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La fusion entre médias, un danger pour la qualité

CONVERGENCE | Un spécialiste canadien émet des craintes sur les médias à l’heure où RSR et TSR planchent sur leur rapprochement.

© chris blaser | Marc-François Bernier, professeur en sociologie des médias de l’université d’Ottawa.

LAURENT GRABET | 08.05.2009 | 00:02

Alors que Radio et Télévision romandes préparent leur fusion, Marc-François Bernier, spécialiste des questions de «convergence médiatique», disséquait hier l’expérience québécoise en la matière au Centre romand de formation des journalistes de Lausanne. Le professeur en sociologie des médias de l’Université d’Ottawa, son fidèle e-book à la main, ne s’est pas montré très rassurant. Interview.

La convergence médiatique, c’est quoi?

Elle consiste à prendre journaux, radio et TV et à les amener sur une même plate-forme numérique afin d’y attirer plus de monde. Et donc d’y charrier l’argent des annonceurs.

Vous dites «qu’on ne peut pas arrêter le rouleau compresseur qu’est la convergence».
Pourquoi?

Ce que la technologie permet, l’homme le fait. Les jeunes ne veulent plus lire le journal papier. Ils veulent que l’info vienne les chercher là où ils sont. Moi-même, je lis de plus en plus souvent le journal sur mon e-book. On ne peut plus remettre le dentifrice dans le tube! Le vrai débat est maintenant de savoir comment cette convergence va se poursuivre: les éditeurs seront-ils les seuls à en bénéficier ou le public sera aussi gagnant?

Cette révolution serait inéluctable. Or, d’après votre étude, les journalistes qui sont censés la faire en ont une vision plutôt négative…

C’est tout le paradoxe. Beaucoup de ceux qui la vivent, même parmi la génération Internet, sont convaincus que la liberté de la presse, la qualité, la diversité et l’intégrité de l’information sont en danger. En tant qu’ancien journaliste, je partage leurs inquiétudes. Mais ils
savent aussi que cette stratégie commerciale est indispensable à la survie de leur média dans une situation nouvelle d’hyperconcurrence.

Au final, le public perçoit-il une différence dans ce qu’on lui propose?

Ceux qui aiment l’information, oui. Ils se plaignent à raison que les médias, qui devraient être une fenêtre sur le monde, deviennent souvent une fenêtre sur la chambre à coucher d’à côté. C’est par exemple le cas lorsqu’une radio fait la promotion d’une émission de la chaîne TV avec laquelle elle converge. Ce sont ces fidèles qui partent les premiers vers d’autres médias ou les obligent à se corriger en réagissant via des blogs. Le sentiment de dégradation est général. Et de nombreuses enquêtes de terrain montrent que la diversité et la qualité ont effectivement baissé. Le fait que le journaliste devienne multitâche en faisant du texte, de l’image et du son n’y est pas étranger.

En Suisse, les décideurs assènent pourtant que la convergence, ce n’est pas ça…

Nous avons entamé ces processus il y a quatre ans, et c’est de plus en plus ça! Dans un premier temps, les effectifs ne bougeront pas car il ne faut pas brusquer les choses. Mais l’expérience québécoise montre que l’opinion des décideurs change à mesure qu’ils découvrent l’éten­due des possibilités qui s’ou­vrent à eux. Les promesses de continuer à couvrir les zones de diffusion des ex-concurrents ont été oubliées dans bien des cas.

Chez vous, les entreprises imposent même parfois la convergence par la force…

C’est le cas au Journal de Montréal . Les employés récalcitrants y sont mis à pied sur le mode: «Quand vous serez prêt à accepter nos conditions, vous reviendrez.»
Cette stratégie s’est préparée à l’avance en embauchant de nouveaux cadres qui pallient en ce moment les absences.
Cela dit, d’autres managers choisissent le mode de la persuasion.

A quoi ressembleront les médias dans dix ans? Dix ans?

Prédire l’avenir à deux ans est déjà impossible! Ma seule quasi-certitude est que dans quelques années, il n’y aura presque plus de journaux papier. Dans le futur, nos enfants trouveront aberrant de découvrir qu’on mettait des tonnes de papiers sur quatre roues chaque soir pour aller porter tout ça le lendemain chez des gens à des centaines de kilomètres à la ronde!
Les médias sont voués à se «dématérialiser» et à devenir hyperlocaux. Le journalisme va-t-il garder sa mission démocratique? C’est la grande question.




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