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La bataille sur le nucléaire en Suisse commence dans le canton de Vaud

ÉNERGIE | Le 29 novembre, les Vaudois diront s’ils acceptent que la centrale nucléaire de Mühleberg continue de fonctionner. Bien que purement consultatif, ce vote est très important. Il pourrait freiner la construction de nouveaux réacteurs en Suisse.

© Keystone | La centrale de Mühleberg devrait être arrêtée en 2012. Les Forces motrices bernoises ont demandé au Département de l’énergie (Detec) la prolongation de son activité.

RON HOCHULI | 16.11.2009 | 00:01

Ce n’est pas encore la guerre, mais cette première bataille laissera des traces. Sur le papier, les Vaudois, appelés à se prononcer le 29 novembre sur une prolongation indéterminée de l’exploitation de la centrale nucléaire de Mühleberg (BE), votent pour beurre: le scrutin est purement consultatif, dicté par la Constitution cantonale qui veut que la population se prononce sur tout ce qui touche à l’énergie atomique.

Toutefois, sur le terrain, partisans et opposants mènent une campagne acharnée. Car, au-delà de la durée de vie de Mühleberg, ils jouent la première manche d’un affrontement programmé sur la construction de nouveaux réacteurs en Suisse.

Baromètre important

La décision vaudoise fera office de baromètre. «Un non serait un clair signal que l’atome n’a plus la cote», souligne Isabelle Chevalley, présidente d’Ecologie libérale et farouche opposante au nucléaire. «Si les Vaudois refusent la prolongation illimitée de Mühleberg, nos adversaires auront un avantage, léger mais réel, lorsqu’il s’agira de décider si l’on veut de nouvelles centrales» concède Serge Beck, ancien parlementaire libéral et employé des Forces motrices bernoises, qui exploitent Mühleberg. En raison de l’importance de l’enjeu, les électriciens ont d’ailleurs engagé «plusieurs centaines de milliers de francs dans l’affichage et la publicité, mais bien moins d’un million», assure Serge Beck.

Dans une campagne à couteaux tirés, les noms d’oiseaux fusent. Les partisans brandissent le «risque accru de pénurie énergétique» si on ne maintient pas Mühleberg en activité et, partant, si on ne planifie pas de nouveaux réacteurs. En «récupérant» l’argument écologique, ils affirment que les centrales nucléaires ne dégagent pas de CO2.

«Mensonge!» accuse-t-on en face, chez les antinucléaires. «Les centrales dégagent des gaz à effet de serre. Et l’extraction et l’enrichissement d’uranium, dont les électriciens se gardent évidemment de parler, sont très polluants, fustige Isabelle Chevalley. Les seuls vecteurs énergétiques propres sont les énergies renouvelables – hydraulique, solaire, éolienne, etc.» «Escroquerie que tout cela, rétorque Serge Beck. Les énergies renouvelables ne tiendront leurs promesses que dans plusieurs années, et uniquement à condition que l’on y investisse des milliards.»

Le peuple suisse se prononcera en 2012-2013

Et voilà que le débat sur le nucléaire déborde de la petite casserole vaudoise… Les adversaires de l’atome sauteront-ils dès lors sur un non à Mühleberg le 29 novembre pour porter le débat à l’échelon national? «Lancer une initiative dans la foulée d’un non vaudois serait trop risqué, relève Roger Nordmann. Il faut que les gens puissent voter non au nucléaire, comme ce sera le cas lors d’un référendum, plutôt que de devoir voter oui à une initiative pour sortir du nucléaire.»

Comme l’a montré l’analyse du vote de 2003 sur l’initiative voulant prolonger le moratoire sur l’atome, une part non négligeable d’électeurs s’étaient trompés et avaient voté non à l’initiative alors qu’ils s’opposaient à la construction de réacteurs.

Et puis, un référendum fédéral se dessine de toute manière aux alentours de 2012 ou 2013 sur la construction de nouveaux réacteurs. Il n’empêche: Vaud donnera le ton de cette future bataille de l’atome. 


Mühelberg, casserole ou pièce maîtresse?

En théorie, la centrale de Mühleberg, qui date de 1972, doit être arrêtée en 2012. Les Forces motrices bernoises (FMB) ont demandé au Département de l’énergie (Detec) la prolongation de son activité. Les services de Moritz Leuenberger ont lancé une consultation auprès des cinq cantons les plus proches de la centrale, ainsi que l’Autriche et l’Allemagne.

Et ce n’est pas un hasard si le chef du Detec, Moritz Leuenberger, a choisi d’attendre l’issue du scrutin vaudois pour se prononcer sur la question. Des sources bien informées suggèrent que le ministre préférerait accorder une prolongation limitée dans le temps au réacteur bernois plutôt qu’une prolongation indéterminée, comme le demandent les FMB. Un vote populaire, dans l’hypothèse d’un non vaudois, représenterait une caution idéale à cette décision.

Mühleberg génère 5% de la production électrique suisse. «Un maillon essentiel dans l’approvisionnement du pays, qui devra se passer, dès 2015, d’une partie du courant importé de France», souligne Serge Beck, des FMB. Une production dont la Suisse n’a pas besoin, réplique Roger Nordmann: «Les programmes en énergies renouvelables avalisés par la Confédération permettraient de compenser l’arrêt de Mühleberg.» D’ailleurs, la centrale ne présenterait plus toutes les garanties de sécurité, disent les opposants. Un rapport de 2007 révèle que le manteau de l’enveloppe du réacteur comporte des fissures sur plus de 3 m, fissures qui pourraient s’étendre à l’avenir.


Cinq centrales en activité

La Suisse compte cinq réacteurs nucléaires: les communes de Mühleberg (BE), Gösgen (SO) et Leibstadt (AG) en hébergent chacune une, celle de Beznau (AG) deux.

Nouveaux projets. Les centrales existantes ont été construites entre 1969 et 1984. Plusieurs d’entre elles sont vieillissantes et leur capacité ne permettrait pas de compenser le manque d’électricité locale qui guette la Suisse à l’horizon 2020. Les producteurs d’électricité sont unanimes: il faut de nouveaux réacteurs. Toutefois, les électriciens ne parviennent pas à s’entendre sur les projets à concrétiser. Alpiq (à Gösgen), Axpo (à Beznau) et les Forces motrices bernoises (à Mühleberg) en veulent chacun un. Une procédure de conciliation est en cours pour définir deux sites au maximum, vu la sensibilité politique du débat sur le nucléaire.

Pas avant 2025 Les réacteurs planifiés auraient une capacité nettement supérieure. Mais la technologie projetée est controversée, notamment pour des raisons de coût. Et si les projets de centrale passent la rampe du parlement et du peuple, les nouveaux réacteurs ne seront pas opérationnels avant 2025.




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