Le boom de l'électrique se fait attendre

SuisseSi le nombre de véhicules électriques reste encore peu élevé en Suisse, la branche se prépare à faire sa mue.

Un peu plus de 10'000 véhicules électriques étaient enregistrés en Suisse en 2016.

Un peu plus de 10'000 véhicules électriques étaient enregistrés en Suisse en 2016. Image: Keystone

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Malgré une croissance de plus de 50% ces dernières années, le parc de véhicules électriques reste peu important en Suisse. Mais de plus en plus d'acteurs croient à son développement, qui ne se fera pas sans changement. Avec peut-être de nouveaux-venus helvétiques.

«Nous pensons que vers 2025, 10% des voitures vendues seront électriques. Mais on ne remplace pas une technologie centenaire d'un coup de cuillère à pot», note François Launaz, président de l'association faîtière des importateurs auto-suisse.

Auto-suisse relève que les modèles purement électriques n'ont pas accru leur poids l'an dernier face aux véhicules classiques, restant au même niveau qu'en 2015 avec 1% de parts de marché (3295 véhicules, 1,2% de ventes).

La progression des véhicules entièrement électriques a grimpé en 2016 sur un an de 42,4% pour atteindre 10'724 unités dans le parc automobile helvétique, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique. Ils n'étaient encore que 665 en 2010, et 409 en 1990. Ces voitures restent toutefois peu nombreuses face aux 3,15 millions roulant à l'essence et 1,3 million au diesel.

Modèles d'affaires

La branche automobile se prépare en tout cas au changement. Les modèles d'affaires des constructeurs sont en passe d'évoluer avec l'électrification des moteurs et la «mobilité du partage» portée par des offres comme Uber ou Mobility, note Simone Amorosi, directeur-adjoint du Centre de transport de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Nombreux sont ceux qui, de Volkswagen à Renault, ont annoncé qu'ils allaient développer davantage les véhicules électriques, poussés aussi par la volonté de l'Union européenne de réduire les émissions moyennes de CO2 des voitures neuves à 95 g/km dès 2020. Ils misent également sur les stations de recharge: BMW, Daimler, Porsche, Audi et Ford veulent ainsi mettre sur pied un réseau européen d'ici à 2020.

Les 3424 stations-service du pays pourraient aussi en profiter, même s'«il n'y a pas d'unité de doctrine quant à l'équipement de bornes électriques, chaque exploitant peut décider de s'en doter ou pas», relève David Suchet, de l'Union pétrolière.

La compagnie pétrolière azérie SOCAR est par exemple devenue partenaire du réseau MOVE développé par le Groupe E, alors qu'Avia installe des bornes de recharge rapides dans ses stations en collaboration avec le producteur vaudois Green Motion.

Valeur ajoutée

La tendance pourrait profiter aux nombreux sous-traitants suisses déjà actifs pour l'industrie automobile. «Quant à savoir si un constructeur peut émerger, je ne pense pas, dans un marché global», juge Claudio Pfister, directeur de la société spécialisée e'mobile d'Electrosuisse. Il pointe les importantes surfaces nécessaires aux usines. La main-d'oeuvre qualifiée et bon marché manque aussi, ajoute François Launaz.

Simone Amorosi voit par contre des opportunités dans le développement de véhicules basés sur «un mix technologique» alliant légèreté des matériaux, efficacité des batteries et facilité de recyclage. Copier-coller ce qui se fait déjà dans la production n'aurait pas de sens, sauf à très forte valeur ajoutée, argue-t-il. Il cite par exemple le projet SoftCar, à Fribourg. Claudio Pfister mentionne également le zurichois Kyburz, qui équipe les facteurs de la Poste.

L'électrification touche aussi les garagistes. Plus simples, les moteurs électriques demandent moins d'entretien que ceux à combustion. Selon Pierre-Daniel Senn, vice-président de l'Union professionnelle suisse de l'automobile (UPSA), un retour aux ateliers s'opérera au gré des complexifications.

Encore des freins

Reste la question de la vente, où des freins subsistent. Tel le prix, même s'il tend à baisser avec les progrès technologiques. «La VW Golf électrique coûte 15'000 francs de plus qu'un modèle à moteur thermique», compare M. Senn.

Simone Amorosi évoque aussi «la peur de la panne», liée à la manière différente de faire le plein et à une autonomie encore moindre, 500 kilomètres environ au maximum. «Il faut changer les habitudes, et ne pas ouvrir les yeux seulement quand l'aiguille de la jauge arrive vers le rouge», rebondit Claudio Pfister. Outre les bornes à domicile, un réseau de recharge public est également essentiel. Le site Lemnet recense déjà plus de 1700 points de recharge en Suisse. (ats/nxp)

Créé: 15.05.2017, 10h17

Soutien indirect de la Confédération

La Confédération ne reste pas insensible face aux véhicules électriques. Le Conseil fédéral les considère comme une technologie-clé pour atteindre ses objectifs en matière de politique énergétique et climatique.

«On peut citer l'Etat comme un indicateur de développement» des véhicules électriques, relève Simone Amorosi, directeur-adjoint du Centre de transport de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). En ce sens, «l'intérêt politique à taxer les véhicules électriques démontre le fait que leur présence sera bientôt significative.»
L'Office fédéral des routes (OFROU) planche en effet sur une taxe pour les véhicules électriques, qui ne participent pour l'heure pas encore au financement des routes nationales. Cette taxe pourrait devenir réalité dès 2020. «Je ne crois pas qu'une taxe freine leur développement, car c'est un petit volume par rapport au coût d'achat et d'utilisation», estime Guido Bielmann, porte-parole de l'OFROU.
De fait, «la Confédération encourage l'électromobilité, mais pas avec des aides financières directes en faveur des véhicules électriques», note l'Office fédéral de l'énergie (OFEN). Pas de primes d'achat donc, mais l'institution de conditions-cadre et un soutien à la recherche et développement.

Bornes de recharge

Les impôts sur les véhicules à moteur relevant de la compétence des cantons, le soutien dans ce secteur dépend en grande partie de ces derniers. «Il y a déjà des subventions dans certains d'entre eux avec des rabais d'impôts», note Guido Bielmann. Mais «avec l'acceptation du fonds routier FORTA, il y a aussi la base légale pour implanter des bornes de recharge sur les 110 aires de repos autoroutières sans restaurant qui appartiennent à la Confédération», ajoute le porte-parole de l'OFROU. Les détails du financement et des entreprises qui implanteront ces bornes doivent encore être déterminés. Le projet est en consultation jusqu'en juillet.
L'Etat mise, pour le reste du réseau public de recharges, sur les acteurs privés, se contentant de soutenir la coordination et la planification de l'aménagement. Le lancement, début 2016, de la plate-forme Réseau de recharge Suisse doit permettre de meilleurs échanges en ce sens avec les acteurs de la branche.

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