout, comme de la pluie. Elle peut venir d’employés mécontents, de cadres internes à une entreprise, d’analystes s’estimant sous-payés, etc. Quoi qu’il en soit, il a une vision complète de ce qui se passe», évoque pour l’exemple, dans Billions, l’associé du trader lors de son interrogatoire par Chuck Rhoades, le procureur du district sud de Manhattan, qui s’est mis en tête de faire tomber le trader milliardaire.

Diffusés depuis le 17 janvier aux Etats-Unis, les débuts de la série télévisée sont plutôt prometteurs et une seconde saison a d’ores et déjà été commandée par la chaîne américaine. (TDG)

(Créé: 24.02.2016, 14h24)

Regard d’un trader suisse sur ces fictions

Dans Billions, Bobby Axelrod est la caricature parfaite du trader intouchable et apte à dégager des milliards d’un seul coût de baguette magique. Il rappelle le cas réel de John Paulson, qui, sur fond de crise des subprimes, aurait gagné en une seule année 3,7 milliards de dollars. «Ces traders d’exception sont loin de représenter l’ensemble de la profession», nuance Thomas Veillet, trader indépendant et chroniqueur pour la Tribune de Genève. Interview.

Etes-vous un adepte de ce genre de fictions télévisées?

Quand votre métier fait l’objet de fictions cinématographiques ou télévisées, vous avez forcément envie de voir ce qu’il s’y passe. Je me souviens d’ailleurs d’un article du Wall Street Journal qui évoquait le fait que 50% des financiers présents à Wall Street avaient choisi leur profession sur influence du film Wall Street et de l’image du golden boy qui y était véhiculée.

Pourtant, la plupart de ces traders (fictifs ou non) finissent mal…

Une morale très hollywoodienne du capitalisme. Elle rappelle que certaines limites ne doivent pas être transgressées.

Ces fictions sont-elles proches de la réalité?

Elles sont réalistes sur certains points. Elles mettent par exemple très bien en perspective cette tentation propre à notre profession d’outrepasser ses limites, de prendre des risques inconsidérés. Prenez le délit d’initié; alors qu’il est très mal perçu de l’extérieur, au sein de la profession il signifie simplement que vous êtes bien informé et donc d’une certaine manière que vous êtes bon dans ce que vous faites. Après, de quelle manière exploiter ces informations sans transgresser votre propre frontière éthique? Là est toute la question.

Un trader de Wall Street et un trader suisse vivent-ils dans le même monde?

Que ce soit en termes d’ampleur des risques, du nombre d’acteurs présents ou encore de la taille des bonus et des revenus, les différences sont phénoménales. Il faut comprendre qu’aujourd’hui tout se passe à Londres et New York, les deux capitales de la finance mondiale, et non pas à Genève ou Zurich.

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