Oui, l’humour suisse existe. Zurich lui consacre même une exposition
DÉRISION | Le Musée national suisse a eu une drôle d’idée. Dès demain, il consacre une expo à l’humour helvétique. De la BD aux humoristes, on y montre ce qui fait rire les Suisses. Hélas, les francophones ne comprendront pas tout. 
© DR/Musées nationaux suisses/2009) | L’exposition «Witzerland» le montre: «Notre humour n’est pas fondamentalement différent des autres pays», note le concepteur du projet, Walter Keller.
NADINE HALTINER ZURICH | 01.04.2009 | 00:00
«C’est l’histoire d’un mec…» qui a eu une idée marrante: créer une expo sur l’humour suisse. Dès demain, son concept devient réalité au Musée national suisse de Zurich.
Dans «Witzerland» (ndlr: pays du gag) , Walter Keller, créateur et curateur de l’expo, a compilé des éléments d’histoire de la presse, de la radio et du cinéma «pour montrer ce que les Suisses trouvent drôle». Dessins, BD, caricatures, gags et humoristes helvétiques sont ainsi cloués aux murs pour le plus grand bonheur des visiteurs.
Cerise sur le gâteau, la visite se déroule dans l’ancienne annexe du musée, au travers salles et de meubles vieux de plusieurs siècles. Un fabuleux décor d’antan qui fait notamment la part belle aux illustrations satiriques du XIXe siècle à nos jours. De quoi se rendre compte que le style des humoristes a évolué avec le temps, mais que les thèmes, eux, sont récurrents. «La Suisse est souvent présentée comme une île ou une forteresse au milieu des flots», explique Walter Keller. Ainsi, en 1949 déjà, une affiche montrait des oiseaux étrangers menaçant de leur bec l’intégrité du pays!
Blagues sous la ceinture
Au fil de la visite, de petits salons aménagés permettent de se vautrer dans des canapés pour visionner des émissions ou des films cultes. Les amateurs ne manqueront pas de s’arrêter devant Les faiseurs de Suisses. Ceux qui préfèrent les gags se rendront dans la salle qui expose les dizaines de plaisanteries envoyées par des internautes du pays. Quant aux plus coquins, ils trouveront leur bonheur dans une pièce interdite aux moins de 18 ans. En Suisse aussi, les blagues les plus populaires sont situées au-dessous de la ceinture…
«Notre humour n’est pas fondamentalement différent des autres pays, note le concepteur du projet. On aime peut-être davantage le comique de situation et moins les plaisanteries lourdes qui concernent, par exemple, la politique. Ce qui est sûr en revanche, c’est qu’on n’a pas tous le même humour.» Car le rire des uns s’arrête où commence celui des autres. Et en matière de moqueries, les Suisses ont de la repartie. Un Vaudois n’est pas un Genevois. Et un Zurichois ne sera jamais aussi lent qu’un Bernois. D’ailleurs, savez-vous pourquoi les Bernois étaient les premiers au front lors de la 2e Guerre mondiale? Parce qu’ils arrivaient tout juste pour la première…
«Ça ne se traduit pas»
Depuis le XVIIIe siècle, on épingle avec délectation les stéréotypes des autres régions. «La leçon de géographie de la Suisse» donnée par Marie-Thérèse Porchet dans une des salles du musée n’en est qu’un digne exemple. «D’un côté, les Romands, à savoir les gens normaux, dit l’humoriste. De l’autre, les Suisses allemands… Les primitifs. Ceux qu’on appelle «les bourbines» et qui parlent une langue que personne ne comprend, à part eux.»
C’est peut-être là le mauvais gag de l’expo. L’humour suisse se distille en quatre langues. Mais les Romands pourraient avoir de la peine à saisir toutes les plaisanteries présentées, pour la plupart en suisse allemand. «Eh oui, une blague, ça ne se traduit pas», conclut Walter Keller.
➜ Exposition «Witzerland - Aperçu de l’humour en Suisse», du 2 avril au 13 septembre, Musée national suisse, Zurich.