«Vingt-trois ans sans nouvelles de Sarah n’ont pas balayé tout espoir»
DISPARITION | A l’occasion des dix ans de la Fondation Sarah Oberson, les parents de la plus célèbre disparue de Suisse nous ont ouvert leur porte pour évoquer une éternité d’incertitude.
© Keystone | Claudy Oberson, le père de Sarah. Le drame est survenu à Saxon (VS) en 1985, un samedi de septembre. L’enfant s’est volatilisée en fin d’après-midi, peu après avoir quitté la maison familiale pour se rendre chez sa grand-mère. Qu’est-elle devenue?
JOËLLE FABRE | 08.11.2008 | 00:00
C’est une histoire vraie, inscrite dans la mémoire collective suisse, aussi indélébile que le conte du Petit Chaperon rouge. Une histoire terrifiante dont les dernières pages n’ont jamais été écrites.
Sarah Oberson. A la seule évocation de ce nom, une frimousse apparaît dans tous les esprits. Même de très jeunes gens ont entendu parler du drame survenu à Saxon (VS) en 1985, un samedi de septembre. L’enfant s’est volatilisée en fin d’après-midi, peu après avoir quitté la maison familiale pour se rendre chez sa grand-mère. Qu’est-elle devenue? Plus de vingt ans après, ses parents sont toujours sans réponse: «L’espoir s’amenuise, mais on n’abandonnera pas avant de savoir ce qui lui est arrivé.»
Malgré d’intenses recherches et une énorme mobilisation de la population, le mystère reste entier. Et l’émotion est toujours vive. Hier, pour marquer les dix ans de la Fondation Sarah Oberson née de cet exceptionnel mouvement de solidarité, les enfants du village ont chanté et lâché des ballons. Lors de cette journée du souvenir, la Fondation a lancé un appel en faveur d’un système qui tarde à s’imposer en Suisse: l’alerte-enlèvement, qui a déjà fait ses preuves aux Etats-Unis surtout.
Comment ont-ils fait pour traverser sans vaciller cette éternité d’incertitude? Dominique et Claudy Oberson auraient pu se refermer sur leur douleur. Leur couple aurait pu se disloquer. Or, ils ont vécu, ils se sont battus, pour Sarah, pour leur fille aînée, Stéphanie, qui avait onze ans à l’époque, et enfin pour la petite Justine, née deux ans après le drame. Dans leur maison des hauts de Saxon, ils expliquent avec pudeur qu’ils ne se sont pas trop posés de questions. «Il fallait aller de l’avant, on n’avait pas le choix, sourit Claudy, le papa. On a eu la chance de ne pas flancher, de ne pas avoir de gros pépins de santé. Je crois qu’une force s’est développée en nous.»
«Peut-être qu’on était mieux armés que d’autres, hasarde Dominique. Vous savez, on était déjà un petit peu forgés. On avait déjà perdu un bébé de mort subite.» Les larmes ne sont pas loin, on se tait. On se reprend. «Nous avons aussi la chance d’être deux, dit Claudy. Quand l’un n’était pas bien, l’autre le remontait. Et surtout, on n’a jamais cherché à définir le rôle de chacun dans cette histoire. On savait qu’on n’y était pour rien. Sarah voyageait ici, dans cette maison, ce quartier. Il n’y avait même pas de route à traverser, c’était sans danger.»
Le destin. Ils l’ont à la fois accepté et combattu, sans colère, sans révolte: «Il y a d’autres cultures où on accepte mieux la fatalité, philosophe Claudy. Chez nous, on a un peu perdu cette faculté, on veut tout canaliser, tout analyser. Quitte à se rendre malade. Devant le mystère de la disparition de Sarah, nous étions, nous sommes toujours, face à un mur. Je ne dis pas qu’on l’accepte, on a tout fait pour l’éclaircir et on continue, mais sans se prendre la tête. Ce n’est pas une solution de facilité. Instinctivement, on ménage nos forces. Le but, c’est de tenir le coup. D’être capable, dans cinq ans, de faire encore des choses pour Sarah.»
Il fallait du courage, aussi, pour rester à Saxon, où tout et tout le monde leur rappelait l’absente: «Prendre la fuite? A quoi bon. On n’allait pas virer toute l’aide qu’on a eue ici, dans le bled. Changer de coin, se refaire une vie sociale… Cette solidarité nous a portés.» Quitte à rester stigmatisés à jamais comme la famille frappée par le malheur? «Cela n’a jamais été lourd. Les gens ne posaient pas de questions, mais ils étaient contents que nous en parlions en premier. On ne s’est jamais sentis bloqués. C’est agréable de pouvoir causer de Sarah avec ceux qui l’ont connue et qui partagent notre peine.»
Pas de tabou. Mais tout de même. Comment faire pour que l’enfant absent ne prenne pas toute la place? Une telle tragédie a forcément des conséquences sur la fratrie. Stéphanie, la sœur aînée, installée à Martigny avec son mari et ses trois enfants, «ne voulait pas trop montrer qu’elle était dans la peine. Elle était assez secrète», se souvient sa maman. Quant à Justine, 21 ans, «beaucoup de gens ne la connaissent que comme la petite sœur de Sarah. Pas facile de faire sa place dans ces conditions. De trouver sa propre identité. Elle n’a pas connu Sarah, mais elle a grandi à travers elle. C’est maintenant qu’on s’en rend compte».
Vivre sans savoir, c’est être condamnés à ne pas pouvoir faire son deuil. Dominique et Claudy se disent prêts à accepter la vérité. Mais comment souhaiter la fin du cauchemar, quand on sait que ce sera peut-être la fin de l’espoir.
J'espère de tout mon coeur que cette famille, comme tant d'autres qui ont vécus ces lourdes épreuves, trouveront un jour les explications. Maintenant Berne, schnell pour mettre en place, comme en France d'alleurs, le plan enlèvement via SMS et tous autres support que nous avons au 21 siècle.